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Cachez ce français que je ne saurais entendre… ou parler…

 

Pour la premières fois en quatre décennies, les grands patrons du jour des Canadiens de Montréal ont nommé un anglophone unilingue comme entraîneur (*) – Randy Cunneyworth.

Nul besoin de revenir sur les situations similaires qui s’accumulent au Québec dans de très hauts postes de responsabilité, autant dans le privé qu’à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Nul besoin de répéter les arguments justifiant les critiques qui fusent contre la nomination de M. Cunneyworth, comme celle-ci.

Plus étonnant encore – quoique son corollaire – est le retour d’une excuse ridicule que nous n’aurions pas cru entendre à nouveau aussi souvent.  Soit que la langue française serait tellement plus compliquée à apprendre que l’anglais (!) que l’on devrait comprendre ceux qui peinent à le faire ou refusent de le faire… Incluant ceux qui peuvent se payer les meilleurs tuteurs privés! (Lorsqu’on voit de plus en plus de jeunes apprendre le mandarin, le russe, l’allemand, l’espagnol, etc. –  l’excuse devient tout simplement risible…)

Le manque d’intérêt et/ou de nécessité semble être pourtant une explication nettement plus plausible… Ce qui se passe à Montréal en sert une démonstration assez parlante, merci. Bref, que de maîtriser la langue française redevient moins nécessaire.

Comme quoi, un glissement se fait lentement de l’ancien «Sorry, I don’t speak French» à quelque chose comme «Sorry, I don’t need French»

Ne pas parler la langue de la population au sein de laquelle on habite et/ou travaille est pourtant une bien étrange vision de ce qu’est la vie en société…

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Plusieurs remarquent qu’à l’opposé, l’embauche hors Québec de francophones unilingues dans des postes allant des moins payés aux plus influents serait impossible. En effet! Et c’est peu dire.

Pourquoi? Parce que la chose serait tout simplement impensable.

Et pourquoi serait-elle impensable? Parce que hors Québec – à quelques exceptions près -, la langue française existe de moins en moins en tant quelangue de culture, de communication, d’affichage, de travail, de commerce, etc…

Aussi, parce que le pourcentage d’anglophones bilingues (angl.-fr.) hors Québec demeure ridiculement bas.

Tandis qu’au Québec – surtout dans les régions de Montréal et d’Outaouais -, c’est la langue anglaise qui progresse. Comme langue de culture, de communication, d’affichage, de travail, de commerce, etc… Incluant dans l’Administration publique québécoise où le bilinguisme institutionnel s’installe à nouveau confortablement depuis près de vingt ans déjà.

Aussi, parce que les francophones du Québec, contrairement aux anglophones hors Québec, deviennent de plus en plus bilingues. Et que l’on confond de plus en plus ce bilinguisme individuel croissant – une bonne chose en soi -, avec un bilinguisme institutionnel et d’affaires apte à précariser le français face au pouvoir d’attraction inégalé de la langue anglaise.

Et pourtant, on entend encore que d’affirmer l’importance de protéger le français serait quelque chose comme une troublante manifestation de réflexes ringards, folkloriques, voire frôlant l’anglophobie…

Puisque, dit-on, cette réanglicisation ne serait dûe qu’à la «mondialisation».

Vraiment?

Or, pour qui a étudié la question linguistique au Québec de manière plus fouillée, la mondialisation est certes un élément à considérer. Ici, comme ailleurs. Mais il ressemble aussi de plus en plus à un prétexte fort accommodant.

Cette lettre parue récemment dans Le Devoir – offre un tout autre son de cloche auquel l’Office québécois de la langue française devrait s’intéresser un peu plus.

Intitulée «Sous la pointe, l’iceberg», elle disait ceci:  «Il y a pire dans notre ville que quelques cadres supérieurs qui ne parlent pas français: on y pratique la discrimination linguistique en masse.

 Je travaille comme recruteur à Montréal. Je suis au premier plan pour vous assurer que pour 80 % des postes pour lesquels on exige l’anglais, celui-ci ne sert qu’à discuter qu’avec les anglophones de Montréal. Cette exigence de bilinguisme n’a rien à voir avec l’anglais langue internationale des affaires. Il ne faut d’ailleurs pas confondre langue internationale d’affaires et langue de travail. Il ne faut pas oublier que nous sommes au Québec, que le rejet d’une candidature unilingue francophone est un acte de discrimination selon la Charte des droits et libertés et la Charte de la langue française. Sous le faux couvert d’une langue des affaires, le marché de l’emploi redevient soumis à la bonne vieille discrimination socio-ethnique. Il faut arrêter de parler de bilinguisation de la main-d’oeuvre. Ce qu’il faut, c’est assurer un environnement de travail en français.

Chaque jour, les agences de placement de Montréal discriminent systématiquement des candidats sur la base linguistique, et cela, au grand mépris de la loi. Cette discrimination s’effectue à grande échelle. […]»

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Preuve que le phénomène n’est pas isolé et que le gouvernement Charest – à quelques mois peut-être d’une élection -, est inquiet de la réaction des francophones, voilà que MÊME la ministre de la Culture, autrement connue pour sa capacité exceptionnelle à faire du surplace entêté sur la question linguistique – dénonce la nomination de cet entraîneur unilingue anglophone… Marquez cette date d’une pierre blanche…

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Et pendant ce temps, dans le Globe and Mail de ce matin, le chroniqueur Neil Reynolds se réjouit du règne «suprême» qu’exercerait de plus en plus l’«anglosphère» sur la planète…

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(*) Nommer un entraîneur par intérim ne justifiant en rien le choix d’une personne incapable de s’exprimer en français.