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La «révolution culturelle» de Raymond Bachand

 

 

Alors que déjà plus de 200 000 étudiants font grève contre la hausse des droits de scolarité décrétée par le gouvernement Charest, qu’ils gagnent en appuis et que les manifestations se multiplient à travers le Québec, le ministre des Finances présentera son budget fort probablement «électoral» ce mardi, 20 mars.

Que les Québécois se considèrent avertis. Raymond Bachand leur prépare rien de moins, selon ses propres mots, qu’une «révolution culturelle».

Et quelle définition Raymond Bachand donne-t-il de cette «révolution»? Celle-ci: que «chaque citoyen, quand il demande quelque chose à l’État, il se demande c’est quoi la juste part, comme moi je dois faire» /sic/.

Le mot d’ordre de la dite révolution sera donc «que chacun paie sa juste part» des services publics. Et qui définira cette présumée «juste part»? Son gouvernement, bien sûr…

Or, on conviendra que ce concept de «juste part» est en fait une boîte de Pandore d’où peuvent sortir de nombreuses interprétations contradictoires. Mais comme le gouvernement tranche…

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Vous avez dit «juste part»?

 

Mais «juste part», comme dans quoi?Comme dans payer selon ses revenus? Ou comme dans payer selon ce que l’on utilise?

Réponse: selon le ministre, ce serait la seconde définition plutôt que la première. Bref, le contraire de l’équité. Voilà bien ce que cache invariablement le discours ambiant sur l’«austérité».

Et donc, La Presse Canadienne de rapporter que cette «juste part» est ceci: «un contribuable qui veut obtenir un service public doit accepter de payer de sa poche une partie de la facture».

Pardon? Le ministre est-il en train de dire que cela ne se fait pas déjà par le biais des impôts et des taxes collectifs? Est-il en train de dire que les hausses constantes ces dernières années côté tarifs et taxes ne comptent pour rien?

Pour tout dire, cette «révolution culturelle», le ministre des Finances ne vous le dit pas, mais elle est déjà en branle depuis plusieurs années. Appelons-ça une application arbitraire du fameux principe de l’«utilisateur-payeur». Un «principe» aux antipodes de celui de l’équité puisqu’il s’applique indépendamment des revenus réels des contribuables.

On parle ici d’augmentations d’une pléthore de taxes déguisées et de tarifs pour des services gouvernementaux, dont Hydro-Québec, les droits de scolarité, l’assurance-médicament, etc. ; des hausses de taxes, dont celle sur l’essence; de la fameuse «taxe santé» de 200$ pour tous sans égard à vos revenus ou d’un maximum de 400$ par famille.

Illustration concrète, courtoisie de Jean-Marc Salvet dans Le Soleil:

«Une famille de deux adultes et deux enfants s’appuyant sur des revenus annuels de 60 000 $ paiera 811 $ de plus cette année pour permettre à l’État québécois d’éponger son déficit budgétaire. Cette même famille paiera 1044 $ l’an prochain. Les hausses de taxes programmées pour éliminer le déficit budgétaire du Québec ont un impact très concret.

Un couple gagnant 70 000 $, et ayant aussi deux enfants, déboursera pour les mêmes fins 870$ cette année. Une somme qui s’élèvera à 1104 $ en 2013.»

Et cela, c’est pour la classe moyenne. Imaginons l’impact dévastateur sur les travailleurs et travailleuses à petits salaires – ce que les Américains nomment les «working poor». Imaginons aussi celui sur les plus pauvres encore.

Pendant ce temps, l’«effort» budgétaire exigé vise essentiellement les particuliers et ce, de manière de plus en plus ouvertement inéquitable entre eux.

Pis encore, cet «effort» continue à ne pas être exigé, proportionnellement, des entreprises. Cela fait d’ailleurs quelques décennies que la part contribuée à l’assiette fiscale globale des gouvernements par les particuliers augmente peandant que celle des entreprises diminue.

Pourquoi le ministre des Finances ne leur demande pas à elles aussi de faire leur «juste part»? Incluant les minières et les gazières qui salivent déjà devant le Plan Nord de Jean Charest

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Une «révolution culturelle» qui, dans les faits, ne date pas d’hier

En cela, plus ça change…

En témoigne d’ailleurs cette chronique qui précédait le budget de 2010 et où j’expliquais, entre autres, la légendaire stratégie néolibérale, ou néoconservatrice, que l’on nomme «affamer la bête».

Vous y trouverez aussi que la fameuse «révolution culturelle» dont parle aujourd’hui Raymond Bachand, il en parlait également déjà en 2010. Et ce, avec l’aide d’économistes plutôt identifiés à la droite.

 

 

Dans cette chronique, vous verrez comment, en 201o, le gouvernement Charest justifiait en partie son approche en se réclamant aussi, entre autres, de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard.

En témoigne ici ce numéro spectaculaire de l’Infolettre du PLQ du 23 février 2010. Allez-voir. Ça vaut la peine…

Et pour boucler la boucle, vous verrez que tout ce beau monde s’entendait entre autres choses sur… devinez quoi? Eh oui. Le dégel des frais de scolarité…

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Et vous, qu’en pensez-vous de la «révolution culturelle» du gouvernement Charest?

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Addendum

– Une lecture pré-budgétaire importante sur les paradis fiscaux (suggérée sur twitter par «Koudonk»).

– Pour la version intégrale, c’est ici.

– Ce lundi soir, 19hoo: émission spéciale de deux heures sur la question des droits de scolarité à «24 heures en 60 minutes» sur les ondes de RDI