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Vous avez dit «constitution»?

 

 

Mon billet de ce jeudi – «Une bouteille à la mer» – portait sur la déclaration récente du Nouveau Mouvement pour le Québec sur l’indépendance. Elle-même faisant état du 30e anniversaire du rapatriement unilatéral de la constitution du 17 avril 1982.

Aujourd’hui, je fais suite à mon billet en abordant le sujet «tabou» des Québécois face à la question constitutionnelle… Un beau sujet, avouons-le, pour un vendredi saint…

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Alors que Thomas Mulcair, le nouveau chef du NPD, fera inévitablement face, un jour ou l’autre, à la fameuse «question» de la place du Québec au Canada, un nouveau sondage confirmait, une fois de plus, qu’une majorité des Québécois rejette ce qu’on appelle le «statu quo constitutionnel».

Au point où ce même sondage – réalisé par Léger Marketing dans le cadre du colloque «30 ans après le rapatriement», qui aura lieu à l’UQAM les 12-14 avril -, montre que 71% des répondants souhaitent que le gouvernement du Québec initie lui-même une série de demandes constitutionnelles.

Et 71%, c’est vraiment beaucoup de monde…

Mais, en même temps, cela n’a rien de très nouveau.

Notons toutefois que si le sondage porte sur les effets politiques du rapatriement de la constitution canadienne par Pierre Trudeau en 1981-82 sans l’assentiment de l’Assemblée nationale, il reste que selon ce sondage, ‘une personne sur deux au Québec ne sait même pas «que la conférence constitutionnelle de 1981 à Ottawa portait sur le rapatriement»… Une question d’âge, d’intérêt ou de connaissances historiques et politiques?…

Qui plus est, à la question posée à l’effet que s’il «s’avérait impossible de changer la Constitution de manière satisfaisante pour la majorité des Québécois», un peu plus de 44 % des répondants croient que le Québec devrait se retirer de la fédération canadienne pour devenir un pays indépendant.

Nul besoin de préciser qu’on ne retrouve aucunement au Canada anglais le même appétit pour ouvrir à nouveau des discussions constitutionnelles..

Or, ces constats n’ont rien de si nouveau.

En fait, depuis ces derniers trente ans – avec une pointe impressionnante à l’époque de l’Accord du Lac Meech dont l’objectif était justement de réparer l’affront de 1982 – les Québécois favorisant le «statu quo» demeurent invariablement minoritaires.

 

 

C’est d’ailleurs, comme je l’ai écrit à quelques reprises dans les derniers mois, ce qui explique lerreur magistrale qu’auront commis François Legault et Charles Sirois en fondant leur Coalition Avenir Québec (CAQ).

Lorsqu’ils ont choisi de tourner le dos à la question nationale, sous toutes ses formes, ils ont alors pris une position opposée à celle d’une majorité impressionnante de Québécois. Et avec le temps, de plus en plus d’électeurs eux-mêmes le comprennent. (Ce matin, un énième sondage confirme d’ailleurs la chute constance de la CAQ dans les intentions de vote…)

Sur cette même question constitutionnelle, un sondage Léger Marketing/L’Actualité publié dans son édition du 1er novembre, montrait, une fois de plus, que 70% des répondants appuyaient soit l’indépendance du Québec; soit d’aller chercher plus de pouvoirs à Ottawa; soit de renégocier la Constitution.

Mais la vaste majorité des Québécois a beau dire «non» au statu quo depuis des lustres, une autre constante demeure. Celle-là depuis les échecs cuisants des accords de Meech et de Charlottetown en 1990 et 1992. Cette constante est un  Canada qui répond «non, non, non, non, non»…

Résultat: chez les élites politiques fédéralistes, que ce soit au Québec, à Ottawa ou au Canada anglais, il n’y a aucune intention – pas la moindre – de tenter à nouveau d’ouvrir la constitution pour «satisfaire» le Québec.

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Et ce, essentiellement pour deux raisons.

1) L’opinion publique hors Québec s’y opposerait autant, sinon encore plus, qu’elle le fit dans les derniers mois avant l’échec de Meech.

2) Les élites politiques fédéralistes n’ont aucune intention de tenter le diable, si l’on peut dire. Dans la mesure où tout nouvel échec alimenterait instantanément ici l’appui pour la souveraineté tout comme ce fut le cas après la mort de Meech en 1990.

Une chose est sûre: ayant passé à un cheveux de perdre lors du référendum de 1995, aucun leader fédéraliste, quel qu’il soit, n’oserait prendre un tel risque une autre fois. Même le nouveau chef du NPD, Thomas Mulcair, a cru bon préciser dans son premier point de presse qu’il croyait pouvoir répondre au Québec sans passer par la voie constitutionnelle…

Lorsque les leaders fédéralistes, au Québec et au Canada, répètent depuis des années que «le fuit n’est pas mûr», c’est précisément à cette peur fondée des conséquences négatives pour le Canada qu’aurait un nouvel échec constitutionnel que cet euphémisme fait référence… Car dans les faits, le fruit constitutionnel n’est pas mûr, il est carrément enterré…

Et ici?

Ce silence sur le renforcement des pouvoirs du Québec et sa reconnaissance officielle comme nation par voie constitutionnelle, il est aussi retentissant au Québec. Et ce, pour la même raison.

Silence au Parti libéral du Québec. Et silence à la CAQ de François Legault.

Paradoxalement, seul le Parti québécois s’aventure sur ce terrain. C’est même un des principaux piliers de l’approche Marois sur la question nationale: soit de proposer de négocier avec Ottawa le rapatriement d’un certain nombre de pouvoirs pour le Québec.

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Le «principe de réalité»

Mais comme l’opération est vouée d’avance à l’échec – encore une fois pour cause de désintérêt évident et d’un traumatisme post-Meech profond dans le reste du pays -, certains voient dans cette approche Marois une manière de fouetter à nouveau le même «sentiment de rejet» chez les Québécois qu’en 1990.

D’autres y voient plutôt un manque de clarté, une espèce de retour à l’«affirmation nationale» autonomiste d’un Pierre-Marc Johnson. Bref, une autre raison pour le PQ de ne pas s’engager à tenir de référendum s’il prend le pouvoir.

Or, au-delà de toutes les analyses, les hypothèses et les sondages possibles, le rejet du statu quo par une vaste majorité de Québecois est irrémédiablement condamné à frapper le mur du refus du reste du pays d’«ouvrir» à nouveau une constitution canadienne devenue, au fil des ans, une dangereuse boîte de Pandore politique…

C’est ce qu’on appelle le «principe de réalité».

D’ailleurs, questionnés sur le  sondage effectué pour le colloque, autant le premier ministre Charest que son ministre des Affaires intergouvernementales ont répété, encore une fois, que d’initier des pourparlers avec Ottawa n’est PAS une priorité…

Et comme d’habitude, on avance que LES Québécois sont ailleurs; qu’ils ont d’AUTRES priorités; que l’ÉCONOMIE est leur vraie priorité;, et bla, et bla, et bla…

Bref, le même discours que Jean Chrétien tenait, que François Legault tient, etc., etc., etc.

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Sur ce, je vous souhaite à toutes et tous de très Joyeuses Pâques!