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L’art de la division

 

Ce dimanche, la ministre de l’Éducation Line Beauchamp convoquait une conférence de presse où elle disait répondre à une préoccupation de la FEUQ quant à la gestion des universités.

Or, ce faisant, elle poursuivait surtout la stratégie du gouvernement depuis le début de la grève étudiante.Soit, en période préélectorale, de ne PAS s’adresser aux étudiants, mais à l’opinion publique. Une opinion publique divisée sur le sujet de la hausse des frais de scolarité.

Et cette stratégie conserve le même objectif: conforter la partie de l’opinion publique favorable à la hausse en tentant de faire paraître les étudiants comme étant déraisonnables. La proposition faite la semaine dernière par les ministres de l’Éducation et des Finances sur une modulation du remboursement des prêts – laquelle ajoutait en fait à l’endettement étudiant – était de la même eau.

 

 

Ce dimanche, le seul élément aussi nouveau que prévisible: en s’adressant à la FEUQ et en isolant de plus en plus la CLASSE – qualifiée de «radicale» par certains – la ministre tente de diviser les organisations étudiantes entre elles.

Mais cet élément est-il vraiment nouveau?

Eh bien, pas tout à fait…  D’ailleurs, j’analysais déjà cette stratégie globale du gouvernement – soit s’adresser à l’opinion publique plutôt qu’aux étudiants tout en cherchant à diviser leurs organisations -, dans ma chronique de la semaine dernière.

Il reste néanmoins cet élément nouveau: ce dimanche, la ministre a poussé la stratégie plus loin encore en s’adressant directement à une organisation étudiante sur trois… tout en continuant, bien entendu, à représenter la CLASSE comme le mouton noir du groupe.

(Sans oublier le vocabulaire fort particulier dont use la ministre dans le but de banaliser et la grève et la CLASSE: «boycott», retour à l’«école», prononcer «CLASSÉ» plutôt que «CLASSE», etc. Comprendre ce vocabulaire très politique tient presque de la sémiologie…)

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De fait, plus la grève perdure, plus le gouvernement refuse de parler de la hausse avec les organisations étudiantes – pourtant l’objet même de la grève.

Dans le cadre de ce qui est devenue une véritable guerre d’usure menée devant une opinion publique divisée – et considérant en effet que nous sommes en période préélectorale , j’avancerais que la stratégie du gouvernement Charest commence étrangement à rappeler une des stratégies privilégiées de Stephen Harper.

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Diviser pour gagner?

Cette stratégie étant ce que l’on appelle en anglais le «wedge politics». Ou, si vous préférez, la «politique de la division» – une stratégie importée des États-Unis et de l’Australie par M. Harper.

 

 

La «politique de la division», c’est tenir une position inflexible sur un sujet fort et contentieux qui divise et polarise l’opinion publique; qui oppose le parti la défendant à celle des partis adversaires; et, enfin, qui l’aide à consolider sa propre base.

Si cette politique fonctionne vraiment et que le sujet polarise suffisamment, elle fera même des «petits» sur les blogues et les médias sociaux où s’y multiplieront les défenseurs de la position gouvernementale prêts à talonner, parfois même de manière systématique et personnalisée, les positions divergentes.

Surtout, on constate que cette stratégie, lorsque utilisée, l’est souvent par un parti quand une élection se pointe à l’horizon et qu’elle se promet d’être une lutte serrée…

(Sur le sujet, voir cet article sur le «wedge politics», sa mécanique et ses conséquences possibles – cette stratégie utilisée systématiquement par les conservateurs de Stephen Harper depuis 2006.)

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Bref, l’approche du gouvernement Charest dans le dossier de la hausse des frais de scolarité s’inscrit de plus en plus clairement dans ce que l’on considère être la pratique de la «politique de la division».

Pour un gouvernement dont le parti se dirige vers une lutte très serrée à la prochaine élection générale, cela semble en effet être le choix qu’il a fait dans ce dossier…

Ce qui mène à une question de plus en plus posée dans les milieux médiatiques et politiques: Jean Charest déclenchera-t-il une élection pour «régler» cette question qui divise l’électorat?

Mais la vraie question n’est-elle pas plutôt celle-ci: le premier ministre souhaite-t-il vraiment faire campagne avec des manifestations étudiantes quotidiennes? Lui seul le sait…

D’autant plus que les mêmes sondages faisant état d’une division de l’opinion publique sur la hausse montrent aussi qu’une majorité veut voir le gouvernement dialoguer avec les organisations étudiantes.

Or, tant que le gouvernement refusera d’aborder avec celles-ci l’objet même de la grève – la hausse des frais de scolarité -, force sera de constater qu’il cherche plus à diviser qu’à régler le conflit.

À suivre…