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Jouer sur les mots

Le 30 septembre dernier, une manifestation n’a pas pu prendre la rue. Les policiers les limitant au trottoir. Le hic, c’est que le règlement 19.2 laisse place à interprétation. Sauf que pour le maire de Québec, discuter de ces interprétations, c’est «jouer sur les mots». Mais c’est un jeu que le maire a lui-même mis en place en 2012.

Quatre manifestants et manifestantes du 30 septembre ont été au conseil municipal du lundi 3 octobre, afin de demander au maire si le règlement est bien compris et, si oui, pourquoi le Service de police de la ville de Québec (SPVQ) ne les a pas laissé manifester.

Le règlement 19.2, «Règlement sur la paix et le bon ordre» de la Ville de Québec dit ceci : «Une manifestation est illégale dès que l’une des situations suivantes prévaut : 1- la direction du Service de police de la Ville de Québec n’a pas été informée de l’heure et du lieu ou de l’itinéraire de la manifestation. » L’organisation a remis son itinéraire à 7h30 le matin, deux heures avant le départ de la marche. Qui joue sur les mots?

D’ailleurs, le maire a déjà déclaré que l’itinéraire pouvait être remis cinq minutes avant. Si le maire de Québec ne joue pas avec les mots, il pige dans sa réserve de mauvaise foi. La SPVQ avait amplement le temps d’organiser un cortège pour barrer la rue Dalhousie pendant une quinzaine de minutes.

À moins que ça ne soit le lieu qui dérangeait la Ville de Québec? Une manifestation au cœur du quartier touristique alors qu’une foule record de touristes débarquent, ça ne fait pas une belle image, on imagine. Pas selon moi, mais j’imagine quand même. Le maire soutient que barrer la rue Dalhousie, ça ne se fait pas.

«Je pense qu’il est normal de ne pas laisser 30 personnes fermer la rue Dalhousie», a dit, à six reprises, le maire de Québec.

J’ai toujours de la misère à comprendre ce nouveau concept qu’une manifestation ne doit pas déranger les gens. Si la manifestation ne dérange personne, elle perd un peu sa raison d’être. Une manifestation dans une cour privée, ça ne lance aucun message. Une manifestation dans une rue où personne ne circule, ça ne lance aucun message. Les gens manifestent lorsqu’ils considèrent que leur message n’est pas entendu… Une manifestation sert à attirer l’attention et malheureusement, bien souvent, la cause est rarement suffisante pour attirer l’attention, il faut déranger un peu.

J’utilise le mot déranger, mais entre vous et moi, quand c’est rendu que bloquer une rue quelques minutes est «déranger», c’est qu’on n’est pas fait fort comme société.

L’économie de la Ville de Québec n’aurait pas connu une journée noire parce que la rue Dalhousie aurait été bloquée une vingtaine de minutes. Il y a des travaux qui nuisent plus longtemps que ça et la ville ne plonge pas dans le chaos.

Il y a aussi cet étrange sous-entendu de Régis Labeaume. Il revient souvent sur le nombre de manifestants. Selon les informations qu’il a, ils étaient une trentaine. Les manifestants soutiennent qu’ils étaient une centaine. Est-ce que le nombre change vraiment quelque chose au principe? Est-ce que la validité de la cause dépend du nombre de manifestants? J’imagine Régis Labeaume dire ça aux premières suffragettes, avant qu’elles ne soient des centaines et des milliers.

En disant ne pas vouloir jouer sur les mots, Régis Labeaume manipule d’énormes marionnettes déguisées en épouvantails, en se défendant entre autres de ne pas être fasciste (un reproche qui n’est sorti que de sa bouche). Tout ça me fait penser au jeu de Jean Charest de 2012, tentant de transformer une grève en boycott. On peut aussi penser à ces pauvres personnes prises «en otage» lorsqu’il y a des grèves ou des manifestations.

Lorsque les chauffeurs de taxi ont fait une grève à l’Aéroport de Québec, par exemple, des voyageurs et voyageuses disaient être pris en otage. Mais de quoi parlent-ils?!

J’aimerais bien qu’une de ses personnes, dont son confort de câler un taxi est brimé, se plaigne d’être un otage devant Homa Hoodfar ou devant n’importe quel otage de Poutine ou IE.

Je terminerais avec une autre étrange déclaration de Régis Labeaume, pendant le même conseil municipal. Lorsqu’il soutient, la première fois, qu’il n’y avait qu’une trentaine de personnes à la manifestation, la citoyenne qui a posé la question tente de rectifier le nombre. Le maire lui répond alors que le conseil municipal, ce n’est pas un lieu de débat et qu’il pense avoir la vérité sur sa feuille.

Le conseil municipal n’est pas un lieu de débats… Vraiment?