BloguesPlan B

Sans le vernis touristique

Dans le plus récent magazine VOIR, Érika Soucy me parle des lieux de la Côte-Nord au-delà du vernis touristique et invite les gens à dépasser ces lieux communs. Pis j’étais vraiment content de l’entendre me dire ça. Simplement parce que ça me tape généralement sur les nerfs, les lieux touristiques.

J’ai réfléchi à mes roadtrips, mais aussi à mes migrations, avec le magazine de juin, qui vous invite à visiter plusieurs beaux lieux du Québec. Mes motivations à me promener ou à migrer reposent sur le même désir: découvrir comment la vie se passe ailleurs. Découvrir, apprendre et comprendre.

Quand une personne apprend que j’ai vécu six ans sur la Côte-Nord, dont deux années à Fermont, la question habituelle qui suit ressemble à ça : «Mais qu’est-ce que t’es allé faire là-bas?! Pour le travail? »

Même celui qui m’a accueilli là-bas m’a posé cette question-là alors qu’il me faisait visiter la ville.

Bien que je me suis servi du travail pour y aller, ce n’était pas la raison principale. J’ai fait de belles expériences journalistiques là-bas, j’ai énormément appris et les régions, en général, permettent de réaliser des mandats plus rapidement que dans les grands centres, mais tout ça, c’était en bonus. Je ne suis pas très carriériste. Je n’ai jamais pris un emploi pour faire beau dans mon cv, mais bien pour vivre (et non acquérir) des expériences.

C’est un désir d’aventure et de vivre une expérience unique qui m’a donné envie de partir dans le Nord en 2008. Je visais Yellowknife ou Whitehorse, c’est finalement Fermont qui m’a invité à la découvrir.

Moi, ça me fait rêver de comprendre des milieux complètement différents du nôtre. Le Nord m’attirait parce que c’est une autre façon de vivre. Les communautés sont petites, isolées et plongées dans un climat complètement différent!

Je me souviens encore à quel point j’ai trippé la première fois que j’ai marché dehors, à Fermont, à -40. Le froid si sec, la neige si fraiche et pure, dans un environnement sans pollution sonore. J’entendais mes pas résonner sur les maisons, ça me semblait aussi fort que si je criais à tue-tête. Mais non, c’est le simple effet du silence ambiant. On oublie c’est quoi en ville.

J’étais tout excité lors de mon premier solstice d’été à Fermont, j’avais sorti mon appareil photo et j’immortalisais le ciel toutes les 20 minutes, pour documenter cette expérience. De mémoire, j’ai vu les derniers rayons du soleil un peu avant minuit pour les revoir un peu avant deux heures du matin. Je rêve encore de vivre un vrai 24h de soleil et un 24h de nuit. Parce que c’est une expérience qu’on ne peut pas vivre à Québec.

Contrairement à bien des gens, je ne parle pas à travers mon chapeau quand je parle des communautés autochtones. Je les ai côtoyées quelques années. Je sais c’est quoi la réalité d’une région ressource (que ce soit les mines, le bois ou la pêche). Je sais ce que c’est vivre dans une communauté isolée. J’ai vécu le Plan Nord de l’intérieur (c’était une grosse bullshit, qu’importe sous quel parti). Bref, tout ça a enrichi ma façon de voir la société, de comprendre le monde, d’élargir mes horizons.

Que dire que la route 389? 560 kilomètres dans le bois. Une seule station-service. Des arbres, des montagnes, des lacs (et des barrages, dont Manic-5 (ou Daniel-Johnson) sur les 200 premiers kilomètres). Les sept à huit heures qu’il faut pour parcourir cette route peuvent parfois sembler éternelles, mais c’est en même temps d’une beauté inouïe.

Comme la route 138 sur la Côte-Nord, avec ses montagnes, ses kilomètres de plages, ses baies merveilleuses, ses tourbières à partir de Havre-Saint-Pierre…

C’est d’une beauté brute et magique en même temps. Solide parce que plus grande que nous, fragile parce que sans défense.

Je ne sais plus combien de fois j’ai traversé le Saguenay entre Baie-Ste-Catherine et Tadoussac dans ma vie, mais je suis chaque fois ému par le fjord. Au fond de moi, j’espère que sa brutalité l’épargnera de l’ambition humaine, qu’elle lui évitera de se faire envahir par des chalets, qu’il demeurera indomptable.

Avec mon revenu modeste, je n’ai jamais pu, encore, voyager en dehors du continent nord-américain, mais je ne me suis pas empêché de bouger pour autant. Déjà, à 17 ans, je prenais une voiture et je faisais des roadtrips. J’ai fait le tour du Québec. Mes excuses? Des spectacles. Tiens, un Fred Fortin à Waterloo, allons-y! Tiens, un Mononc’ Serge à Tadoussac? Partons! Oh! Un nouveau festival de musique à Sainte-Rose-du-Nord? Merveilleux!

Mine de rien, sauf le Nord-du-Québec, ça fait plusieurs années que j’ai visité toutes les régions du Québec. Et j’ai encore du plaisir d’y retourner, même si certaines m’ont plus charmé que d’autres.

Puis ça été la traversée du Canada en 2007, de Halifax à Victoria. Pour découvrir. Pour voir comment ça se passe, ailleurs. Que font-ils de différent? Pour mieux comprendre le monde, mais pour mieux comprendre son voisin et pour mieux se comprendre aussi, inévitablement.

J’ai plein de paysages dans la tête que je pourrais partager. Il y a plein de rencontres que je pourrais raconter. Mais je le disais plus tôt, ce que j’aime dans les voyages, c’est observer, apprendre, me mêler au monde.

Pis c’est vraiment ça le plus beau là-dedans. Découvrir qu’il y a plein de manières de vivre, de faire les choses, de s’organiser. Se rendre compte que la région « Centre-du-Québec » n’est crissement pas au centre du Québec, que l’Estrie est complètement dans l’ouest, qu’il y a une autre façon de vivre qu’en ville, qu’en banlieue et qu’en campagne, parce que le Québec c’est pas mal plus qu’entre Québec et Montréal.

Et les roadtrips, il faut le dire, c’est nourrissant. En loup solitaire, ça dégage la tête, c’est aussi libérateur que l’exercice ou la méditation ou une marche. C’est aussi le plaisir d’écouter la musique différemment, donnant un rythme à notre route. En groupe, ça soude les liens, ce sont des souvenirs uniques, riches, par les conversations propres aux roadtrips, mais aussi par le plaisir de s’apprécier dans certains silences.

The Barr Brothers sont un bon exemple d’une musique qui donne une autre dimension à la route.

Une habitude que j’ai quand je voyage : prendre le transport en commun. J’essaie de le faire dans chaque ville que je visite (quand il en existe). Je trouve que là, dans l’autobus ou dans le métro, je touche au quotidien des citoyens, que je comprends une facette de la ville que les lieux touristiques ne nous montrent pas.

D’ailleurs, je suis toujours déçu par les endroits trop tournés vers les touristes. Comme Whistler, Percé, le Vieux-Québec ou le Vieux-Montréal. Croyez-moi, quand je fais visiter Québec à quelqu’un de l’extérieur, le Château Frontenac n’est vraiment pas mon premier réflexe…

Tout ça pour vous inviter à faire des roadtrips, mais surtout à vous mêler aux gens. Jetez le guide touristique et errez.

Avec mes vacances qui arrivent, je salive déjà à mon prochain roadtrip, qui me mènera je ne sais pas encore où. Je suis excité a l’idée de découvrir un nouveau milieu de vie.