Erik West-Millette / West Trainz : Tout le monde à bord!
Musique

Erik West-Millette / West Trainz : Tout le monde à bord!

Le compositeur, réalisateur et multi-instrumentiste Erik West-Millette présente enfin le fruit d’un énorme travail d’une vingtaine d’années, West Trainz, un livre et disque-double autour de sa passion pour les trains. 

«Ce projet-là est beaucoup plus près de ma passion des musiques de film. En fait, c’est comme si j’ai tout mis là-dedans ce que j’aime faire: la sculpture, la photo, écrire des textes et voyager en solitaire.»

Presque huit ans après le spectacle Trainz qu’il avait présenté à Coup de coeur francophone, Erik West-Millette propose un nouveau grand chapitre de son «tour du monde poétique». Après plus de vingt ans à parcourir le monde à la recherche de sons et musiques inspirés par les trains et la vie autour des gares, il nous offre maintenant un très bel objet: un livre de type carnet de voyage avec deux disques. Le premier disque West couvre l’Amérique au grand complet alors que East couvre le reste du monde, de la Russie au Japon à l’Australie.

Erik explique que le son des pièces est complètement inspiré des rencontres qu’il a faites à ces endroits. À propos de New York Night Trainz, par exemple, il explique: «Y’avait un train de nuit. J’allais jouer du jazz et du hip-hop à cette époque, à la fin des années 80/début 90. C’est pour ça que la toune est hip-hop, graffiti, un peu spoken. Y’a un autre journaliste qui m’a dit hier: «le Trans-arabo-andalou, je m’attendais à avoir de la belle guitare flamenco!» Et j’ai dit: «s’il y avait eu ça dans le train, peut-être, mais c’était un train qui faisait Madrid-Lisbonne et y’avait un rave dans le train, plein de monde qui arrivait de Barcelone. Ç’a a donné une toune plus électro-chill.»

Et on le voit bien, l’intérêt des rencontres humanistes à l’intérieur des trains, à travers les photos dans le livre-disque. Toujours armé de son petit appareil d’enregistrement et de son appareil photo, Erik West-Millette nous raconte, les yeux encore pétillants, de folles histoires à Oulan-Bator ou encore à Istanbul.

«Ça m’est arrivé plusieurs fois que des gens me racontent leur vie au complet. Des choses qu’ils n’ont probablement jamais racontées même à leurs proches. Trois stations plus tard, tu sais que tu ne les reverras jamais.»

«Moi ce qui m’intéresse le plus, c’est le son des trains, les classes sociales (les gens très fortunés ou très pauvres qui se retrouvent dans une gare), le bruit des gares, poursuit-il. C’est vraiment l’univers des trains, dans son ensemble. J’aime ça les locomotives – j’ai fait mon baptême du rail avec mon grand-père Leo West dans une locomotive du CN dans les Laurentides – mais c’est pas ma plus grande passion. Yves Archambault, mon graphiste, dit que je suis comme un anthropologue du rail, qui se promène avec son micro et Larissa [sa relationniste] disait que je suis comme un chercheur de son! C’est vrai!»

Tous ces voyages, il a pu les faire en poussant ses billets d’avion de quelques semaines lorsqu’il était en tournée internationale avec des artistes. «Tant qu’à être en Australie! s’exclame-t-il. Quand, autrement, aurai-je le temps, les sous, pour faire ça? Tsé, les tournées, c’est souvent les grandes villes, c’est toujours un peu pareil. J’avais toujours la curiosité de traverser les villages et rencontrer les gens, voir la vraie vie.»

West Trainz se déploiera ensuite en deux temps: un autre grand spectacle autour de ce nouveau disque-double (à venir en 2017 probablement), puis un site web où l’on retrouvera encore plus d’artéfacts d’Erik et où l’on pourra nous-mêmes participer en envoyant nos récits, photos de voyages ferroviaires. Ça deviendra un grand travail collectif, dans le fond? lui demande-t-on.

«Ce l’est déjà beaucoup! Quand j’ai fait le décompte, on est 65 invités, musiciens, chanteurs, graphistes, photographes.» On retrouve sur West Trainz des collaborations de Thomas Hellman, Bïa, Jordan Officer, Willie West – cousin d’Erik et grande star en Louisiane – et bien plus.

Et la prochaine destination, Erik?

«Le Tibet. Y’a un train Bombardier, d’ailleurs, qui monte dans les montagnes jusqu’à la ville de Lhassa. Lhasa De Sela, qui était ma grande amie, m’avait demandé d’apporter quelque chose là-bas la dernière fois, mais je n’ai même pas pu partir de Beijing cette fois-là. Ça, c’est le prochain avec l’Inde du Nord et du Sud: le Maharaja Express et le Darjeeling Limited.»

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West Trainz est disponible dès le 12 mai sur l’étiquette L-A Be (et en écoute jusqu’à cette date sur voir.ca.)

Erik West-Millette proposera un spectacle déambulatoire, sur chariots qu’il a construits avec son frère, autour de West Trainz dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, tous les jours du festival à 17h à la Place des festivals (du 26 juin au 5 juillet).

westtrainz.com