Fanny Bloom : Le bilan de la vingtaine
Musique

Fanny Bloom : Le bilan de la vingtaine

Légèrement exaspérée d’être toujours perçue comme la «funny girl» aux chansons pop dansantes, Fanny Bloom tente l’expérience piano-voix dans un tout nouveau spectacle intimiste, qui accompagne la sortie d’un troisième album solo aux allures de bilan.

Présenté au minuscule et chaleureux Théâtre Sainte-Catherine de Montréal le 24 mars prochain, quelques jours après une première à Sherbrooke, ce tout premier spectacle solo mis en scène par Jean-Simon Traversy a pris racine il y a un bout de temps dans la tête de Fanny Bloom.

«Ça faisait longtemps que je voulais le faire, mais j’étais pas prête», explique l’auteure-compositrice-interprète, qui a fait 10 ans de conservatoire classique. «Avec les années, j’ai commencé à avoir plus confiance en moi, en intégrant peu à peu des moments au piano à mes spectacles. Fallait que je réapprivoise ce feeling-là d’être seule avec le public.»

Si son expérience de compositrice pour la pièce de théâtre Constellations (2015) a sans doute été un élément déclencheur à cette aventure solo, la volonté de proposer quelque chose de plus épuré y a également joué un rôle important.

Adepte des formules pop étoffées, comme en témoignent ses deux premiers albums coréalisés avec Étienne Dupuis-Cloutier, Fanny Bloom a cette fois voulu revenir à la base. La chanteuse sera donc seule sur scène, assise à un «piano lumineux» qui fera office de décor.

«J’ai eu envie d’être plus relax et d’arrêter de sauter partout», confie la Montréalaise, qui a bénéficié d’une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec pour ce spectacle. «On dirait que j’avais jamais directement connecté avec moi à travers mes chansons. Je passais tout le temps par mille et un arrangements afin que mes chansons sortent de l’ordinaire. Avec les années, j’ai aussi réalisé que j’étais dépeinte comme la fille de party qui danse sur une scène. Je trouvais ça de plus en plus dommage qu’on ne m’invite jamais pour jouer une chanson au piano de façon plus intime. Ça me dérangeait, mais en même temps, c’était de ma faute puisque j’avais jamais vraiment montré ce côté-là de moi.»

Un album bilan

Prévu pour le 25 mars prochain, un album viendra compléter cette expérience intimiste. Tout simplement intitulé Fanny Bloom – Solo, ce troisième opus officiel bénéficie paradoxalement du soutien de deux musiciens: Thomas Hébert (trompette, fluglehorn) et Pierre-Philippe «Pilou» Côté (contrebasse, violoncelle, harmonium).

«Au départ, c’était supposé être juste moi en solo, mais encore une fois, j’ai pas pu m’en empêcher!» admet la chanteuse, en riant. «On était au studio de Pilou à Saint-Adrien pour enregistrer l’album et, quand on lui a fait entendre nos chansons, il a pris sa contrebasse et a commencé à jouer par-dessus. J’ai trouvé ça malade et j’ai décidé que, tant qu’à faire, j’allais en mettre partout et, même, ajouter des cuivres.»

Comprenant deux nouvelles chansons, deux reprises et deux chansons de chacun de ses albums, Fanny Bloom – Solo retrace l’ensemble de la carrière de la chanteuse jusqu’à maintenant. «C’est un album de mise à jour», résume l’artiste. «Je change de décennie dans quelques jours… Je vais avoir 30 ans! L’album, c’est donc un peu un bilan de ma vingtaine dans sa plus simple expression.»

De là l’idée d’y intégrer également deux relectures de l’unique album de sa défunte formation La Patère Rose. «C’est mon premier album, donc c’était inévitable que je l’inclue», dit-elle. «Avec La Patère, ça a pas été facile au début… J’avais besoin de faire une scission et de m’assumer moi, toute seule. Y’a quelques années, j’ai commencé à réintégrer quelques chansons du groupe à mon spectacle. J’me suis rendu compte que les gens étaient vraiment contents.»

Un (mini-)retour pour La Patère

Et signe que les temps changent: Fanny Bloom remontera sur scène aux côtés de Roboto et Kilojules, le temps d’un court spectacle dans le cadre des Francouvertes au Lion d’or le 11 avril prochain. Le trio, qui avait gagné l’édition 2008 du concours, donnera un spectacle pour la toute première fois depuis sa séparation, il y a cinq ans.

«Je suis allée manger avec Jules récemment, et on a choisi les tounes qu’on allait faire», explique la chanteuse. «Il est un peu stressé parce que les échantillons des chansons sont dans des anciennes machines, donc il va devoir trouver un moyen de les réintégrer dans ses nouvelles machines. En plus, on dirait qu’il a envie de mettre ça au goût du jour… Ça a l’air compliqué un peu, mais bon, les deux gars sont comme ça. Ils ont vraiment le souci du détail.»

Décidée à mettre la majorité de ses énergies au service de son aventure solo, Fanny Bloom n’entrevoit pas, pour l’instant, l’idée de renouer officiellement avec ses deux collègues, qui font également partie de Misteur Valaire.

«J’ai eu le cœur brisé après La Patère…» confie-t-elle. «Je l’ai vraiment vécu comme une rupture. Des fois, je me fais proposer des affaires en band, mais je joue de prudence parce que j’ai pas envie de revivre ces émotions-là qui m’ont jetée à terre. On va donc commencer par pratiquer. Ça va être un peu comme recoucher avec un ex: confortable mais weird

Fanny Bloom en solo : 18 mars à La petite boîte noire (Sherbrooke), 22 mars au Café Nostalgica (Ottawa), 24 mars (19h et 22h) au Théâtre Sainte-Catherine (Montréal), 26 mai au Théâtre du Petit Champlain (Québec) et 27 mai au Beat & Betterave (Frelighsburg). Plus de détails.

La Patère Rose : 11 avril au Lion d’or (Montréal), en première partie des demi-finales des Francouvertes 2016.