Rap local : La Carabine, Joel Garden, Obaya et Silk E
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Rap local : La Carabine, Joel Garden, Obaya et Silk E

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

La Carabine, chansonnette urbaine incisive //

Inspiré par l’esthétique du rap new-yorkais des années 1990, le duo La Carabine en fait à sa tête sur Chasser ses démons, un premier album qui fait bande à part sur la scène hip-hop montréalaise.

«On voulait faire de la musique comme dans le temps», explique le rappeur Dominick Dom Polski, qui a composé l’ensemble des chansons. «On voulait des drums qui te font cligner des yeux, de la basse lourde et sale, des sons minimalistes organiques qui te font voyager, des atmosphères lugubres ou jazzy… On a fait un album qui s’écoute du début à la fin, sans flafla, ni filler.»

«On a la nostalgie des bons vieux jours où on roulait sur nos planches à roulettes avec du gros rap sale qui jouait à fond les écouteurs», poursuit Filion. «C’est la principale raison qui nous pousse à faire de la chansonnette urbaine ensemble.»

Récurrentes sur Chasser ses démons, les histoires de skateboard et d’asphalte sont au cœur même de la réunion des deux rappeurs à l’adolescence. «On s’est rencontrés un après-midi à la fin de l’été 1997 ou 1998», raconte Filion. «J’allais faire du skate avec mon boy, et on allait rejoindre un autre de mes chums en face de l’école Jacques-Rousseau à Longueuil. On aimait bien skater le curb et se garrocher dans le set de quatre marches. On a skaté jusqu’au cégep Édouard-Montpetit, qui se trouve juste à côté, et on est tombés sur Dom pis un autre de ses chums qui statuaient là-bas. On a passé le reste de la journée à tuer les spots de Longueuil.»

Ce n’est que quelques années plus tard, en 2006, que les deux jeunes adultes ont repris contact. «On s’est revus sur Myspace, on travaillait sur des projets éclectiques», poursuit Filion. «On a été prendre une bière dans un parc et on s’est dit qu’un jour, fallait bien faire un projet juste Dom et moi. En 2013, on a commencé La Carabine dans un studio juste à côté de l’école Jacques-Rousseau  Full circle motherfuckers!»

carabine
Filion et Polski. Crédit : Patrick St-Arnaud.

Après avoir obtenu un succès modeste en 2015 avec À corps perdu, un premier EP produit par JQuaid (qui a quitté le groupe depuis), La Carabine a pris un moment de répit pour recharger ses munitions.

C’est durant cette période que Polski a perfectionné ses techniques musicales dans le but de créer une esthétique lo-fi brute et organique. «Je me suis retrouvé seul devant des vieilles machines analogues : un sampler, un drum machine, un 4 tracks, une mini-enregistreuse, des cassettes et une vieille radio», affirme-t-il. «Je cherchais des bruits, ceux qui dérangeant et dont on ne sait pas la provenance. J’ai branché mon sampler à la radio FM afin d’échantillonner les sons, comme un pêcheur qui lance sa ligne à l’eau et attend que le poisson morde (…) Je me suis aussi servi de bruits de porte, de vibrations d’un peigne à cheveux, d’extraits de pièces de théâtre enregistrées sur le magnétophone…»

Le producteur a ensuite fait appel au réalisateur et ingénieur Simon Gauthier : «On a élargi les sons, on a placé un micro devant des amplis, on a rajouté des roulements de caisse claire. On a aussi enlevé les basses pour les refaire live.»

Afin de soutenir cette percutante et originale trame musicale, les deux rappeurs livrent des textes rudes, mais jamais trop sérieux. «Quand tu écoutes La Carabine, on veut te faire oublier que « la vie c’est difficile man » parce que oui, indeed, c’est pas toujours facile», envoie Filion. «On est une carabine à plomb, le jouet que tu rêvais d’avoir à 10 ans et demi. On pince, mais on tue pas et on fait pas de mal. Nos paroles peuvent être un brin cinglantes parfois, mais on dit exactement ce qu’on voit et ce qu’on vit.»

«Notre sarcasme est, plus souvent qu’autrement, mal interprété», poursuit-il. «On veut avoir du plaisir à dire des mots weird, parler de baseball et de Willie Mays, parler de tout et de rien pour divertir… On veut pas changer le monde.»

Jusqu’à maintenant, cette proposition place en duo en marge de la scène hip-hop locale et se trouve curieusement à tirer son épingle du jeu sur la scène punk, notamment au Pouzza Fest ou au Desbouleaux Fest. Mais avec la multiplication de projets rap audacieux et éclatés publiés dernièrement, les choses pourraient toutefois se mettre à changer. « La scène hip-hop au Québec est déjà divisée en plusieurs parties, et c’est une scène qui m’a toujours donné

le pressentiment qu’elle était inaccessible», observe Filion. «On s’est dit qu’ont voulait faire de la musique qui n’appartiendrait pas à une seule scène. Les Beastie Boys ouvrait pour Bad Brains et pouvaient jouer avec Run-D.M.C. le lendemain. Pourquoi on ne serait pas capable de recréer le même genre de pattern ici au Québec?»

Chasser ses démons – en vente sur iTunes

Nouveautés d’envergure //

Le producteur ottavien d’adoption montréalo-torontoise Joel Garden impressionne avec Omni, un premier album officiel paru sous Ghost Club Records.

Le rappeur Obaya dévoile sa poésie imagée et son flow posé sur JKBX, mini-album qui profite de productions signées Dr. MaD, Matt M, Omito et DCelsius.

Lou Phelps fait équipe avec son frère, le producteur Kaytranada, sur Average, extrait de son projet 001: Experiments à venir.

La Montréalaise Zeina fait sans doute partie des révélations à surveiller cette année. Elle présente l’excellent morceau Regina George.

En attendant la sortie d’Expressions of Now, Speng Squire balance un freestyle de feu.

Fortement méconnu, Lil Snoozy fait preuve d’une nonchalance à toute épreuve sur son album lo-fi psychédélique The Addict.

Proacif, FouKi s’allie à nouveau avec son producteur complice QuietMike et le rappeur Kevin Nash pour une pièce aux basses pesantes.

wærry et Franky Fade flirte avec l’indie R&B sur cette production de Bloom (Team XXI).

Le producteur et chanteur Maestro Omayela livre un clip pour l’accrocheuse Find Out avec Slumdon.

La révélation trifluvienne slumgod. collabore avec Delicasteez sur cette reprise lo-fi de Straight to the Bank de 50 Cent.

Le producteur montréalo-lavallois jåmvvis connaîtra assurément une grosse année. En attendant la sortie du EP Lonely Thoughts, qui devrait probablement mener à la parution d’un album, on écoute cette nouvelle pièce.

Deux princes du hip-hop québécois, DJ Manifest et Ajust, ont uni leurs forces dans une mixtape trap de qualité conséquente.

L’inclassable rappeur et artiste visuel Mephisto livre sa «plus grande création musicale» : Intrinsèque_QQCH, une proposition embryonnaire mais originale.

Actif sur la scène rap canadienne depuis plus de 10 ans, Silk E se surpasse avec ce brulot jazzy rap.

Le vétéran rappeur montréalais GunDei montre qu’il n’a rien perdu de sa fougue sur Benedictum, nouvel extrait de son album #PuRLN prévu pour 2017.

Toujours aussi cru, l’indomptable Colonel y va d’un énième projet au titre déplacé. En plus de sa mixtape collaborative avec Tommy Kruise (Suce la queue du nègre, disponible en téléchargement sur le site d’Intra-Peura), il proposait cette semaine un autre EP vulgaire à souhait.

Un autre clip de qualité exponentielle pour Le Chum.

Oclaz (de LaF) et Rousseau donnent le coup d’envoi à leur nouveau duo TWYN.

Le jeune producteur montréalais sans gluten se joint au chanteur Dame sur Billiardsss.

L’excellent Da-P (du collectif Alaiz) collabore avec le chanteur californien Mars Today.

Le duo montréalais à la puissance suédoise Boskorgï remet ça avec une deuxième chanson en autant de semaines.

3 shows à voir //

L’Osstidtour à Victoriaville et Montréal

La tournée hip-hop de l’heure au Québec poursuit son sprint final. Après un Club Soda sold-out la semaine dernière, Koriass, Alaclair Ensemble et Brown se préparent à répéter le même exploit ce samedi. Les préliminaires auront lieu à Victo demain.

Carré 150 (Victoriaville), 3 février (20h30) – Club Soda (Montréal), 4 février (20h30)

Groove Session 66666

Venant tout juste de terminer l’enregistrement de leur album, Clay and Friends désirent tester leurs nouvelles pièces devant public dans le cadre d’une Groove Session sur Bleury.

Bleury-Bar à vinyle (Montréal), 8 février (22h)

Carnaval de finesse Release party

Paru à la mi-décembre, le troisième album du rappeur italo-montréalais Rowjay aura enfin droit à son lancement officiel. Planet Giza, Karyke, jåmvvis, NoKliché et HelloTaxi?! feront partie de la fête.

Le Skills (Montréal), 4 février (22h30)

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