Rap local : Shoddy, DOJO!, Tshizimba et DO, The Outcast
Musique

Rap local : Shoddy, DOJO!, Tshizimba et DO, The Outcast

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Shoddy, à l’ombre du Château Frontenac //

Désirant faire le pont entre la jeune et la vieille génération de rappeurs de Québec, Shoddy donne suite à son classique Mauvaises fréquentations, paru en 2004.

Treize ans se sont écoulés entre l’œuvre initiale et sa nouvelle mouture, MF2. Treize ans durant lesquels Shoddy a eu un point de vue unique sur l’évolution de la scène rap de sa ville. «Cet album-là, c’est vraiment pour faire la transition entre la vieille et la nouvelle garde», précise-t-il, mentionnant que des rappeurs de tout âge ont participé à cette suite. «J’y pensais depuis déjà quelques années, mais j’me mettais beaucoup de pression. J’ai étiré la création de l’album sur 2-3 ans afin d’avoir en main quelque chose dont je suis entièrement satisfait.»

Sur Extinction, chanson en collaboration avec KNLO et Eman d’Alaclair Ensemble, le rappeur témoigne des quelques réticences qu’il entretient face au style de hip-hop que les jeunes rappeurs mettent de l’avant ces jours-ci : «À l’époque, on basait notre rap sur des revendications. Les beats, c’tait du boom bap avec des samples. Y avait aussi du break et du graffiti. Maintenant, les autres parties du hip-hop sont moins présentes, et c’est plus du trap. Des fois, j’ai l’impression que ça manque un peu de contenu et que les rappeurs font juste dire n’importe quoi sur un beat. Je trouve ça dommage que la nouvelle génération ait perdu envie de faire des jeux de mots et de porter un message.»

Malgré son discours, Shoddy ne laisse pas de côté les basses pesantes et les rythmes lents percutants, typiques de l’appareillage trap. C’est plutôt du côté des textes que le rappeur s’éloigne de ce genre stéréotypé. Narrateur d’histoires, il s’en remet à une écriture plus personnelle : «J’y vais avec une écriture plus réfléchie et mature. En vieillissant, on se rend compte que, lorsqu’on était jeunes, on criait à tue-tête sans savoir pourquoi. Le temps avance, et on se remet en question. Sur Soldat de plomb, par exemple, j’explique des choses en lien avec ce que j’ai vu ou vécu. Je sais que le rap est un style qui prône le milieu de la rue et je tenais à dire aux jeunes que, souvent, ça finit mal. Si tu veux aller dans ce mode de vie-là, faut que tu en sois conscient.»

Premier extrait de l’album, Limoilou trap est une ode à son quartier d’origine. S’il admet que la vie limouloise est beaucoup plus paisible maintenant que lorsqu’il était adolescent, il explique qu’il a voulu en montrer le côté sombre : «La chanson projette l’ombre du quartier, ce que j’aime appeler l’ombre du Château Frontenac. Ce que je raconte là-dedans, c’est pas nécessairement ce que les gens voient, mais plus ce que les gens du milieu de la drogue et du vol vont voir à tous les jours.»

[youtube]IFot_qGNKXU[/youtube]

En collaboration avec le Montréalais GunDei, Au nom des religions est un exemple probant du côté plus intimiste de l’album. Écrite en partie lorsqu’il était derrière les barreaux, la chanson critique de façon cinglante la violence perpétrée en lien avec les croyances spirituelles. «Je l’ai écrite il y a un an, juste après qu’un de mes anciens professeurs du secondaire ait péri dans une fusillade au Burkina Faso. C’est là que j’ai réalisé que ce genre d’acte très violent commençait à nous toucher directement», explique-t-il. «À ce moment-là, j’ai commencé à lire la Bible et un autre livre expliquant la religion musulmane. Ça m’a aidé à mieux comprendre le comportement humain face aux questions spirituelles.»

Durant son incarcération de cinq mois, Shoddy a écrit quelques autres chansons, qu’on peut maintenant entendre sur MF2 : «C’est pas toujours facile d’écrire en prison. Des fois, tu peux être dépressif et t’as pas le goût de toucher à une feuille. D’autres fois, tu te dis que, tant qu’à être là, vaut mieux développer ton esprit et ton mental. Le problème c’est qu’à Orsainville, il y a pas beaucoup de littérature, alors on partage entre détenus.»

MF2 – en magasin et en ligne dès le 24 février

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Nouveautés d’envergure //

Le producteur montréalais de 19 ans DOJO! a fait beaucoup parler de lui cette semaine avec son EP PRESTO!, qui accumule les dizaines de milliers d’écoute sur sa page Soundcloud.

Le projet de Tayo, 1988, mélange R&B, trap et rythmes exotiques.

La rappeuse/chanteuse Cnee fait équipe avec la vedette hip-hop locale High Klassified.

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Le Montréalais Demon DOA envoie le clip d’une chanson aux accents R&B.

[youtube]0hd1W0wwxBM[/youtube]

Franky Fade, CC et Plante Carnivore (de Team XXI) s’allient pour une excellente chanson lo-fi.

KNLO profite du hype autour de California, sa plus récente chanson en collaboration avec Snail Kid et Toast Dawg, pour en proposer une nouvelle version plus psychédélique.

Le prometteur FouKi se joint à Jay Scott pour la langoureuse B&C.

Proactif, FouKi signe aussi l’hymne au gracieux Charlie Shulz, producteur de 18 ans sur le point de lancer un nouveau projet.

Kevin Nash s’exécute avec brio sur cette production jazzy trap signée Wesley The Sxldier et QuietMike.

Premier extrait d’un EP à paraître mardi prochain, American Paris dévoile le flow et le style du projet du groupe «hippity-hop» O.G.B.

Membre en règle de LaF, Oclaz continue d’enchainer les bons coups, comme le prouve son plus récent beat Butterfly.

Originaire de Québec, Lewis D présente une nouvelle composition, inspirée par Biggie Smalls.

Le duo Parish livre Small City, premier projet aux teintes PBR&B.

Le Trifluvien slumgod. et le Péruvien w e a k – h e a r t b e a t joignent leurs forces sur cet admirable EP.

Fan de hip-hop, d’ambient et de chillwave, Tshizimba laisse présager de belles choses avec player 1, un mini-album à l’esthétique lo-fi bien définie.

Membre de Unit3d H0odz, LeMythe se fait aussi percutant qu’intègre sur cette nouvelle pièce.

Le rappeur Kap.Dog poursuit sa collaboration avec la révélation Mike Shabb sur KickEmOut.

Moitié de The Mighty Outcasts, le rappeur DO, The Outcast mise sur une approche hip-hop jazzy expérimentale sur Aloe Vera, en trio avec Kabu et Benji Yashi.

L’incontournable rappeur montréalais Narcy publie un clip en lien avec sa campagne de financement visant à aider les réfugiés autour du monde.

[youtube]sZzc8wwluP4[/youtube]

3 shows à voir //

Nuits polaires

Le festival trifluvien accueillera Koriass, Moses Hart et K.O.K.A. (duo de DJs de Karim Ouellet et King Abid).

Site des Nuits polaires (Trois-Rivières), 25 février (19h)

Rymz

L’infatigable Rymz offrira un spectacle gratuit dans le cadre du festival montréalais. On prévoit un «show spécial avec des invités surprises».

Site de Montréal en lumière (Montréal), 25 février (20h)

La Collection

Le nouveau collectif La Collection (notamment constitué de Plante Carnivore, membre de Team XXI) sera accompagné par Only Revl lors d’un spectacle qui aura lieu demain soir sur la Rive-Sud.

Centre Marcel-Dulude (Saint-Bruno-de-Montarville), 24 février (20h)