Il y a 20 ans : Dubmatique – La force de comprendre
Anniversaires d’albums marquants

Il y a 20 ans : Dubmatique – La force de comprendre

Publiée sur une base régulière, cette chronique vise à souligner l’anniversaire d’un album marquant de la scène locale. 

Vendu à plus de 100 000 exemplaires, La force de comprendre a permis au hip-hop québécois de sortir de l’underground, prouvant sa pertinence et son potentiel à une industrie musicale qui lui était hélas récalcitrante. À quelques jours d’un spectacle marquant son vingtième anniversaire, on revient sur sa genèse et son impact, en compagnie des deux membres encore actifs de Dubmatique, Jérôme-Philippe Bélinga (alias Disoul) et Ousmane Traoré (alias OTMC).

Né d’une mère québécoise et d’un père camerounais, Jérôme-Philippe Bélinga s’installe dans la capitale sénégalaise à la fin des années 1970 avec sa famille. «À l’époque, mon père travaillait aux Nations unies et il avait eu un poste à Dakar. J’ai passé une douzaine d’années là-bas», raconte-t-il. «Une année avant que je quitte, j’ai rencontré Ousmane (Traoré) par le biais de son frère Abdel, avec lequel j’avais déjà un petit groupe. Rien de très sérieux, mais on se réunissait souvent pour rapper.»

«Moi, je suis retourné au Sénégal au début des années 1990 après avoir passé toute ma jeunesse en France», poursuit son complice. «C’est ma mère qui voulait que j’y retourne, car elle trouvait que je me prenais trop pour un Français… Elle voulait que je retrouve mes racines! Là-bas, je suis allé rejoindre mon frère, qui avait subi le même sort que moi quelques années avant. Il m’a présenté à Jérôme, et peu après, on a créé le groupe Trouble MC

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Trouble MC au Sénégal en 1990. Courtoisie : Ousmane Traoré.

Largement inspiré par la prose et l’énergie de Mc Solaar, rappeur français d’origine sénégalaise qui vient alors de faire paraître la bombe Bouge de là, le trio francophone se démarque face aux groupes dakarois «qui empruntent la langue anglophone et copient les États-Unis». Surtout, il profite de la position enviable de Disoul, qui occupe alors le poste de DJ dans une boîte de nuit de la capitale. «Ça nous permettait d’avoir accès à beaucoup d’instrumentaux», se souvient le principal intéressé. «Le gérant était un de nos fans, alors il nous encourageait et nous laissait même le champ libre pour pratiquer. On se produisait comme on le sentait pendant les soirées.»

«On partageait notamment la scène avec Positive Black Soul (NDLR Duo sénégalais très populaire à l’époque) dans des collèges, des soirées, des mariages», se rappelle son acolyte. «En un an et demi, on a su populariser un certain style de rap en français. On a connu notre apogée au Sénégal quand on a réussi à faire la première partie de Crazy B (NDLR DJ du groupe Alliance Ethnik) au Centre culturel français. On était rendus au top.»

«Je crois que ça s’est passé à l’été 1991», poursuit Disoul. «Ensuite, j’avais prévu venir au Canada pour continuer mes études à l’université. Comme j’avais fait le programme français, je devais d’abord faire une équivalence.»

Étudiant au Collège français à Montréal, l’artiste loue une chambre près du métro Henri-Bourassa. En changeant les postes sur sa radio, il tombe sur la chanson Caroline de MC Solaar, énorme succès de son premier album paru en 1991 : «C’est la première fois que je l’entendais, et ça a changé ma vie. J’ai tout de suite été subjugué par les paroles et le rythme. Je cherchais à savoir quelle station de radio pouvait bien jouer ça et, en faisant mes recherches, j’ai découvert que c’était l’émission Dubmatique à CIBL. J’ai cherché à contacter l’animateur Cédric Morgan et, de fil en aiguille, on a sympathisé et on s’est lié d’amitié. Au début, j’étais un simple spectateur de l’émission, mais éventuellement, j’ai commencé à coanimer.»

Réunion à Montréal

Grâce à l’expertise d’arrangeur et aux nombreux contacts de Morgan, Disoul enregistre une démo de trois chansons à l’automne : «On a réussi à avoir une subvention de 500$ de Musicaction, ce qui était énorme dans le temps. Avec ça, on a pu s’acheter un programme d’ordi et un micro. Pour ce qui est des beats, j’ai fait appel à Abdel qui connaissait des beatmakers en France. L’importance du triangle Montréal-Paris-Dakar se dévoilait peu à peu.»

Le rappeur envoie une copie de son trois titres à son ami OTMC, qui vient tout juste de retourner France. «Ça me faisait tout bizarre d’entendre sa voix! Il avait réussi à faire quelque chose qu’on n’avait jamais eu les moyens de faire au Sénégal», se rappelle ce dernier. «Ça m’a donné envie de changer de pays, d’autant plus je ne me sentais plus vraiment à ma place en France depuis mon retour. Ma mère pensait que j’allais partir et revenir un mois après, mais en fin de compte, je ne suis jamais vraiment revenu…»

OTMC emménage avec Disoul et Cédric Morgan sur la rue Notre-Dame dans le quartier de la Petite-Bourgogne et se joint à leur rendez-vous radiophonique : «C’était l’émission derrière le groupe et le groupe derrière l’émission, un peu comme un house band. On avait l’occasion de tester des maquettes, jouer nos nouvelles chansons sur notre propre plateforme.»

Loin de se contenter de ce rayonnement, les deux rappeurs multiplient les passages dans les soirées hip-hop de la métropole (notamment celles qui ont lieu au Savoy du Métropolis) en 1992 et 1993. «Comme tous les emcees, on devait faire la file pour s’exécuter en freestyle», se remémore OTMC. «Le problème, c’est que 95% des rappeurs sur places étaient anglophones, alors c’est certain qu’on se faisait un peu regarder lorsqu’on montait sur scène. Il n’y avait pas de chahut ni de signes d’encouragement, mais au moins, on se faisait remarquer. Je me rappelle que les gars de Shades of Culture nous témoignaient du respect, en nous tendant le micro régulièrement.»

Ce groupe rap montréalais agit à titre de modèle pour Dubmatique, qui voit en lui un exemple probant de «groupe structuré avec un manager et un show bien rodé». Désirant s’inspirer de ce professionnalisme, Cedric Morgan propose à ses deux camarades de passer à l’étape suivante et de faire appel à un producteur. «Il venait de trouver quelqu’un qui nous conviendrait parfaitement : DJ Choice. À l’époque, il faisait partie du groupe Zero Tolerance et produisait pour Shades of Culture», relate Disoul, à propos de cet artiste originaire de Notre-Dame-de-Grâce. «On voulait le rencontrer, mais il était un peu hésitant, car on rappait en français…»

«On l’a donc invité  à venir nous voir en live, quelque part en 1994», poursuit OTMC. «On faisait partie d’un gros spectacle aux Foufounes électriques avec Sens Unik et, à notre grand bonheur, il s’est présenté. Juste ça, ça confirmait qu’il avait un intérêt pour nous.»

«C’est une rencontre qui nous a donné beaucoup d’énergie, de volonté. On sentait enfin que ça avançait», ajoute son collègue. «Peu après, il s’est officiellement joint au groupe.»

En marge de leurs nombreux spectacles, notamment un plutôt mémorable au défunt Woodstock sur Saint-Laurent en juin 1994, les trois artistes se mettent à plancher sur la création d’une maquette. Rapidement, la chimie opère, car les influences sont les mêmes. Des groupes en phase avec le courant jazzy rap comme A Tribe Called Quest et De La Soul orientent les choix musicaux du groupe. «Ces sonorités nous rejoignaient. Pour nous, l’important, c’était la philosophie ‘’paix, amour et unité’’, et ces artistes la représentaient bien», décrit Disoul.

C’est dans ce même esprit que les deux rappeurs écrivent leurs paroles. Simple et fixe dès le départ, la ligne directrice de leurs textes met en valeur des messages positifs dénués de toute vulgarité. «On n’a jamais eu de côté rebelle ou hargneux», poursuit le rappeur. «On savait que, pour se faire entendre, on n’avait pas besoin de crier ou de choquer. MC Solaar nous avait appris que notre message pouvait passer autrement. Pour nous, il était le vulgarisateur du rap par excellence. Que tu viennes de la rue ou non, tu pouvais comprendre ce qu’il disait.»

«Au-delà de ça, cette mentalité nous vient de notre éducation. Nos parents nous ont toujours dit qu’il fallait travailler et persévérer, et c’est ce qui transparaît dans notre écriture. Ça aurait été très hypocrite de notre part d’arriver sur scène et de parler de choses qu’on n’a pas vécues», indique OTMC.

«Il faut dire aussi que, pour nos familles, l’expression écrite et orale a toujours été très importante. Il fallait toujours bien parler et s’exprimer. Tout ça nous a définis en tant que jeunes adultes», ajoute son collègue. «À l’époque, on baignait aussi dans la culture roots reggae, et les rastas qu’on connaissait nous répétaient sans cesse ‘’you have to teach the youth’’. C’est devenu un leitmotiv pour nous de propager le bon message. En quelque sorte, on voulait donner aux jeunes tout ce qu’il y avait de mieux pour qu’ils s’épanouissent.»

Ainsi naissent des chansons comme La Morale, Jamais cesser d’y croire et La force de comprendre. Hommage à Hervé DeSouza, un proche du groupe décédé dans des circonstances nébuleuses, la chanson Soul Pleureur marque par son message touchant, entre frustration et résilience. «Je l’ai connu à l’école à Dakar. C’était un de mes meilleurs amis, qui a connu les balbutiements de notre groupe», explique Disoul, qui rappe en solo sur cette pièce. «Un jour, j’ai appris par personne interposée qu’il était décédé depuis quelques mois déjà, sans qu’on ait connu les causes exactes. J’ai d’abord cru au règlement de comptes, mais certains nous disaient qu’il se serait suicidé… Encore aujourd’hui, j’ai du mal à croire à cette dernière hypothèse. Quand j’ai écrit la chanson, j’étais encore sous le choc et j’ai décidé de lancer un message à propos de la violence dans les gangs, de ces gens qui utilisent la force et les armes. C’est un peu de l’écriture automatique. J’écris comme si c’était une confession, comme si la douleur devait sortir.»

L’enregistrement de la maquette d’une dizaine de chansons s’amorce au début de l’année 1995 dans un studio de la rue Sherbrooke. Financée par Cédric Morgan au coût de 10 000$, elle n’obtient pas le rayonnement escompté. «À partir de là, on a eu plusieurs moments de découragement. Cédric, lui, mettait beaucoup d’argent et de temps en nous, mais vraisemblablement, il ne vivait pas de ce que faisait Dubmatique. Peu après, il a eu une proposition d’EMI Music et a pris la job. C’est cette expérience qui l’a formé et lui a ensuite permis de gérer Mont Real (NDLR Défunte étiquette hip-hop fondée à la fin des années 1990) et de sortir le premier album de Sans Pression», explique OTMC.

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Dubmatique au Café Campus en février 1996. Courtoisie : Ousmane Traoré.

Moments de découragement et tournée avec les Backstreet Boys

Désormais sans gérant, le trio utilise sa maquette comme carte de visite pour frapper aux différentes portes de l’industrie. Si les compagnies de disque ne répondent pas à son appel, un festival lui témoigne de l’intérêt : Les FrancoFolies. «C’est le premier festival qui a cru en nous, en nous donnant une scène extérieure sur la rue Bleury. Pour nous, c’était un spectacle décisif pour la suite de notre projet. Si on ne se faisait pas remarquer à ce moment, on allait tous essayer de trouver un plan B en attendant que les choses évoluent», se souvient Disoul, à propos de ce spectacle qui se déroule en août 1996. «Malheureusement, rien ne s’est passé. On a eu de bonnes critiques, et la foule était très réceptive, mais on a eu aucune offre de signature.»

Devant la situation stagnante, Disoul s’inscrit à l’école Musitechnic afin de suivre une formation en ingénierie sonore. De son côté, OTMC développe un intérêt pour le milieu du cinéma et se lance dans la figuration. Invité à prendre part à un casting, il tombe sur une occasion en or: «On m’a rappelé pour me dire que je n’avais pas le rôle, mais que, si je voulais, je pouvais être figurant sur un autre plateau, celui d’un clip de rap avec le producteur français Vincent Egret. J’ai tout de suite accepté, car je voyais là une opportunité de rencontrer un pro de la musique. Sur le set, j’ai fait jouer une cassette de Dubmatique, et tout de suite, il y a eu des réactions sur le plateau. Même que certaines personnes connaissaient déjà notre musique grâce à notre émission! Tout de suite, Vincent s’est senti interpellé et a voulu nous aider. Avec ses propres moyens, il nous a fait enregistrer une démo de trois chansons au studio Victor, puis l’a présentée à différentes compagnies.»

C’est finalement Tox Records qui signe le trio. Derrière certains albums de Mitsou et des BB, l’étiquette montréalaise voit en Dubmatique l’occasion idéale de se repositionner et de se remettre en marche financièrement.

Dès le mois de décembre 1996, l’enregistrement officiel des chansons (qui sont à 90% les mêmes que celles de la maquette de 1995) s’amorce dans les studios du label. Grâce à ses contacts, Egret dégote au groupe des collaborations avec les artistes français 2 Bal et Ménélik, respectivement sur Authentiques et C’est de la bombe. «La route avait été parsemée d’embûches, mais enfin, on sentait que les astres s’alignaient. Une semaine à peine après notre signature, on tournait le clip et on entrait en studio», se souvient Disoul.

En mars 1997, les sessions sont terminées, et le clip Soul pleureur est officiellement lancé à MusiquePlus. Histoire de donner une visibilité maximale à l’album avant sa sortie, Dubmatique accepte une offre inattendue. «Un soir, notre manager nous arrive et nous dit qu’il nous a trouvé une première partie qui aurait le potentiel de propulser notre entreprise. C’est là qu’il nous annonce qu’on allait ouvrir pour les Backstreet Boys!» s’exclame Disoul, encore stupéfait. «Pour les puristes de l’époque, c’était pas vraiment permis de s’associer à un groupe de la sorte, mais pour des artistes au bagage pop comme nous, ça concordait. On n’avait pas grandi en écoutant du rap, mais bien en écoutant des popstars comme George Michael et Michael Jackson. D’ailleurs, dans notre écriture, on n’a jamais écrit nos pièces comme des morceaux de rap, mais plutôt comme des chansons, des histoires. Pour nous, être pop, ce n’était pas péjoratif, car notre but était d’atteindre la masse.»

Le premier soir, c’est la folie au Centre Molson. En coulisses, on annonce à Dubmatique qu’en raison d’un retard technique, les Backstreet Boys vont se produire sans première partie. «On trouvait ça bien, car ça nous permettait de prendre un peu de recul, de voir à quoi ça ressemble un gros spectacle comme ça», poursuit-il. «On était très relax dans la loge quand le régisseur frappe à notre porte pour nous dire ‘’BE READY!’’. La scène était surréaliste! On devait monter sur scène dans cinq minutes! Dans les couloirs, la sensation qui nous habitait était inimaginable. Quand on est arrivés à l’arrière-scène, on a entendu les lumières s’éteindre et la foule se mettre à crier. Le sol tremblait!»

«Ça nous a permis de rejoindre un public qu’on n’aurait jamais connu autrement», ajoute OTMC. «On a démystifié c’était quoi le rap francophone pour certains, et tout de suite après ça, Tox s’est servi de cette tournée comme point de départ pour convaincre l’industrie que le rap pouvait être commercialisé.»

«On a beaucoup appris dans la tournée», renchérit son complice. «On partage plein de souvenirs impérissables, notamment cette fois où on a passé l’anniversaire de DJ Choice tous ensemble dans le bar de l’hôtel des Backstreet Boys.»

Phénomène instantané

Quelques semaines plus tard, le 30 avril 1997, La force de comprendre parait en magasin. La réponse instantanée du public est bien au-dessus des attentes du groupe. «Seulement de sortir le disque et d’en avoir une copie en main, c’était un soulagement pour nous. Pendant des années, on se cachait tellement on ne savait plus quoi dire à notre entourage pour expliquer le report constant de l’album», relate Disoul.

Le lancement a lieu dans un Cabaret du musée Juste pour rire bondé. Peu à peu, Dubmatique devient un phénomène musical, tout particulièrement sur les ondes des radios commerciales qui font de Soul pleureur l’un des hits de l’été. Devant ce succès, La force de comprendre est certifié disque d’or puis, peu après, disque platine.

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Dubmatique aux FrancoFolies 1997 avec 2 Bal. Courtoisie : Ousmane Traoré.

En octobre, lors du 19e Gala de l’ADISQ, le trio rafle le Félix de l’album rock alternatif de l’année, signe probant que l’industrie est encore confuse et ne sait pas trop comment réagir face à ce soudain engouement pour le hip-hop. «On était des OVNI, c’est certain», admet OTMC. «L’industrie s’est éventuellement adaptée, mais elle a d’abord cafouillé, car elle ne savait pas où nous caser.»

À la 20e édition de son gala, l’ADISQ s’adapte tant bien que mal à la tendance et instaure la nomination de l’album hip-hop/techno de l’année. Sans album inscrit au scrutin à cette édition, Dubmatique réussit à mettre la main sur la prestigieuse statuette du groupe de l’année, grâce à sa populaire tournée qui se poursuit sans relâche pendant plus d’un an. Encore aujourd’hui, cet exploit n’a été relevé par aucun autre artiste hip-hop québécois.

Devant la situation, une poignée d’étiquettes locales désirent capitaliser sur le succès de Dubmatique: Tacca avec La Constellation, Guy Cloutier Communications avec LMDS et Tox avec La Gamic. La mode est alors au rap franchouillard, même si bon nombre des artistes mentionnés ci-haut sont originaires du Québec. «Je crois que les rappeurs se cherchaient à ce moment et, intuitivement, ils se sont mis à suivre le mouvement. Le rap québécois cherchait son identité tout simplement», analyse OTMC.  «En fait, tout ça s’est un peu passé comme en France… Après MC Solaar, c’est son antonyme NTM qui a pris le relais, alors qu’au Québec, c’est Sans Pression et son rap hardcore qui nous ont suivis.»

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Dubmatique en 1998. Courtoisie : Ousmane Traoré.

En pleine ascension, Dubmatique ne perd pas de temps à donner suite à La force de comprendre et fait paraître un deuxième album homonyme à la fin 1998. Malgré le succès confirmé de ce deuxième opus, qui est couronné du tout premier Félix de l’album hip-hop de l’année à l’automne 1999, DJ Choice choisit de quitter l’aventure au début du millénaire. «Plusieurs choses lui ont enlevé le goût de continuer dans cette industrie…» dit OTMC, sans trop s’étendre sur le sujet. «En fait, nous aussi, on a compris certaines choses à ce moment. Peu à peu, on se rendait compte qu’on se tuait à la tâche et qu’on n’était pas payés autant qu’on le devrait. Quand tu finis par comprendre ça, tu réalises que la compagnie te prend pour un produit. On finissait par avoir l’impression de travailler pour eux.»

«C’est quelque chose qui a joué sur notre moral, surtout qu’avant nous, l’étiquette avait presque la clé dans la porte», poursuit Disoul. « Mais aujourd’hui, avec du recul, on voit le bon côté des choses.»

«Oui, y a que le bon qui ressort», enchaîne son complice. «On peut dire merci à Tox d’avoir mis les pieds là où personne n’avait osé.»

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OTMC et Disoul en 2009. Courtoisie : Ousmane Traoré.

Vingt ans après sa sortie, La force de comprendre reste un pilier fondamental de l’histoire du rap local. En plus d’avoir secoué l’industrie et permis l’éclosion au grand jour d’une scène rap, il a contribué à changer les stéréotypes qu’une partie de la population entretenait à propos du genre musical. «Je crois qu’on a réussi à changer un peu les conceptions des gens à l’époque. Au moment de La force, on est un an après la mort de Tupac, et il y a une espèce d’incompréhension et de climat de peur autour du gangsta rap», rappelle OTMC. «Nous, on voulait démystifier tout ça en disant qu’il n’y avait pas que du rap violent.»

Sur le point de remonter sur scène pour souligner cet anniversaire, les deux rappeurs se disent encore satisfaits de leur œuvre initiatrice. «En le réécoutant, je sens la détermination qu’on avait. Il y a certainement des choses que j’aimerais corriger, comme des intonations ou des back vocals, mais au-delà de tout ça, ça marque bien l’époque», résume Disoul.

«Chaque fois que je l’écoute, ça me replonge dans plein de beaux souvenirs, à cette époque où on avait quelque chose dire, quelque chose à faire», poursuit son acolyte. «Cet album a été un véritable tournant dans nos vies.»

La force de comprendre – disponible sur iTunes

En spectacle le samedi 17 juin sur la scène urbaine de la Place des Festivals dans le cadre des FrancoFolies de Montréal