Rap local : Mori$$ Regal & Yerly, NoKliché, KGoon et Hardbody Jones
Rap local

Rap local : Mori$$ Regal & Yerly, NoKliché, KGoon et Hardbody Jones

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Mori$$ Regal & Yerly, automobile et longs papiers //

Un excellent deuxième EP sous la main, le duo Mori$$ Regal & Yerly donnera son premier spectacle à Montréal en plusieurs mois ce mardi au Bleury-Bar à Vinyle.

Paru le mois dernier, Blue témoigne d’une direction artistique plus étoffée de la part du duo trifluvien d’adoption montréalaise, qui avait causé l’une des belles surprises de 2014 avec son premier EP 86. «Blue est un projet que je considère plus musical», observe le rappeur Mori$$ Regal. «Les beats sur 86 étaient plus lo-fi. On tombe plus dans le soul maintenant. Pas parce que c’était absolument ce qu’on voulait faire, mais parce que c’est arrivé comme ça. On utilise beaucoup de samples, et Yerly a samplé des trucs dans un autre mood cette fois. Niveau textes, mon crayon s’est aiguisé. Les rimes et les patterns sont mieux construits, et l’écriture a été beaucoup plus fluide. Sur 86, on n’avait pas de direction : Yerly m’a envoyé huit beats, j’ai fait six chansons et on est partis avec ça. Là, on s’est mis dans un mood et on l’a gardé tout au long du projet, ce qui en fait quelque chose de plus cohérent.»

«Le concept est simple et efficace : ride around en fumant des longs papiers», poursuit le producteur Yerly. «C’est pas feel good music nécessairement, c’est pas vraiment conscious non plus, c’est des fous beats avec des dope bars.»

Avec comme thème principal l’automobile ou, plus largement, la liberté qu’elle procure, Blue est traversé par différents extraits de films cultes (Goodfellas, Up in Smoke) se déroulant dans une voiture. «On veut projeter une image confortable, cozy de l’auto», explique Regal. «C’est aussi une expression de mon mode de vie en général. Comme je suis souvent en voiture, j’utilise souvent ces moments pour penser, planifier mes moves, alors j’aime faire un parallèle entre mon train de vie et le moment de répit lorsque je conduis.»

Tout au long de l’œuvre, l’influence des drogues douces se manifeste sous différents aspects, autant dans la facture soul harmonieuse que dans les paroles qui y font référence. «Les paroles sont directement inspirées de mon mode de vie et de celui de ceux qui m’entourent. C’est certain que l’intoxication, les femmes et les voitures reviennent pas mal, mais il y a aussi des métaphores et analogies qui sont moins apparentes, par choix», poursuit le rappeur. «Il est possible de voir un message si on passe par-dessus la fumée, mais ce n’est pas le but. J’aime parler de weed, alors ça va continuer comme ça!»

«Dans mon cas pour la production, le weed m’aide simplement à me concentrer et à ne pas me laisser distraire», ajoute son acolyte. «Je me concentre sur moins de choses en même temps, ce qui est parfait pour faire des beats, car je me fixe un objectif et je prends le temps que ça prend pour l’atteindre. Autrement, j’aurais tendance à passer à autre chose plus vite.»

Même effet pour Mori$$ Regal : «Le weed, c’est devenu une habitude. Je fume pour relaxer, c’est mon moyen, et pour créer, j’ai besoin d’être relax. Si j’utilisais autre chose pour relaxer, ce serait peut-être différent. En ce moment, c’est sûr que le weed, l’alcool, les champignons, ce sont des choses que j’aime.»

Au-delà de cette méthode de création éprouvée, c’est la chimie opérant entre les deux artistes qui résonne davantage sur Blue. Si les péripéties ont été nombreuses durant les trois années qui séparent la sortie des deux mini-albums, elles appartiennent maintenant au passé, car les deux complices habitent ensemble depuis plusieurs mois.

«À force de passer du temps ensemble à fumer, faire de musique et des shows, c’est certain que la chimie s’est développée. Yerly sait quel beat je vais aimer et quel beat je vais moins feel. Au début, il m’envoyait ce qu’il avait, mais maintenant, on construit plus ensemble. Le fait qu’on soit désormais colocs a joué un bon rôle là-dedans», analyse Regal. «Après 86, je ne savais pas trop quelle direction prendre… Yerly et moi, on était dans deux villes différentes, et il n’avait pas accès à internet avec son ordinateur. Ça rendait l’envoi de beats assez difficile.»

«On n’a jamais été très proches jusqu’à l’année dernière», poursuit son camarade. «Je devais être à Montréal pour faire un show avec lui et j’ai dormi à son appart. I was like « on devrait habiter ensemble pis avoir un salon rempli de machine » et à ma grande surprise, il a dit oui. Pour vrai, je suis fucking chiant man! Personne veut habiter avec moi, I’m such a bummer! Je suis comme une maman qui s’inquiète que quelqu’un va éventuellement PEUT-ÊTRE renverser quelque chose dans la semaine qui s’en vient. Là, ça fait un an qu’il m’endure, et il m’a toujours pas stab, so I guess que ça va bien.»

En spectacle avec ShunGu, Fruits et Liam X ST – Bleury-Bar à vinyle (Montréal), 27 juin (20h)

Nouveautés d’envergure //

Le groupe montréalais NoKliché mélange de façon très habiles sonorités world et hip-hop modernes sur le complexe Mboka.

Entre hip-hop et R&B expérimental, 36 Farenheit livre un clip pour Tryouts, en collaboration avec Humphrey Bates.

Quelques semaines après la sortie de son premier album solo Expressions of Now, Speng Squire présente un clip pour l’une de ses meilleures pièces, Photos.

Les deux talentueux producteurs Charles Cozy et Fruits s’allient avec le duo de réalisateurs RATS pour mettre en images Barra, pièce tirée de la compilation exclusivement montréalaise de l’étiquette française Nowadays.

Le producteur lowpocus croise funk, dance et son de Memphis dans sa percutante dernière pièce.

Profitant d’une production de ses camarades $adj et Princ€, le rappeur J.O. The Corrupted ramène son flow efficace sur And I’m Running.

Dans un style de rap incisif à la Lost, le rappeur Hi Money montre de quoi il est capable sur cette habile suite de rimes.

Sur une belle lancée, le Montréalais KGoon rapplique avec la puissante Thousand.

Encore méconnu, le duo Undead prouve qu’il maîtrise les rouages du trap sur Roses.

Le controversé Enima lance enfin son EP au titre évocateur Eclipse.

Signé sous Make It Rain Records, nouvelle branche urbaine de Bonsound, Flawless Gretzky lance une deuxième pièce en autant de semaines.

De retour la semaine dernière avec l’EP #nochill, Xavier Constant revendique le «swag Robert Downey» dans son nouveau clip.

Sur une scène hip-hop où la tentation de copier le trap américain est toujours très forte, Hardbody Jones en fait à sa tête et propose un rap expérimental fort déstabilisant. Dark Daze est un vent de fraîcheur.

Le producteur Dr. MaD collabore avec le rappeur Jai Nitai Lotus sur l’excellente pièce psych blues Blue in the Water.

Jimmie D maitrise l’art du flow posé et nonchalant sur City Island, chanson produite par son allié Nicholas Craven.

Mike Shabb fait un clin d’oeil au défunt rappeur Prodigy sur cette chanson aux accents cloud.

DO, The Outcast poursuit ses explorations lo-fi.

Woodman s’allie au producteur Nino Ice sur Short Circuit, nouvel EP aux racines old school.

Aspect Mendoza dévoile un autre extrait de C’est ça l’Amérique vol. 3.

S.P. (Sans Pression) revient d’un petit hiatus avec une «chanson dénonçant une injustice».

3 shows à voir //

Wydwya function

Le collectif Wydwya organise une soirée avec les Torontois Joseph L’étranger et Villabeatz ainsi que les locaux 9 9 9, Husser, Jamvvis et Wolfer Uptown.

158 rue Prince-Arthur Ouest (Montréal), 23 juin (23h)

Manu Militari x Trois-Rivières

L’intraitable Manu Militari amènera sa tournée actuelle à Trois-Rivières.

Nord-Ouest Café (Trois-Rivières), 23 juin (20h)

L’Amalgame X Jay Scott & Smitty Bacalley

Le groupe rosemontois L’Amalgame fera bonne alliance avec le duo terrebonnien Jay Scott & Smitty Bacalley, qui a fait paraître l’excellent premier album collaboratif Stockholm plus tôt cette année.

Club Balattou (Montréal), 28 juin (21h)

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