Rap local : Maestro Omayela, Charlie Shulz, Kevin Na$h et Catboot
Rap local

Rap local : Maestro Omayela, Charlie Shulz, Kevin Na$h et Catboot

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Maestro Omayela, instinct réfléchi //

S’inspirant des tendances pop et hip-hop du moment, Maestro Omayela se considère d’abord et avant tout comme un chanteur soul.

De passage au spectacle All One aux côtés du rappeur Young Troy et de la DJ Fafa Khan ce mardi, le Montréalais se dit somme toute habitué d’être invité à des évènements hétéroclites, où il s’impose souvent comme seul chanteur de l’alignement. «On dirait que ce sont les seuls shows où les gens m’invitent», dit-il, tout de même fier de sa singularité. «Mon show préféré à vie, c’est celui que j’ai fait aux Mercredis de l’humour à L’Abreuvoir. C’est la meilleure ambiance que j’ai eue pour chanter. Le monde était très surpris.»

Définissant sa musique comme étant plus brute que celle d’Ed Sheeran, mais moins sombre que celle de The Weeknd, celui qui a récemment collaboré avec les rappeurs Slumdon et FouKi ainsi que le producteur parisien Matou est également un grand fan de trap, ce qui transparaît dans ses compositions. Très à l’aise avec l’improvisation, il crée la plupart de ses textes de façon instinctive. «La chanson est souvent faite à partir d’un freestyle one shot et finit souvent par parler de relations amoureuses», explique-t-il.

Avant d’en arriver à ce projet musical, l’artiste a tenté plusieurs avenues musicales relativement formatrices, d’abord avec Le Collectif! au début de la présente décennie. «Le père d’un de nos amis était parti faire de l’aide humanitaire à Haïti pendant un an et il nous avait laissé la maison. Tout le monde était très down pour faire des beats, des verses. On a sorti un projet et on a donné plusieurs shows à Montréal. Quand l’année s’est terminée, on n’a pas eu l’occasion de poursuivre ça.»

Avec trois autres amis, il a initié Struggle Some Fellas, un projet aux moyens tout aussi restreints qui naviguait entre soul et rap. À cette époque, le jeune chanteur et producteur prenait le micro sous l’élégant sobriquet de Maestro Lapute : «Ce nom, c’était pour me rappeler que jamais j’allais être une pute dans le monde de la musique.»

Verbomoteur, il se souvient de l’oeuvre qui l’a marqué dans ses premières expérimentations en solo. «J’me suis inspiré de Jackie Chan dans Drunken Master», dit-il, très sérieusement, à propos de cette œuvre durant laquelle l’acteur chinois est amené à se battre totalement ivre. «Dans le film, le maitre de Jackie lui apprend les différents style de drunken master, et il y en a un que Jackie refuse d’apprendre, le Miss Ho, car il le considère comme trop efféminé et ridicule. Lors du combat final, il doit se battre contre un grand maitre, et tous les styles qu’il a appris ne fonctionnent pas, ce qui l’amène à tous les combiner afin de trouver sa propre Miss Ho intérieure afin de gagner. C’est là que j’ai compris que, moi aussi, je pouvais être ridicule, tout en impressionnant les gens.»

Suite à quelques sessions musicales avec son père (le chanteur pop québécois Marc Gabriel), Lapute a officiellement choisi de se rabattre sur le nom Omayela. «Mon père m’avait expliqué que je devais toujours enregistrer mes freestyles, car ce sont des anges qui m’envoient des cadeaux. C’est durant ces moments-là que l’âme peut nous parler. En en réécoutant quelques-uns, j’ai constaté que je disais souvent Omayela pour des raisons que j’ignore», explique-t-il, à propos de ce terme inventé. «Maestro, c’est la personne qui fixe les choses, et Omayela, c’est le côté spontané, celui que je comprends pas.»

Efficace, ce contraste musical a résonné jusqu’en France en 2014 grâce au rappeur reconnu Demi Portion qui a proposé un remix de la chanson Babylone, maintenant visionné plus de 120 000 fois sur Youtube. «Ça m’a fait super plaisir tout ça», relate le principal intéressé. «C’est la première fois que j’avais autant de visibilité pour quelque chose. Ça m’a amené un bon public européen aussi.»

Malgré le côté «ridicule» qu’il assumait pleinement il y a quelques années, le chanteur désire maintenant proposer quelque chose de plus «sérieux», qui ne s’en tient pas à un quelconque deuxième degré : «À travers ma musique, je veux me rapprocher du personnage de Maestro Omayela, celui qui évoque à la fois le calculé et la pureté, le Dieu et le démon.»

Prévu pour l’automne, le prochain projet officiel de Maestro Omayela (qui fera suite aux trois EPs/mixtapes parus entre 2013 et 2015 sur sa page Bandcamp) sera le fruit des efforts soutenus qu’il mène depuis l’an dernier avec son ingénieur et coproducteur Adel Kazi.

À moyen et long terme, les ambitions sont aussi nombreuses qu’inusitées : «J’aimerais faire une bande dessinée de ma vie, un comic book. Je commence avec la musique et, après, ça pourrait être des jeux vidéos et des jouets à mon effigie au McDo.»

All One – Melting Pot Block Party (Montréal), 18 juillet (22h)

Nouveautés d’envergure //

Le jeune producteur Charlie Shulz continue d’enflammer la toile Soundcloud avec Aliens, nouvelle pièce qui dépasse maintenant les 10 000 écoutes.

Toute aussi fructueuse, la nouvelle pièce du prodige Tibe avec ||DILIP|| impressionne avec sa basse saturée.

Originaire de la Rive-Sud de Montréal, le groupe La Collection montre de quel bois il se chauffe avec ce premier clip.

L’intraitable Colo rapplique avec une autre pièce vulgaire à souhait.

Parlant de vulgarité, Les Anticipateurs envoient un nouveau single magnifiquement intitulé OuinOuinOuin.

GunDei est particulièrement en forme sur Mansa Musa, une collaboration féroce avec Kymo Bang et Moon Ears.

L’un des principaux maitres actuel du trap montréalais MTLord fait équipe avec le coloré YB.

Loin de faire l’unanimité, MTLord hérite d’un règlement de comptes de la part de $INO 6ANCO.

Une semaine après avoir fait paraître la chanson, le talentueux Kevin Na$h offre un clip pour Belmont Again Freestyle.

La rappeuse Trinisha Browne donne suite à son intéressant EP TYSK, paru le mois dernier, avec Freewrite, un autre alliage bien dosé de soul et de hip-hop expérimental.

Actuellement en Europe francophone pour une tournée, Alaclair Ensemble offre «un retour vite fait aux années yéyé». Cette semaine, le groupe a également annoncé sur sa page Facebook la sortie de 3XL, deuxième album des deux collègues Eman X Vlooper.

Ingénieux producteur du groupe L’Amalgame, Catboot cuisine une succulente confiture de betteraves sur sa nouvelle beat tape.

Le chanteur et rappeur JT Soul présente un trois titres plus incisif que son précédent projet 372 ; Velvet Tears.

Quelques mois après la sortie de player 1., un EP qui laissait présager de belles choses, Tshizimba effectue un virage nu-funk planant à l’esthétique vaporwave avec Cyber Daddy.

Le Montréalais d’adoption Teddy the Beer sort les basses lourdes.

Autre révélation de premier plan de la scène montréalaise, HelloTaxi?! lance un clip pour sa pièce dance hip-hop Casio En Roro, parue il y a deux mois.

3 shows à voir //

Festival de Canes

Alors que se tiendra le Sommet des arts et de la musique de Longueuil, le Festival de Canes présentera une programmation hip-hop digne d’intérêt. D’abord, Team XXI, Pulse, Kreise et Brown croiseront le fer le vendredi 14 juillet dès 15h, alors que s’affronteront le lendemain les participants du concours d’improvisation End of the Weak, notamment Scynikal, Monk.E, Osti One, Skilz, J7, Fakeass, Le Dud3 et Chacalcolik. Enfin, ce dernier se joindra à Dézuets d’Plingrés pour un spectacle le dimanche en après-midi.

Parc Georges-Dor (Longueuil), 14-16 juillet

RSVP x Only Revl

Le producteur RSVP s’alliera au rappeur Only Revl pour un spectacle mettant également en scène MasterMax, H.A.Z et Kap.Dog.

Divan Orange (Montréal), 16 juillet (21h30)

Rymz et Lary Kidd

Dans le cadre du Festival d’été de Québec, Lary Kidd viendra présenter les chansons de son premier album solo Contrôle. Suivra Rymz, qui donne toujours un spectacle de haut vol.

Impérial Bell (Québec), 14 juillet (19h)