Rap local : Save Yours, CRVDZ, Neko et Bili Bili
Rap local

Rap local : Save Yours, CRVDZ, Neko et Bili Bili

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Save Yours, repartir à zéro //

Nouveau joueur sur la scène hip-hop montréalaise, le groupe Save Yours fait preuve d’une surprenante maturité artistique sur son premier album Phoenix.

Formé du producteur/chanteur Roby ainsi que des rappeurs Mitch Donavan et 36 Fahrenheit, Save Yours est né d’un ennui technologique commun pour tout jeune artiste insouciant : la perte d’un disque dur comprenant la quasi-totalité de ses maquettes et chansons en développement. «On a tout perdu», se souvient Mitch Donavan. «Après ça, on savait pas trop comment s’enligner, alors on a enregistré la chanson Back Up, qui parle justement de l’importance de faire ses backups sur un autre disque dur.»

«Ça nous a surtout donné l’occasion de repartir à zéro», poursuit 36 Fahrenheit. «En fin de compte, on a créé un truc cent fois meilleur que ce qu’on avait fait.»

Au-delà de cet essor créatif, cet épisode aux prémisses défavorables a permis au trio membre du collectif multidisciplinaire Aura de se doter d’une nouvelle identité : Save Yours. «On s’identifiait à Aura, mais on voulait qu’il y ait une distinction claire entre les activités du collectif et les nôtres. Juste après le crash du hard drive, y’a fallu qu’on s’assoit pour faire un gros brainstorm. C’est là que Mitch est arrivé avec l’idée de Save Yours et du Phoenix qui renaît de ses cendres», explique 36.

Si cette renaissance identitaire date de cette année, la naissance de la formation remonte à 2012, année où 36 Fahrenheit a rencontré Roby à l’école secondaire privée Jean-Eudes. Avec le rappeur Jah Maaz, maintenant membre de LaF, les camarades avaient l’habitude de faire des cyphers ensemble au fond de la classe de mathématique, ce qui a entraîné la création du Lupus Plan.

Quelques années après, 36 s’est lié d’amitié avec Mitch au cégep du Vieux-Montréal : «La première fois que je l’ai vu rapper un texte, j’ai été super impressionné. Tranquillement pas vite, on l’a invité au studio et il est devenu un atout indispensable à l’équipe.»

«On avait un ami qui était impliqué dans le comité communiste du cégep. C’est devenu le meeting point. On était pas des super militants, on était plus des lazy cégépiens qui profitaient du local pour rapper et se rouler des battes», se souvient Mitch, en riant.

Voyant Phoenix comme «un témoignage de notre parcours musical des dernières années», les acolytes ont conçu l’album de façon consciencieuse. «On parle beaucoup de nous, mais pas juste de manière positive. Y’a beaucoup de remises en question… avec tous les hauts et bas que ça implique», observe Mitch.

Sur My Man, par exemple, Roby parle de sa passion et de ses ambitions pour la musique, soulignant les difficultés qu’il a à justifier ce choix de carrière à l’autorité parentale. «Il parle aussi de son struggle, de son épuisement à courir tout le temps. Moi, dans mon verse, je dis aussi que tout va trop vite et que j’ai jamais le temps de respirer ou de settle down dans ce train de vie de fou», explique Mitch.

Sur le deuxième extrait-clip Colomba, dans lequel Roby chante en italien, les trois artistes évoquent leurs envies de liberté. «On dit qu’on veut se libérer de ce qui est négatif dans nos vies. Mitch, lui, parle du monde hypocrite, et moi, je parle d’une fille qui va pas bien. C’est assez sombre, mais y’a une lueur d’espoir quelque part», poursuit 36.

Loin de ne faire que dans le rap mélancolique, Save Yours se fait aussi plaisir avec des chansons plus lumineuses comme Happywoo, «une feelgood song», ou complètement décalées comme Vaporschnut. «Ça, c’est vraiment un délire. Roby avait mis la main sur une machine qui fait de l’Auto-Tune live. Durant tout le projet, ça parait qu’on s’est amusés avec ce cossin-là, et sur Vaporschnut, on a juste testé des sons, en disant n’importe quoi. On était crampés!» explique 36.

Traversé par «des extrêmes différents» et «des sujets super variés», Phoenix témoigne d’une polyvalence musicale, fruit d’un travail mené par Roby et soutenu par les deux autres complices. Évitant les formats rap standardisés, le trio priorise une création exploratoire qui ne se met d’emblée aucune balise. «Quand on commence une toune, on sait jamais quand on va finir. Y’a extrêmement beaucoup d’expérimentations», confirme 36.

Heureux du résultat final, le trio a maintenant changé ses habitudes pour de bon : les sauvegardes informatiques sont maintenant devenues une obsession. «On les fait en criss, nos backups!», s’exclame Mitch. «On les fait sur deux hard drives chaque fois, en plus de tout saver sur le gros ordinateur du studio.»

The Phoenix Show (avec Save Yours, Ludo & Vana, QuietMike) – L’Hémisphère gauche (Montréal), 10 août (21h)

Nouveautés d’envergure //

Le rappeur «skate-rat» CRVDZ est à son meilleur sur Ewww.

Neko montre qu’il a un faible pour les basses saturées et la production brute sur son nouvel EP Youth.

Les Anticipateurs n’ont «pas de limites» et le prouvent avec deux nouvelles pièces.

À quelques semaines de la sortie de Dark Days, le duo Dopamine en propose un extrait avec le producteur Escogrif.

Boris livre un texte soigné sur Ackip.

Originaire de Rouyn-Noranda, le duo Tito et Banj propose un (très) embryonnaire premier EP.

Le talentueux rappeur montréalais Bilo Da Kid dévoile un flow toujours aussi efficace et précis sur ce nouveau single double.

Membre de La Collection, le producteur Nimbus2k sort les basses pesantes sur le remix echelon (+buvard.).

Installé à Québec, le duo Bili Bili présente un clip pour l’excellente Vesper, tirée de leur EP homonyme paru il y a deux mois.

Le jeune producteur brtrnd croise plusieurs styles sur sa nouvelle pièce.

Le producteur WYLN (relié à l’étiquette Saintwoods) se joint au chanteur $K pour la chaleureuse Obsessed.

WSDM. y va d’une beat tape instrumentale soul aux accents funky.

Le rappeur/producteur sans gluten joint ses camarades khemist et dame sur church.

Dramatik ressort une très vieille chanson en anglais, Hardest Believer.

Jibré collabore avec l’éminent producteur Kable Beats sur Cauchemar de luxe.

Beeyoudee dévoile l’une de ses récentes «sessions du mardi» faite avec plusieurs concitoyens de Québec, notamment Webster, Seif et VICE & V.I-Street.

Entre hip-hop, jazz, house et afrobeat, l’excellent producteur Cotola présente Santa Magdalena, EP instrumental aux horizons sonores très recherchés.

Boogat revient en force avec Mezcalero Feliz.

3 shows à voir //

Rednext Level

Le trio hip-pop Rednext Level sera de passage à Québec avec le duo La Carabine ainsi que le rappeur/slameur KJT.

La Source de la Martinière (Québec), 10 août (21h)

Mandragore

La toute nouvelle boîte Mandragore, qui «fait pousser des projets artistiques 100% bio», prépare un lancement avec KNLO, L’Amalgame et RBV.

Casa del popolo (Montréal), 10 août (20h)

Osheaga

Quelques représentants hip-hop locaux seront de la partie à Osheaga : Heartstreets,  Tommy Kruise et Shash’U.

Parc Jean-Drapeau (Montréal), 4 au 6 août

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