Rap local : Flawless Gretzky, Sadam Huss', GRIS et RCA
Rap local

Rap local : Flawless Gretzky, Sadam Huss’, GRIS et RCA

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Flawless Gretzky, marquer l’histoire //

Avec H.I.M. History in the Making, Flawless Gretzky marque l’histoire en devenant l’un des premiers rappeurs anglophones (sinon le premier) à faire paraître un projet sous une étiquette hip-hop québécoise reconnue.

Signé sous Make It Rain Records, nouveau label associé à Bonsound, l’artiste de 26 ans est conscient du poids qui repose sur ses épaules. «J’essaie de pas foirer ma chance et de profiter de l’opportunité pour ouvrir des portes à la scène anglophone de Montréal», assure-t-il.

Pourtant, Gretzky était loin de prendre la situation autant au sérieux à ses débuts en tant que rappeur. Originaire du quartier Petite-Bourgogne dans le sud-ouest de Montréal, il a développé son expertise au micro à l’adolescence, aux côtés de son producteur et ami Crushbeats. «J’avais une facilité à écrire et à m’exprimer, mais j’avais aucune ambition. Dans ce temps-là, mon style ressemblait plus à celui d’un battle-rapper. Je faisais des featurings ici et là, sans vraiment sortir de chansons solo. J’étais principalement inspiré par la scène de New York.»

À 19 ans, son incarcération au pénitencier fédéral a changé bien des choses, d’abord sur le plan artistique. «Durant ces six-années-là, le rap a été mon get away. Les textes que j’écrivais, c’est ça qui me permettait de garder ma tête à l’extérieur. C’est aussi là que mon style a évolué, notamment en voyant les clips de Migos et de toute la nouvelle école de rap à la télé. J’ai voulu m’adapter à la tendance, celle du rap plus facile et festif, sans cassage de tête.»

Évidemment, ce long séjour derrière les barreaux a aussi eu un impact sur le plan humain. Se disant «très influençable» durant son adolescence, Flawless Gretzky a longuement réfléchi au chemin sinueux qu’il aurait pu prendre s’il n’était pas entré en prison à l’âge de 19 ans.

«Mon incarcération a rallongé ma vie, c’est certain. J’entrerai pas dans les détails, mais si on m’avait pas arrêté pour cette tentative-là, peut-être que je serais mort aujourd’hui», confie-t-il, avant de résumer cette période trouble. «J’ai grandi dans la Petite-Bourgogne, à l’époque du Wild Wild West. Y’a beaucoup de gens qui mouraient, qui se faisaient shot, tellement que je pensais même pas me rendre à mes 18 ans. Je suis entré dans la violence par question de survie. La musique était de loin l’affaire la plus positive du quartier, sinon c’était les armes et la vente de crack. En prison, j’ai rencontré des gens qui m’ont rappelé le sens de la vie et qui m’ont ramené sur le bon chemin. C’est là que j’ai compris que ce que j’avais vécu dehors, c’était un mensonge.»

C’est ce qui transparait en partie dans H.I.M. History in the Making. Loin du récit moralisateur, cette toute première mixtape en carrière aborde de front les thèmes de la rue, de la violence et de la prison dans la pure tradition du gangsta rap. «Je voulais aborder ces sujets-là, sans trop entrer dans les détails pour l’instant. C’est un premier projet, alors je voulais surtout montrer ce dont je suis capable. Aux États-Unis, on rit souvent du Canada, car selon eux, tout ce qu’on peut faire, c’est du rap chanté comme Drake. Moi, je voulais ouvrir une porte, leur montrer une autre facette.»

Pour le soutenir dans cette aventure, Gretzky a pu compter sur un allié de taille : l’éminent producteur VNCE CARTER, membre de Dead Obies et directeur artistique de Make It Rain Records. «Avant de le rencontrer, je croyais que je devais aller à Toronto pour qu’on voit ma face quelque part», explique-t-il, avant de préciser le contexte et l’origine de leur rencontre. «Je venais de sortir de prison et j’ai reçu un message sur Facebook. C’est VNCE qui me demandait si je voulais faire un track. Moi, je le connaissais pas, alors j’ai regardé un peu ses photos et j’ai vu que c’était un blanc avec des cheveux roses… J’étais comme : «c’est sûr que ça va vendre si je fais de quoi avec lui, c’est trop original comme collaboration.» (rires) Il est venu me chercher en auto et m’amené à son studio. En deux heures, j’ai enregistré quatre tracks et, le lendemain, j’ai refait la même chose. Il a vu que mon éthique de travail était bonne.»

Avec plus de 70 chansons en banque, le Montréalais désire éventuellement percer le marché américain, mais aussi ceux «de l’Asie, de l’Afrique, de l’Europe». «Le monde pense toujours juste aux États-Unis, mais moi j’veux être partout. Pour réussir ça, il faut être ouvert aux autres musiques. Soyez pas étonné de m’entendre sur du techno ou de l’afro-rap prochainement!»

Très prolifique, Gretzky pense aussi à son premier album complet, qui pourrait voir le jour l’an prochain. Pour l’occasion, il veut proposer des textes plus fournis et intimistes. «J’ai accumulé tellement d’histoires en prison et, là, j’ai envie de propager la voix de tous ceux que j’ai rencontrés. Je vais aller davantage dans le storytelling et les trucs personnels.»

D’ici là, l’artiste devra surmonter un défi de taille s’il veut que sa carrière prenne l’ampleur qu’il désire. En vigueur jusqu’en février 2019, son couvre-feu l’empêche actuellement de saisir des opportunités d’envergure. «Selon la loi, je peux entrer chez moi après 22 heures si c’est pour une raison professionnelle. Le problème en ce moment, c’est que les services correctionnels ne considèrent pas ma musique comme un vrai travail. Bref, je manque plein de shows et d’offres, notamment celle d’aller dans le studio de Drake à Toronto. Ça me met vraiment des bâtons dans les roues, mais je vais trouver une façon. C’est impossible que je passe un an et demi comme ça, sans faire mon nom.»

Nouveautés d’envergure //

Sadam Huss’, membre du Casse-Croûte, montre l’étendue de son talent et de son ouverture musicale sur son EP solo #Sodamousse, l’une des belles surprises de cet été.

D’abord un groupe de clavardage Facebook, GRIS se dévoile en tant que collectif avec ce premier projet expérimental et minimaliste de haut calibre. MusoNi, Dr. MaD et Liam font notamment partie de l’équipage.

Sur le point de faire paraître l’album Badmind, Jei Bandit présente un remix d’une pièce de hikimanu.

Après avoir livré quatre parutions en moins d’un an, FouKi lance son premier «greatest hits», Plato Zay.

Peu d’infos sur ce jeune rappeur Deevod, qui dévoile ici un premier EP.

GunDei retourne au soul rap classique sur Rules Of Engagement.

Baggies (des 13 Salopards) lance une chanson surprise produite par 4e Régiment.

Le vétéran de la Rive-Sud SB revient à la source sur Le retour de l’ombre.

Inspiré par le shroom bap halluciné des producteurs KenLo et Smilé Smahh (du K6A), Dice B rend hommage aux années 1990.

Le Montréalais d’adoption Teddy the Beer livre une chanson trap pesante, Bleu nuit.

Le prolifique producteur lowpocus rapplique avec Stay True.

Originaire de la Petite-Bourgogne, le beatmaker c r y p t ✞ ✞ ✞ explore des ambiances lugubres sur cette nouvelle chanson en collaboration avec lunasdeth.

Chrysalis (affilié au collectif Team XXI) développe son style de rap vaporeux avec By My Side.

RCA dévoile son flow précis sur FWYTM.

Un troisième extrait pour le cinquième album solo de SouldiaAd Vitam Aeternam.

Le rappeur de Limoilou Shoddy envoie un nouveau single tiré de son album MF2, paru plus tôt cette année.

Les acolytes Blicky et Loss One proposent No Love.

Le scenester de Québec Les Sumériens reprend son flow nonchalant sur Toute la nuit.

L’improvisatrice avérée Sereni-T, consacrée à End of the Weak, lance Gas Pedal.

Belle mise en images de la tournée L’Osstidtour de la part du réalisateur Vincent RC et du directeur photo Marc-Olivier Gilbert. Présentée aux quatre coins du Québec, la tournée mettant en vedette Alaclair Ensemble, Brown et Koriass est nommée deux fois au prochain Gala de l’ADISQ.

3 shows à voir //

Hip-Hop You Don’t Stop

La 12e édition du rassemblement multidisciplinaire et intergénérationnel d’arts urbains Hip-Hop You Don’t Stop se poursuit jusqu’à dimanche. À ne pas manquer notamment : la soirée The Rap Battle for Unity de ce vendredi 22 septembre qui présentera une dizaine de emcees québécois (dont Meryem Saci et Grifos d’Alquimia Verbal) jumelés à de jeunes rappeurs issus des centres communautaires de Côte-des-Neiges et Notre-Dame-de-Grâce. Comme d’habitude, l’évènement de clôture de ce dimanche est aussi un incontournable. Grand rassemblement sympathique et chaleureux au parc Mackenzie-King, la journée mettra en vedette Monk.E, Narcy, LaF, Basics et bien d’autres.

Du 20 au 24 septembre, Montréal

Spectacle de Dead Obies gratuit!

Après avoir présenté un spectacle à guichets fermés au Métropolis, le sextuor Dead Obies donnera un spectacle gratuit organisé par l’organisme Zone Ados à Terrebonne.

22 septembre (19h30), Parc St-Sacrement (Terrebonne)

Planet Giza

Le trio Planet Giza, l’un des plus prometteurs du rap montréalais, sera accompagné du producteur Da-P et du rappeur Lou Phelps ce vendredi.

22 septembre (22h), Newspeak (Montréal)

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