Il y a 20 ans : Anonymus – Stress
Anniversaires d’albums marquants

Il y a 20 ans : Anonymus – Stress

Publiée sur une base régulière, cette chronique vise à souligner l’anniversaire d’un album marquant de la scène locale. 

Chapitre essentiel de l’histoire du métal québécois, Stress a porté Anonymus vers des sommets inattendus, très impressionnants pour un groupe issu d’une scène underground. Juste avant le début d’une mini-tournée québécoise visant à souligner son 20e anniversaire, on revient sur sa genèse et son impact, en compagnie du chanteur et bassiste Oscar Souto.

Originaires de l’est de Montréal, les frères hispano-québécois Oscar et Daniel Souto rencontrent l’Italo-Québécois Marco Calliari et le Chilien Carlos Araya durant leur enfance. Dès le départ, une chimie s’installe : «On est devenus les meilleurs chums du monde : on jouait aux G.I. Joe, on construisait des cabanes dans la cour de Marco… Après ça sont arrivées les games de hockey en dessous de l’Autoroute métropolitaine.»

Très vite, l’appel de la musique se fait sentir. «Le premier trip qu’on a eu, c’est chez Carlos à écouter du Deep Purple. On avait 13 ou 14 ans. Chacun notre tour, on s’est construit un petit drum avec les objets qui traînaient pis on jouait par-dessus la toune. On s’est rapidement rendu compte que Carlos avait plus de beat que nous autres. Marco tripait sur des bands qui jouaient à CHOM FM comme Van Halen, tandis que moi, j’avais trouvé une cassette de Kiss qui trainait dans l’eau par terre. C’est un peu comme ça que le groupe s’est formé, à travers le plaisir et l’échange musical.»

Débrouillards, les quatre amis s’arrangent comme ils le peuvent pour se munir de leurs premiers instruments. «On était très focus. S’il fallait aller ramasser des canettes pour avoir une guitare à 50$ qui vaut pas de la chnoute, on le faisait. Nos premiers jams étaient totalement désaccordés, on connaissait rien de la musique. Un jour, je suis arrivé avec une basse à deux cordes, pis on a commencé à jouer du Van Halen. On a dû jouer la même toune une cinquantaine de fois en un après-midi.»

Le groupe prend officiellement forme en 1989, le jour où Carlos Araya troque ses sceaux de plastique pour une vraie batterie. «Il nous l’avait même pas dit! On est arrivés dans son sous-sol et on a vu que son père lui avait acheté une Ludwig caramel. On a commencé à jouer, pis on a fait shaker les murs. Heureusement, les voisins se sont pas trop plaints.»

Au début des années 1990, le quatuor donne son premier spectacle officiel à son école secondaire. «On avait loué de la sono sans trop savoir c’était quoi qu’on faisait. On avait passé la matinée à appeler la compagnie de location parce qu’on comprenait rien. Pour des adolescents en cinquième secondaire comme nous, on peut dire que le spectacle a été un succès. On jouait surtout des covers hard rock avec nos gros running shoes blancs et nos jeans serrés, mais on avait aussi nos compos.»

Peu après, les quatre complices s’ouvrent davantage au heavy métal, tout particulièrement au trash métal de Metallica et Slayer. «On a compris qu’on aimait ça quand la musique était une petite shot plus heavy que le hard rock. On trouvait que ça drivait plus.» Portés par cette énergie plus brutale, ils entament l’enregistrent d’un démo, The Dreams That Lie, au cégep Saint-Laurent, là où ils étudient. «Nos voix étaient pas encore totalement formées. Je fausse, c’est horrible! Au début, on aimait bien le résultat, mais après quelques mois, on en était plus ou moins satisfaits. On voulait sortir quelque chose de meilleur. Karim Choucri, qui avait enregistré le démo, nous a donc aidés à trouver un autre studio et à enregistrer l’album.

Comprenant une seule chanson de cette parution initiale (Prosternez-vous), le premier opus Ni vu, ni connu parait de manière indépendante deux ans plus tard. «Là, on voulait que ça sonne! J’me souviens pas comment on a payé tout ça, mais je pense qu’on a dû demander de l’argent à nos parents. On a passé des soirées à enregistrer, parfois jusqu’à trois heures du matin en fumant des gros battes. On avait ben du fun.»

ni-vu

Le choix de la langue s’impose naturellement durant l’écriture de l’album. Exaspérés de voir leurs compères de la scène métal s’exprimer en anglais, les quatre musiciens choisissent le français. «Même si on a des origines de partout dans le monde, on se considérait d’abord comme des Québécois. On regardait ce qui se passait autour de nous, et on comprenait pas trop ceux qui choisissaient de faire de la musique en anglais avec leur gros accent. On a voulu se démarquer d’eux autres, sans même trop se poser de questions. On avait envie de dire ‘’calice’’ pis ‘’enweille-toé’.»

L’impact de Ni vu, ni connu, vendu à plus de 3000 exemplaires sans aucune promotion, est considérable et permet à la formation de faire plusieurs spectacles, notamment dans le cadre de la tournée panquébécoise Polliwog, qui rassemble des artistes rock de divers horizons au milieu des années 1990. «Ça commençait à fonctionner. De voir les fans chanter nos chansons, ça nous donnait un coup de pied dans le cul pour sortir un deuxième album. À ce moment-là, on allait au cégep, mais on s’en foutait un peu. On foxait nos cours pour aller pratiquer. On suivait notre rêve… Pas celui de devenir rockstar, mais celui de faire de la musique!»

Signature stressante

Conscients de l’engouement qu’il génère, les dirigeants de l’étiquette Disques MPV (Noir Silence, Groovy Aardvark) font une offre au groupe pour la production de son deuxième album. «Je pense qu’ils ont vu qu’on était très motivés, qu’on était prêts à travailler comme des acharnés. Nous, on était contents, car ça nous assurait un rayonnement at large dans le public québécois.»

Désirant aller au-delà de ses influences progressives, Anonymus se donne le mandat de faire «un album poing s’a yeule», qui mélange «le métal technique un peu complexe» à «une agressivité plus simple».

En 1995, l’album Surprise… du groupe québécois pionnier B.A.R.F. marque passablement Oscar Souto et Carlos Araya, alors qu’ils sont de passage à l’appartement de Shantal Arroyo et Joël Tremblay du groupe Overbass. «On faisait beaucoup de tournée avec eux à l’époque, et un soir, on était dans leur loft à Montréal, et ils nous ont balancé Surprise… Carlos et moi, on s’est plantés devant la radio, assis en indien, et on a écouté l’album de A à Z. On en revenait pas de ce qu’on entendait.»

Habités par les riffs percutants de cet album et par ceux de l’opus Scratch the Surface du groupe punk hardcore new-yorkais Sick of It All, les quatre membres pratiquent trois à quatre fois par semaine. «Chacun arrivait avec sa petite idée : on mettait ça dans une marmite, on ajoutait les épices pis on brassait un peu. Quand j’amenais une idée de chanson, c’est moi qui faisais les paroles, même chose pour Marco.»

Faisant honneur à leurs origines respectives, les deux paroliers choisissent d’écrire cet album en français, mais aussi en anglais, en italien et en espagnol. «On voulait continuer en français, mais en même temps, on voulait prouver que la musique pouvait être internationale, peu importe la langue.»

Évoquant plusieurs récits personnels, les textes de Stress sont moins hargneux que ceux de son prédécesseur. Alors qu’Un poing c’est tout aborde la liberté de «faire ce que tu veux dans le milieu de la musique» et que La vérité choc documente les relations pas toujours faciles qu’entretiennent les frères Souto, Questo E’l Destin «parle de nous en tant que fils d’immigrants».

Autrement, Oscar Souto renoue avec quelques thématiques sociales, notamment sur Un pied dans la tombe, qui raconte le destin d’un homme accro aux drogues dures, Maquinas, qui dépeint un futur incertain où «les machines prendront le contrôle sur l’humain», et In Extremis, qui relate l’histoire d’un prisonnier innocent condamné pour meurtre.

Comme son titre l’indique, la chanson Sous pression a été écrite en vitesse. «Ça s’est fait en un dimanche après-midi avec une caisse de bière. J’avais un petit riff, et Dan est arrivé avec celui du milieu. C’était un exercice assez intéressant, mais rendu là, on n’avait pus vraiment le choix de faire ça… Le temps commençait à nous manquer.»

Angoissés par les échéanciers fixés par leur étiquette de disques, les quatre artistes choisissent judicieusement d’appeler leur album Stress. «On trouvait ça vraiment compliqué, ces histoires-là de deadline. On voulait rien savoir de tout ça, mais en même temps, on avait signé un contrat. Autant ça a été un apprentissage pour nous, autant ça nous a stressés comme jamais.»

À l’hiver 1997, Anonymus entre au studio Victor pour donner vie à ce deuxième album créé dans l’urgence. La totalité de l’enregistrement se déroule en une semaine et demie, aux côtés de l’ingénieur, mixeur et réalisateur émérite Pierre Rémillard. «Le drum, on l’a enregistré en une journée et demie. Quand Carlos a fini, il était vert! Après ça, on a embarqué super vite sur le reste. Après avoir fini mes tracks de basse, je me suis choppé le doigt ben comme il faut.»

Spectacles survoltés

Le lancement de Stress a lieu le 16 mai 1997 au Spectrum de Montréal, en plateau double avec Overbass, qui lance aussi son album Historias sous Disques MPV. «On avait mis le paquet. On voyait des bands comme Iron Maiden et on essayait de faire la même chose. On avait fait faire un gros backdrop de la pochette, et le frère de Carlos nous avait fabriqué deux grosses statues. Le père à Marco nous avait passé des échafaudages pour qu’on monte tout ça. On avait aussi des pétards, pis fallait caller les pompiers pour qu’ils supervisent le gars en charge des explosions. On était vraiment motivés.»

Peu après, le groupe se produit au cégep de Limoilou. «L’ambiance était survoltée! La salle était petite, mais c’était plein à l’os. L’album venait de sortir, et le public chantait déjà les chansons. On comprenait vraiment pas ce qu’il se passait.»

Anonymus en 1997. Courtoisie Oscar Souto.
Anonymus en 1997. Courtoisie Oscar Souto.

Les spectacles se poursuivent à un rythme effréné dans les mois qui suivent, notamment lors de la tournée Polliwog de l’été 1997 et lors d’un autre rendez-vous à guichets fermés au Spectrum en avril 1998, cette fois avec Quo Vadis et White Widow. Durant cette période mouvementée, le groupe partage également la scène avec Anthrax, Biohazard et Blind Guardian, formation power métal allemande qu’il rencontre lors d’une mini-tournée au Mexique.

Porté par cet engouement tangible, Anonymus confirme sa place au sommet de la scène rock alternative québécoise, à l’instar de formations comme Groovy Aardvark, B.A.R.F., Overbass, Grimskunk et Démence. Traversant tous leur période la plus fertile en carrière, ces groupes deviennent peu à peu des modèles pour les jeunes formations aux influences punk, hard rock et metal qui désirent s’exprimer en français, notamment Vulgaires Machins, Guérilla, Les Marmottes aplaties, Kermess, Les Goules, Caféïne et autres artistes qui connaîtront un succès variable au tournant du millénaire.

Vingt ans après la sortie de Stress, qui approche maintenant du cap des 10 000 ventes, Oscar Souto se dit plutôt fébrile de le jouer intégralement sur scène. «C’est la première fois à vie qu’on fait un exercice comme ça. Au début, on n’était pas trop certains, car on n’est pas des gens nostalgiques, mais plus ça avançait, plus on se le faisait demander par nos fans. C’est vraiment l’album dont ils nous parlent le plus. On se fait toujours dire que ça a inspiré des musiciens à partir des bands, que ça a donné des coups de pied dans le cul…»

L’exercice aura permis au groupe de renouer avec certaines pièces que Marco Calliari chantait, comme Ad Vitam Aeternam. «Ça a pas été si facile que ça, car certaines d’entre elles, on les avait pas jouées depuis 20 ans! Mais bon, ça nous a fait du bien de renouer avec ce matériel-là. Surtout, on s’est rendu compte qu’on avait de la rage en câline à 23 ans… On était primés à l’os! Tellement que des fois, on jouait nos chansons vraiment trop vite, comme sur This Life. C’est tellement rapide que ça enlève de l’énergie à la chanson, car tu ressens pus rien.»

Ayant quitté la formation en 2005,  Calliari ne sera pas officiellement de la partie pour cette mini-tournée anniversaire. Comme d’habitude, c’est le guitariste et chanteur Jef Fortin qui viendra compléter le quatuor. «On a décidé de présenter l’album avec la formation actuelle, mais on sait très bien que Marco va venir au show de Montréal. Il monte sur scène quand il veut! Il fait encore partie de la famille.»

Stress – en vente sur le site d’Anonymus

Tournée 20e anniversaire – au Cercle (Québec) le 21 décembre, à la shop du Trou du diable (Shawinigan) le 22 décembre et au Petit Campus (Montréal) le 23 décembre

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