Ne manquez rien avec l’infolettre.
Rap local : Bad Nylon, fin indéfinie
Musique

Rap local : Bad Nylon, fin indéfinie

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Le collectif Bad Nylon sonne la fin de sa courte histoire avec bébé, t’es unique, un troisième projet officiel.

Fondé à la fin 2014, le quatuor rap féminin a profité d’un engouement médiatique considérable l’an dernier grâce à sa reconstitution – une initiative de la membre fondatrice Marie-Gold, qui a préféré redémarrer le groupe avec trois nouvelles acolytes (ZOZ, Kayiri et la DJ Audrey Bélanger) plutôt que de le laisser mourir dans l’œuf.  Malheureusement, le succès enviable du clip Rappa, premier extrait du projet lancé en juin dernier, n’aura pas suffi à convaincre les quatre membres de poursuivre l’aventure.

«On n’était pas sur la même longueur d’ondes quant au futur du groupe, donc a préféré prendre la décision tout de suite plutôt que de laisser bretter ça», explique Kayiri, qui refuse toutefois d’utiliser le mot «séparation». «Pour l’instant, on a décidé que c’était fini, mais y’a rien de définitif. Faut pas oublier que Bad Nylon, c’t’un collectif, donc c’est normal que les membres viennent et repartent.»

«J’avais besoin de me concentrer sur des projets personnels, en lien avec ma formation théâtrale. Les autres filles ont ce désir de faire partie de la scène rap au Québec, et je trouve ça formidable», poursuit ZOZ, qui admet avoir eu le vertige en voyant l’intérêt que les médias et le public portaient à ce cas quasi unique de groupe rap féminin québécois.  «On s’est tellement fait donner d’attention que ça a eu un impact sur notre parcours créatif.»

«On s’est tellement mis de pression avec ce projet-là…» renchérit sa collègue. «La barre était vraiment haute, mais il faut pas oublier que ce sont nos premières esquisses de rap [qu’on trouve sur ce projet].»

Premier (et dernier?) EP depuis son second départ, bébé, t’es unique contient une chanson presque prémonitoire : Projet principal, qui vante les mérites de se concentrer sur un seul projet plutôt que de s’éparpiller dans mille et un plans. «On l’a pas enregistrée en pensant que le groupe allait se dissuader, mais c’est sûr que c’était un enjeu qui nous préoccupait. D’ailleurs, j’ai même pas enregistré de verse sur cette chanson-là, car j’avais pas le temps», dit ZOZ, en riant, soulignant par le fait même le caractère ironique de son absence de contribution.

«Je pense que ça préméditait nos carrières solos sans qu’on s’en rendre compte», confirme Kayiri.

Créé et enregistré durant deux périodes de réclusion au chalet, l’opus poursuit la recette joviale et très communautaire qui caractérisait les EPs initiaux de la formation, tous deux parus en 2015 avec la formation initiale. «C’est l’aspect créatif qui ressort, toutes nos inspirations du moment. Nos idées naissaient de trucs aussi farfelues que notre DJ qui buvait de la Palm Bay», explique ZOZ, à propos de la chanson du même nom. «On s’est vraiment amusées.»

«Vu que c’est un groupe, on se permet d’être plus intenses, de sortir des sentiers battus et d’aller dans des sujets plus drôles», ajoute Kayiri. «On veut surtout servir de modèles pour que les jeunes rappeuses se disent : ‘’ok si elle est capable de faire ça, moi aussi, je peux!’’»

À l’instar de Marie-Gold, dont le premier EP solo est prévu pour cette année, Kayiri se permettra des explorations sonores et thématiques plus personnelles prochainement. «Je veux mixer mon amour du hip-hop avec mes origines du Burkina Faso. Je vais donc ajouter des rythmes africains à tout ça pour qu’il y ait une partie plus groovy», explique la rappeuse, compositrice, productrice et violoniste, qui évolue aussi au sein du duo  hip-hop soul K-Iri.

Si elle n’a pas d’ambitions rap à court terme, ZOZ compte tout de même être présente pour les spectacles restants de sa formation, notamment au lancement de ce jeudi et au programme double Révèle la relève avec KNLO en avril prochain. Sans tourner officiellement la page sur l’époque Bad Nylon, elle en dresse déjà un bilan. «Sincèrement, je ne suis plus la même depuis que j’ai fait partie de ce groupe-là», confie la comédienne. «Ça m’a appris c’est quoi développer un vrai lien professionnel et personnel avec des amies. C’est cool de se permettre d’être totalement libre.»

Lancement de bébé, t’es unique – Don B Comber (Montréal), 18 janvier

Nouveautés d’envergure //

Membre du collectif 5sang14, le rappeur Gaza se présente en solo avec Plus que le son, mixtape qui comprend plusieurs bonnes collaborations avec ses confrères White-B et MB.

Le prolifique Salimo annonce sa mixtape Chacun son chemin avec le premier extrait Victoria.

Vendou (de L’Amalgame) y va d’un troisième extrait avant la sortie de #DouxOrDie, EP prometteur prévu pour très bientôt.

DeusGod, Par Klurker et le producteur Austin J poursuivent leur élan créatif entamée l’an dernier.

Le Texan Maxo Kream refait équipe avec le Montréalais Tommy Kruise, qui signe ici la musique de Capeesh.

Le producteur gatinois Major envoie le beat lourd et percutant Switch.

Le controversé et très populaire Enima fait un clin d’oeil à la rappeuse américaine la plus populaire de l’heure.

Dunnï se dévoile habilement avec Goofies, single qui marque un retour en force sur la scène rap montréalaise.

Le Gatinois London Zigg$ réaffirme son flow mordant sur 2K18.

Lil Deezy et Richman arpentent une production cloud rap signée Carlito sur Alien. Le clip a été tourné à Dakar au Sénégal.

JtReal et Le Réel Fléau livrent le brulot rap ignorant Wow.

Originaire de Montréal-Nord, le rappeur Pakouri s’illustre avec cette pièce trap sombre et crue à souhait.

Après nous avoir surpris avec une incursion jazzy il y a quelques jours, le déconcertant Doni Na Ma rapplique avec l’étrange #Akunamatata.

Parlant de phénomène insolite du rap québécois, le Lavallois Mario McFly se démarque avec un flow rapide et quelques propos saugrenus sur What It Do.

Toujours aussi actif, le rappeur et producteur Le Chum s’allie avec Nat Turner sur Mon Québec.

Grosse semaine pour Le Chum, qui signe aussi cet hymne à l’intoxication en trio avec MrTib et Trizohm.

Le rappeur de Québec Beeyoudee collabore avec VICE, Seif et Fade Wizard sur cette salve bien sentie contre Justin Trudeau.

Le producteur BRKLS redore quelques pièces du plus récent album de Dostie, Autoportrait.

Le collectif multilingue montréalais Nomadic Massive propose un clip pour Rap N’ Roll, chanson de son plus récent album The Big Band Theory, paru il y a près de deux ans.

3 shows à voir //

Sam Faye et D-Track

Le duo d’adoption montréalaise Sam Faye et D-Track se joint au rappeur de la relève Kirouac pour un spectacle intime au bar/café L’Escalier.

L’Escalier (Montréal), 16 janvier (22h)

Team XXI

Rap et punk se rencontrent pour une soirée qui mettra notamment à l’honneur le collectif Team XXI et le duo Dopamine.

The Bog (Montréal), 19 janvier (21h)

Igloofest #1

Le rendez-vous hivernal incontournable Igloofest s’entame d’une façon mémorable avec le producteur étoile et porte-étendard québécois Kaytranada. Juste avant lui : le Français Kiddy Smile et le duo/label montréalais Voyage funktastique formé de Dr. MaD et Walla P.

Quai Jacques-Cartier (Montréal), 18 janvier (19h30)