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Rap local : Seba et Horg, renouer avec 1996
Musique

Rap local : Seba et Horg, renouer avec 1996

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Vingt ans plus tard, le rappeur Seba et le producteur DJ Horg se retrouvent pour revisiter le hip-hop «vintage à l’os» des années 1990.

«On a fait l’album qu’on aurait dû faire en 1996», lance Seba, à propos de Grosso-Modo, un premier opus collaboratif signé Seba et Horg.

Amis de longue date, les deux vétérans du rap montréalais se sont rencontrés au cégep du Vieux-Montréal il y a deux décennies. «J’avais une émission de radio le matin, et lui, il arrivait tout de suite après moi avec ses vieux vinyles. J’étais vraiment impressionné de le voir débarquer avec ça. À ce moment, on venait tous les deux de voir La Haine et on tripait sur le rap. On a commencé à se voir, à se fréquenter», se souvient Seba.

«On vient de la même place, du même cégep. On a tagué des murs ensemble, on s’est fait courir après par la police…» poursuit Horg, en riant.

Après ce court épisode, les deux jeunes adultes ont pris des chemins différents. Alors que DJ Horg est devenu l’un des acteurs les plus importants du hip-hop québécois, collaborant avec des artistes incontournables du genre tels que Sans Pression, C-Drik et Dramatik, Seba a commencé sa carrière de rappeur aux côtés de Ghislain Poirier, avant de s’investir au sein de Gatineau, groupe emblématique de la vague rap champ gauche du milieu des années 2000, reconnue pour ses influences électro et ses thématiques absurdes.

Bref, les deux évoluaient dans des circuits hip-hop diamétralement opposés. «Moi, j’ai toujours senti que j’étais illégitime dans le hip-hop québécois. On me disait que je faisais pas du vrai rap, mais pourtant, j’étais là dans les 90s…» fait valoir Seba.

«Moi, j’ai toujours trouvé que Seba rappait bien, mais y’avait un côté vulgaire et subversif dans Gatineau qui me plaisait moins. Et, pour être franc, ça m’a fait chier quand ils ont gagné le Félix à la place de Samian et moi», admet Horg, en référence à l’album Face à soi-même de Samian qui a perdu la bataille hip-hop au Gala de l’ADISQ 2008 face à l’opus homonyme de Gatineau. «D’ailleurs, c’est seulement durant des contextes de gala comme ça qu’on s’est revus en deux décennies.»

Puis, en 2016, Seba a répondu à l’appel de Horg, qui proposait aux amis de son fil Facebook de venir assister à sa nouvelle émission de radio Sur le corner, diffusée à CIBL. «Je suis allé à la première (…) j’étais un peu gêné», se rappelle Seba. «Après le show, je lui ai dit que j’étais en train de faire un album solo et je lui ai demandé qu’il fasse mes scratchs. D’une certaine façon, je sentais qu’en m’associant à lui, je gagnerais de la crédibilité de la part de la scène rap. Il m’a proposé qu’on se rencontre chez lui le lendemain.»

«En jasant, on s’est rendus compte qu’on se rejoignait encore», poursuit son collègue. «On a découvert le hip-hop en même temps et, comme je suis toujours à la recherche de mon premier buzz, je lui ai proposé de faire son album de A à Z. Je lui ai fait part d’un concept que je voulais faire depuis longtemps : un truc au concept vintage avec une identité forte. Avant même qu’on rec, on a jasé pendant des heures. Pas nécessairement de la démarche, mais des barrières qu’on voulait se mettre. D’emblée, le rap engagé, on l’écartait, car ça nous tentait pas. Je voulais pas non plus qu’on s’adresse uniquement à d’autres rappeurs. Je voulais qu’on aille rejoindre notre monde, ceux de notre âge qui écoutent pus nécessairement de rap. Je voulais leur prouver qu’on existe encore.»

Seba a donc planché sur des textes plus universels et moins nichés que ceux de Gatineau ou Cargo Culte, sa formation subséquente. «L’adage, c’était keep it real. Fallait traiter des vraies choses de manière humoristique et ludique. L’important, c’était qu’il y ait des punch lines à chaque deux lignes», dit le rappeur.

Magasin à 1$ est un exemple représentatif de cette démarche d’écriture. «Cette toune-là, c’est profondément moi. C’est une thérapie. J’ai vécu une rupture il y a 4-5 ans et j’étais tout le temps tout seul. Ma seule sortie, c’était d’aller au magasin 1$ parce que tout le monde est bien amical là-bas et que je pouvais rentrer dans place avec mon chien. J’aurais pu finir par faire une chanson à la Loco Locass où je critique la société de surconsommation à partir du concept même de ce magasin-là, mais j’ai choisi de traiter du même sujet de manière humoristique. J’aime pas prémâcher des messages.»

«La phrase la plus cruciale du projet, c’est quand j’ai dit à Seba : ‘’Ça te dérange-tu si je mets mon nez dans les textes?’’. Seba était d’accord, mais fallait pas le faire en cachette, car dans le rap, c’est quelque chose qui est tabou», poursuit Horg. «Lui, il amenait les ingrédients, et après, on les cuisinait ensemble.»

La chanson 45 Papineau a d’ailleurs été écrite en collaboration. «Horg pis moi, on voulait faire une chanson montréalaise, mais sans faire comme les autres rappeurs pis dire que ‘’Montréal, c’est notre ville!!’’» nuance Seba. «Après y avoir réfléchi, on a compris que la meilleure manière de parler de la ville, c’était en prenant l’angle des autobus. La rue Papineau, pour les gens qui viennent pas d’ici, c’est souvent le seul contact qu’ils ont avec Montréal. En parlant de la 45 Papineau, on avait trouvé quelque chose de profondément local, tout en s’assurant que quelqu’un de Rouyn ou de Brossard puisse comprendre.»

Pour appuyer les textes, Horg a imaginé une trame hip-hop classique, empreinte de soul et de funk. Il avait déjà la majeure partie des beats en banque.  «Depuis cinq ans, je suis sur un revival boom bap. Ma banque de beats fait juste grossir, mais malheureusement, personne en veut, des beats boom bap. On avait donc l’embarras du choix», explique-t-il. «La plupart du temps, je start avec du sampling pour me donner du groove, puis on rejoue les guitares et les claviers. Par contre, la toune folk en dernier (Rivière du loop), y’a juste aucun sampling. Moi, je joue du banjo, et j’ai deux amis qui jouent de la guit et de l’harmonica. J’ai l’impression que c’est une prémisse du deuxième album, car elle visualise notre futur. La différence avec les autres rappeurs, c’est qu’au lieu de se voir au volant d’une lambo prochainement, on se voit faire le tour des casse-croûtes du Québec en tournée.»

Grosso-Modo – en vente le 16 février

Lancement – Le Ministère (Montréal), 22 février (17h)

Nouveautés d’envergure //

Vendou livre un premier extrait très convaincant de son EP #DouxOrDie : Meson, chanson planante produite par Oclaz (de LaF).

En compagnie de ses acolytes de Meatkrow, une sous-division fondatrice des 13 Salopards, le rappeur Lil Deezy s’adapte avec naturel à cette chanson plus incisive que le reste de son répertoire.

Le Montréalo-Torontois Sam (XXXX) se révèle avec deux nouvelles pièces très différentes où il déploie toute sa polyvalence.

Après avoir bombardé la toile avec une horde de clips l’an dernier, MTLord présente un présente Lord of the Ring, un deuxième projet en carrière où son flow hyperactif résonne avec éclat.

Le chanteur/youtubeur David Obegi reste dans une zone trap club convenue avec Rozay.

Le consistant et talentueux producteur lowpocus renoue avec son phonk habituel et bien maîtrisé.

L’excellent Flawless Gretzky montre qu’il est toujours sur la mappe avec ce nouveau clip réalisé par Kevin Shayne.

Shayne signe aussi un clip pour Dopi et son trap ignorant bien ficelé.

Le Montréalais Teezy s’illustre avec un trap conscient sur son projet La ligne de départ. Un clip pour l’extrait Ce monde a également été dévoilé.

Le mystérieux Doni Na Ma dévoile un aperçu de son excentricité sur Tha True 1, mixtape qui contient des collaborations avec Colo, Da Trigg et MTLord.

Actuellement en train de préparer son album French AmeriKKKa, Sans Pression envoie Stress-moi pas, l’une de ses meilleures récentes chansons.

Les vétérans C-Drik et DJ Horg s’allient pour un brulot old school, Warm It Up.

Kayiri (ex-Bad Nylon) rend un hommage au légendaire et regretté Bad News Brown.

GunDei s’illustre avec un flow aiguisé sur oG’s Perspectives.

Les Gatinois Krk et Antwnn proposent un album rap expérimental.

Également originaire de Gatineau, Teigwan The Trip se joint lui aussi au producteur Antwnn pour Trap Is Dead.

adhoc se fait plaisir avec une pièce au mélange rap soul R&B enveloppant.

Le beatmaker montréalais TRBLMKR livre une beat tape minimaliste chaleureuse.

Le vétéran montréalais M.Robin y va d’un nouvel EP hip-hop expérimental, Hiphop will never die because it has the right to children.

3 shows à voir //

KNLO

KNLO sera en vedette lors d’un plateau triple auquel se joindront l’Ottavien Squerl Noir et le duo gatinois Krk & Antwnn.

Petit Chicago (Gatineau), 17 février (20h)

Lancement d’album Musique de tout croche

Le Chum et Chucky lancent leur projet collaboratif Musique de tout croche, en compagnie de leurs amis OTT, L’MC Junky, Omega Suprème et plusieurs autres.

Bar Rafaëlle (Montréal), 16 février (20h)

Ghost Club Records 2nd Anniversary

Fort de plusieurs sorties de qualité exceptionnelle, le label montréalais Ghost Club souligne son deuxième anniversaire avec une grande soirée festive à laquelle se grefferont Cyber, Maky Lavender, LUST, Aaricia et l’une des deux têtes dirigeantes du tout, Prince Club.

Artgang Plaza (Montréal), 16 février (22h)

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