Rap local : Jay Scøtt X Smitty Bacalley, les planètes s'alignent
Rap local

Rap local : Jay Scøtt X Smitty Bacalley, les planètes s’alignent

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Sur leur deuxième projet collaboratif Un chevreuil, Jay Scøtt et Smitty Bacalley dressent un portrait à la fois lucide et humoristique des relations virtuelles de notre époque.

«Je roulais à Saint-Lin quand j’ai pensé au concept du EP. Je revenais d’un party et j’ai vu 3-4 chevreuils sur la route», raconte brièvement le rappeur et producteur Jay Scøtt, sans donner plus de détails.

Au bout du fil, son collègue Smitty Bacalley nous éclaire davantage : «En fait, on lance Un chevreuil au même moment où les risques d’en croiser un sur les routes du Québec sont les plus élevés. Actuellement, ils sont dans la fin du struggle hivernal. Ils sont sur le bord de la route, à  rechercher des débris, quelque chose à manger. Le danger est d’autant plus élevé pour les automobilistes qui utilisent leur cellulaire au volant.»

Sans faire état d’une dualité manifeste entre nature et technologie, cet EP rend effectivement compte des dérives virtuelles qui caractérisent nos rapports sociaux. «On connait tout le monde, mais on parle jamais à personne», chante le duo sur Personne, tirade ironique et contenue sur les amitiés Facebook et ce qu’elles impliquent concrètement. C’est d’ailleurs cette chanson, bien positionnée en première place du palmarès de CISM depuis trois semaines, qui a donné le ton aux quatre autres du mini-album.

«On s’est pas parlés du concept avant, mais on s’est rendu compte à la toute fin qu’on parlait de téléphones à chaque chanson. C’était pas un besoin pour nous d’en parler, mais on constate que c’est un fléau. On a toujours la tête pognée dans nos cellphones», explique Bacalley, Terrebonnien d’adoption montréalaise.

«Je pense pas qu’on critique directement ce fléau-là, car nous aussi, on est esclaves de ça», ajoute Scøtt. «J’essaie constamment de deleter Facebook de mon téléphone, mais je le réinstalle tout le temps.»

«En fait, c’est une critique objective», renchérit son complice. «Dans mes textes, je critique personne d’autre que moi. C’est plus une analyse.»

Pourtant, quelques passages des textes d’Un chevreuil font réfléchir. «Écoute pas l’album, écoute le single. Écoute pas le single, regarde le single. Regarde c’est écouté par combien de personnes. Ça a été regardé par combien de personnes?» lance Bacalley, également sur Personne. «Je suis encore un gars qui prend le temps d’écouter ce que les artistes créent, mais je me rends compte que la durée d’attention des gens en général fond comme les glaciers», observe le rappeur.

Concis et bien équilibré, Un chevreuil devrait soulever l’intérêt des auditeurs les plus distraits, ne serait-ce que par ses productions étoffées qui s’inspirent du courant trap actuel tout en flirtant avec la pop tropical et le cloud rap. Aux commandes des cinq compositions, Jay Scøtt fait preuve d’une évolution certaine par rapport à Stockholm, premier album du duo paru l’an dernier. «J’travaille sur mes prods entre deux cafés à Mascouche», relate le principal intéressé, qui a récemment déménagé de son patelin terrebonnien. «Stockholm, c’était plus embryonnaire, mais là, j’ai ajouté beaucoup de basses 808 dans mes beats. La mort de Jean-Guy Mathers m’a beaucoup influencé.»

Survenu plus tôt cette année, le décès de l’homme d’affaires le plus influent de Saint-Eustache a également touché Bacalley. «Sa mort a changé notre façon de créer les choses. Le changement drastique, c’est en raison de lui», dit-il, avec une ironie qu’on ne saurait déceler. «Il représentait 100% notre vision du divertissement : spa, bowling, restaurant, ciné-parc, marché aux puces… Ça arrive qu’on loue une chambre pis qu’on passe la fin de semaine au complet là-bas.»

Les pèlerinages eustachois ont toutefois eu moins d’impact que les virées mascouchoises dans la conception d’Un chevreuil, enregistré dans le garde-robe du studio maison de Scøtt. Une fois par semaine, le lundi la plupart du temps, les deux rappeurs s’y rejoignent pour sympathiser et créer dans la franche camaraderie. «C’est au début de la semaine qu’on est le plus productif. On vient de sortir de l’église, et les planètes s’alignent», explique Scøtt.

Rejoints sur scène par le DJ et producteur Liam, ainsi que par le rappeur ST à l’occasion, les deux amis ont récemment fait bonne impression aux Francouvertes, compétition musicale francophone ouverte à tous les styles musicaux. Leur expérience en demi-finale a été enrichissante, malgré la perte d’équilibre de Bacalley, qui s’est enfargé dans son fil de micro au tout début de leur prestation. «Sur le coup, pendant quatre à sept secondes, ça m’a gêné, mais après j’ai décidé que c’était drôle. En me relevant, j’ai vu les juges et j’ai compris que j’étais pas seul à avoir vécu ce moment-là. Ils me regardaient tous comme si j’étais un tigre au zoo. Quand j’ai compris que c’était moi le tigre, j’ai assumé ce qui venait de m’arriver.»

«On est très satisfaits de ce qu’on a donné. On a eu du fun, et c’est ça le plus important», résume Scøtt qui, lui, se félicite de ne pas avoir fait tomber son micro sur la foule après avoir jonglé avec.

Prochainement, le duo se joindra à ses deux proches collaborateurs ST et Liam pour créer le groupe Le forfait. «On annonce rien d’officiel encore, mais on travaille là-dessus. Ça viendra comme ça viendra», dit Scøtt.

Membres clés du collectif Les drogues fortes, qui a fait paraître un album de Noël complètement absurde l’an dernier, les deux compères restent tout aussi discrets sur la probabilité qu’un deuxième projet de la sorte voit le jour. «Les drogues fortes, c’est un buzz qui revient quand tu t’y attends pas… Mais on aime garder ça pour le temps des fêtes», indique Bacalley, flou mais pas trop.

En spectacle au Festival Grande Tribu –  Église Saint-Henri (Mascouche), 5 mai (21h15) et au Lancement de la programmation d’été de CISM – Quai des brumes (Montréal), 9 mai (17h)

Nouveautés d’envergure //

Près de trois ans après Kronostasis, le producteur lavallois reconnu à l’international High Klassified montre l’étendue de son savoir-faire sur Kanvaz, un cinquième EP en carrière.

Vendou poursuit son évolution en solo avec Debout, premier extrait d’un EP produit par FouKi, QuietMike, LiamLiamLiam et Rousseau.

Profitant d’un engouement de plus en plus prononcé sur la scène rap montréalaise, Tizzo s’allie avec Shreez et Soft sur la puissante On fouette.

Pakouri alourdit considérablement ses basses sur Quitte la rue.

Snk parle d’hypocrisie et de trahison sur cette chanson tirée de C.M.C (Chien Manger Chien) en collaboration avec 4Say et Mido.

Membre du collectif Profit Boys, le rappeur Ryder dévoile son flow indolent sur In This Bitch.

Le vétéran Day V Keb (ex-Complys) s’adapte avec adresse à la tendance trap actuelle.

Le duo Vieux chums de brosse arpente une production cloud rap, tirée du EP OUÉMAI paru dernièrement.

Nawfal se livre avec authenticité sur Lorelei, un premier projet propulsé par le troisième extrait Elixir.

Le Montréalo-Parisien Simia dégaine son flow avec assurance sur Tchala, produite par Yaska.

Le jeune et doué Khaleem livre Worry.

Un quatrième single pour Dunnï depuis son retour remarqué au tout début de l’année.

Al Right fait état de son évolution musicale sur Agora, nouvel EP dévoilé en écoute exclusive sur notre site.

Kris the $pirit (de The Posterz) y va d’un freestyle convaincant.

Avec son débit vigoureux, Speng Squire montre qu’il est l’une des révélations les plus probantes de la scène hip-hop montréalaise.

Waahli se joint à Taliwah (sa collègue de Nomadic Massive) sur cette pièce aux influences est-européennes.

Le producteur soul rap Nicholas Craven offre plusieurs remix de Conway, rappeur de Buffalo.

Le producteur Sambé (du septuor jazzy rap O.G.B) flirte avec le R&B sur cette pièce collaborative avec la chanteuse K8A.

Rod le Stod fait équipe avec le producteur Farfadet sur ce deuxième extrait d’un album à venir prochainement.

3 shows à voir //

Confidential :  »Es Muss Sein! »

Cette nouvelle soirée présentera une édition test ce jeudi avec la beatmaker et artiste visuelle Kamsologie, le DJ et animateur radio DJ White Socks ainsi que le DJ Key Watch.

VV Taverna (Montréal), 3 mai (21h)

Loud

Après avoir fait un tabac en France, le phénomène de l’heure sur la scène rap québécoise, Loud, offrira un autre spectacle à guichets fermés, cette fois à Trois-Rivières. Il sera accompagné par le rappeur trifluvien Pat K7.

Amphithéâtre Cogeco (Trois-Rivières), 4 mai (21h)

Sam Faye et D-Track

Un an après la sortie de son projet collaboratif Stéréo, acclamé de part et d’autre, le duo d’origine gatinoise Sam Faye et D-Track se rend dans sa province voisine avec DJ Eazy El Dee, natif d’Aylmer.

Kinki Lounge Kitchen (Ottawa), 4 mai (21h)

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