Rap local : 4Say, l'espoir fait vivre
Rap local

Rap local : 4Say, l’espoir fait vivre

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Quelques mois après avoir fait paraître Terres-Minées, son offre la plus pop à ce jour, 4Say s’apprête à fouler les planches de L’Olympia de Montréal pour un spectacle court mais «très bien rodé et préparé».

Après avoir assuré la première partie de rappeurs français de renom comme La Fouine, Booba et Rohff, le Montréalais en fera de même ce samedi avec Maître Gims, populaire rappeur franco-congolais issu du groupe Sexion d’Assaut. «C’est un artiste que j’affectionne beaucoup, je suis sa carrière de très près», dit l’artiste qui jouera une dizaine de minutes en compagnie de DJ Arabika et du guitariste CAPI. «Mon but sur scène, c’est vraiment de donner une belle image de la scène montréalaise. Je sais que le public n’est pas là pour moi et, en quelque sorte, je dois faire mes preuves. Je vais vraiment chauffer la scène comme jamais avec un set préparé à la seconde près. Surtout, je ne vais pas faire l’erreur de faire monter tout le quartier sur scène avec moi!»

Passé maître dans l’art des premières parties, 4Say a l’habitude de conquérir les foules de toutes sortes, des plus enthousiastes aux plus nonchalantes. Heureux des opportunités qu’il a eues dans les dernières années, il admet qu’il aimerait avoir plus d’occasions de se produire en tête d’affiche, comme c’était le cas au Festival du monde arabe l’an dernier. «La scène pour moi, c’est plus important que le studio. C’est là où je me sens pleinement épanoui. Oui, ça me manque… mais je suis optimiste et je sais que ça va finir par débloquer. Comme d’habitude, l’espoir fait vivre.»

Roulant sa bosse depuis un peu plus de 10 ans en solo, 4Say a fait ses premières armes sur la scène rap montréalaise aux côtés de Manu Militari, qu’il a accompagné sur scène partout au Québec lors de sa percée fulgurante en 2006. Fort de cette expérience scénique, il a fait paraître Dire tout haute ce que les gens pensent tout bas en 2007 puis Uranium, qui a obtenu un certain succès d’estime à sa sortie en 2009. Après avoir rappliqué avec Sans frontières en 2012, le Marocain d’origine a pris une pause bénéfique de cinq ans, sans pour autant laisser de côté la musique. «La famille s’est agrandie et j’ai commencé à donner des ateliers de rap dans mon quartier, d’abord à la maison des jeunes de Bordeaux-Cartierville. Ensuite, il y a un intervenant jeunesse qui m’a engagé pendant un an et demi pour faire la même chose deux fois par semaine à Ahuntsic. Ça m’a permis de voir ce que je pouvais faire à part rapper. Ça a été très formateur.»

Sans complètement renouveler sa façon de voir le rap, cette période d’accalmie créative l’a poussé à ouvrir ses horizons. Entièrement produit par Babz Wayne, Terres-Minées contient son lot d’influences pop, R&B et world. «Ça fait longtemps que je fais des refrains ou des bridges chantés, et là, je voulais vraiment mettre l’accent là-dessus, car cette tendance est forte dans le rap actuellement. J’avais envie de quelque chose de plus léger, autant dans la musique que dans les textes. Au lieu de me prendre la tête avec des sujets trop lourds, je parle d’accomplissement, de réalisation. Ça aussi, ça fait partie de nos sociétés, et c’est important d’en parler au lieu de constamment se victimiser.»

Longtemps considéré comme un rappeur conscient, 4Say désire donc casser l’image qu’une certaine partie du public rap montréalais s’est fait de lui. «Je veux m’échapper de l’étiquette du militant. J’ai beaucoup de choses à dire sur le gouvernement, mais je préfère garder ça entre potes, car je ne sens pas que j’ai la crédibilité pour en parler. C’est pas comme si j’avais fait des études en sciences politiques par exemple. En ce moment, ce qui m’apaise, c’est la musique pop urbaine, plus grand public. Je veux profiter de la vie plutôt que marteler des messages.»

Mais on ne chasse pas aussi facilement le naturel. Sur cet «album de transition», des chansons comme La tête haute ou Partir (histoire d’un migrant) rappelle le 4Say du tournant des années 2010. «Je reste un storyteller et je ne peux pas m’empêcher de prendre position à certains moments. Les migrants, c’est un sujet qui me touche et, vu que je ne vais pas dans les manifs et que je n’envoie pas d’argent à des organismes, la seule façon que j’ai de m’exprimer, c’est à travers la musique.»

Prochainement, 4Say fera paraître deux projets : un album avec son collectif B.A.P. et un EP solo intitulé Héritier. Mais avant, place au ressourcement. «La période du ramadan s’en vient, et ça va me permettre de faire le vide. Pendant un mois, je reste en famille et je ne fais pas de musique. Après ça, je repars plus fort.»

En spectacle avec Maître Gims, Salimo et Bebe – L’Olympia (Montréal), 6 mai (19h)

Nouveautés d’envergure //

La rappeuse Sarahmée s’en tire plutôt bien sur cette trame moombahton énergique à souhait, à laquelle se joint également TenAM.

Accompagné de Jam, le maître rap KNLO présente un clip pour Mai, l’une des plus accrocheuses chansons de son album Long jeu paru à l’automne 2016.

Originaire de Notre-Dame-de-Grâce, le méconnu mais très talentueux producteur Pro-V nous convie à un voyage de métro sonore, en partance de son patelin jusqu’au centre-ville.

Le producteur et multi-instrumentiste jazzy rap Téhu donne un aperçu de son prochain projet à venir en juin prochain.

Le duo d’origine gatinoise Sam Faye et D-Track offre un clip pour l’une des meilleures chansons de son album Stéréo, paru l’an dernier.

Entité indissociable de l’Office du rap québécois, le collectif Le club des hashischins varie les ambiances et les concepts avec satire et absurdité sur Le sens de la vie, deuxième projet en carrière.

Doni Na Ma joue avec les codes de la ballade trap sur Don’t Like Me.

Le duo montréalais DawaMafia pose sur une production trap sombre et bien ficelée.

Teflon Blaze dévoile son flow et son penchant pour les basses distorsionnées dans ce clip tourné au Marché Central.

Le Montréalais GO$U lance la pesante Logic.

En collaboration avec son fidèle producteur Drilla, la révélation KGoon y va d’un flow flegmatique et souple sur Sabotage.

Sans Pression aborde la délinquance sur cette nouvelle ballade rap.

3 shows à voir //

Westside Ride 3

Les DJS Dr. MaD et Asma participeront à ce barbecue festif à la trame musicale vigoureuse mélangeant rap west coast, R&B et g-funk.

Maison2109 (Montréal), 5 mai (20h)

Planet Giza & Dr. MaD

Le très occupé Dr. MaD sera également de la partie vendredi prochain au Newspeak dans le cadre d’un programme mettant en vedette le trio montréalo-gatinois Planet Giza, l’un des plus doués de la relève hip-hop locale.

Newspeak (Montréal), 11 mai (22h)

Les Francouvertes : finale de la 22e édition

La finale de ce prestigieux concours de musique francophone propose une compétition aussi intéressante qu’intrigante entre la chanteuse folk pop Lou-Adriane Cassidy, le duo punk Crabe et le sextuor rap LaF.

Club Soda (Montréal), 7 mai (19h30)

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