Rap local : Téhu, éternel outsider
Rap local

Rap local : Téhu, éternel outsider

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Avec EP Boulevard vol.2, le producteur Téhu va au-delà du hip-hop pour étayer une signature jazz bien à lui.

À cet égard, le Montréalais s’attelle à remanier la ligne directrice qu’il avait initiée sur son premier album EP Boulevard – EP désignant «Electric Piano» et non «mini-album».

«Je voulais que ce soit dans la même continuité, quelque chose de très jazz et groovy. J’avais plus d’instruments à ma portée, donc je me suis permis d’explorer des accords de piano. J’ai aussi essayé de faire sonner mes instruments de la façon la plus bizarre possible.»

Si les rythmiques syncopées sont souvent en vedette sur cet album, ce qui le rapproche d’un album de hip-hop expérimental, d’autres ambiances contemplatives ouvrent d’autres perspectives à la musique de Téhu. C’est le cas de Sounds and People : «Je me suis donné le défi d’utiliser mon piano acoustique et de l’enregistrer avec un micro. Ça donne une toune de piano plus expérimentale avec des moments vedges et des moments forts. Je suis un gros fan du Radiohead du début des années 2000 donc j’avais envie d’aller chercher une saveur similaire avec des touches ambient.»

Autre changement notable sur cet opus : la présence de nombreux collaborateurs qui viennent dynamiser l’écoute. En vedette sur trois chansons, Léonie Gray amène une couleur soul à l’ensemble. «Elle m’avait écrit il y a deux ans pour me dire qu’elle avait bien aimé mon spectacle, donc j’ai pensé à elle dès que j’ai eu envie d’avoir du chant sur ma musique. C’était important pour moi que ce ne soit pas une chanson conventionnelle avec une voix de A à Z. Je trouve ça cool de surprendre l’auditeur avec une structure atypique.»

Sur Peaks, Téhu rend hommage à ses racines hip-hop en faisant appel à de multiples DJs talentueux (Killa Jewel, Pete Burn, Famelik, Jon Rist, Noyl, Robo Duhl, Tremblix MD), qui viennent montrer leurs aptitudes derrière les platines chacun leur tour. «C’est une bulle au cerveau que j’ai eue. Je trouvais ça cool de rassembler certains des meilleurs DJs que je connaisse pour faire des scratches sur des beats groovy syncopés, ce qui est vraiment pas le beat typique pour ce genre de choses.»

Prévue pour le début de l’année, la sortie d’EP Boulevard vol. 2 a été retardée en raison de l’horaire surchargé de son créateur, qui a dû accélérer le processus de printemps. En collaboration avec le rappeur Helmé, son collègue de Dézuets d’Plingrés, Sans les mots a été la dernière à être enregistrée. «J’étais épuisé ben raide. Ça faisait un moment que je travaillais huit heures par jour et que je passais cinq heures en studio après. Ça se ressent un peu dans cette toune-là, qui a beaucoup moins d’effets sonores. Elle est un peu plus minimaliste.»

Dans son studio, le musicien a 14 pianos et synthétiseurs à sa portée. Sur scène, il se contente toutefois d’une machine MPC, d’un synthé pour les basses, d’un contrôleur MIDI, d’un contrôleur pour le piano électrique, d’un synthétiseur monophonique, d’un contrôleur MIDI pour les effets, d’un synthétiseur monophonique pour les basses et, plus souvent qu’autrement, de son allié Hugo Lamontagne au saxophone. «Sérieusement, je me fais tout le temps regarder croche quand j’arrive dans un évènement hip-hop avec mes trois valises», admet-il, en riant.

Dans un milieu hip-hop montréalais où les producteurs se contentent du minimum (lire : un ordinateur portable), l’offre de Téhu a de quoi surprendre. S’il avoue que sa passion pour les pianos et les synthétiseurs «frôle la folie», il se dit plutôt fier de réussir à tirer son épingle du jeu face à ses compères en proposant une formule organique, en grande partie improvisée. «Je suis un peu un outsider, c’est vrai. Je suis à l’aise dans mon trip de groove avec mes beats syncopés et mes ambiances jazz ou funky. Je fais la musique je feel, sans trop me poser de questions.»

Reste qu’à l’heure actuelle, le producteur n’a jamais été aussi bien entouré. Membre du collectif franco-québécois Tour de manège, qui a sa résidence bimensuelle à la Maison2109, Téhu bénéficie d’un public plus vaste et d’une équipe de mélomanes solidaires. «C’est un collectif qui me permet de me faire entendre chez les plus jeunes et qui, surtout, reste très ouvert à ce que je fais, même si je ne comprenais pas trop pourquoi ils m’avaient recruté au départ. C’est grâce à eux que je suis maintenant aussi à l’aise sur scène.»

Lancement EP Boulevard vol.2 – Ausgang Plaza (Montréal), 28 juin (17h)

Nouveautés d’envergure //

Quelques semaines à peine après avoir fouetter la scène rap québécoise avec une première mixtape collaborative, les rappeurs Tizzo et Shreez remettent ça avec un autre projet aux lueurs trap aussi incisives. L’extrait/clip Pour un chèque donne un aperçu significatif du style.

Yes Mccan présente le premier extrait de OUI (tout, tout, tout, toutttte), son premier album solo à venir le 31 août prochain. La pièce met en vedette Ogee Rodman (son ancien collègue de Dead Obies) et le duo belge Caballero & JeanJass.

Nate Husser y va d’un EP de remix et de freestyles.

Venant tout juste de remplir le Club Soda avec son collectif 5sang14, le rappeur MB propose une première chanson de son EP attendu Sourire Kabyle.

Les Anticipateurs arpentent une production cloud rap impeccable signée Dave Luxe sur Bateaux colombiens.

Freddy Gruesum livre un pastiche juvénile d’un classique de Céline Dion.

Le rappeur montréalais Seven LC présente un deuxième clip en carrière.

Révélé au sein du collectif Profitboys, le rappeur Ryder se dévoile en solo sur Argentina.

Nouvelle venue sur la scène rap montréalaise, Sabii Tinks fait équipe avec Fesa$hi.

Corops parle de pain sur cette pièce trap produite par nul autre que Tommy Kruise.

Joce y va d’un clip lo-fi pour la pièce-titre de son plus récent EP.

Encore trop sous-estimé, le rappeur DeusGod renoue avec le producteur Austin J sur Do Sum.

Mike Shabb s’allie avec MTLord sur l’hypnotique Rack$, qui bénéficie d’un clip brumeux à souhait de A1 Films.

Lodgicko (des 13 Salopards) y va d’un surprenant banger trap industriel produit par le toujours très inspiré Mike Shabb.

Le producteur DJ Manifest est à la barre de cette chanson qui marque un renouveau dans la carrière de Dialekt, maintenant appelé Chad Game.

Cotola lève le voile sur sa série de pièces instrumentales Narco Bolero, un mélange bien ficelé entre hip-hop et bolero.

Le trio Strange Froots souligne ses quatre années d’existence avec The Wanderer, un clip vivifiant filmé à Montréal et au Sénégal.

La rappeuse et violoniste Kayiri (ex-Bad Nylon) y va d’un rap introspectif aux influences trap sur Cœur cannelle, premier extrait d’un projet solo à venir.

3 shows à voir //

Agua Negra

Le duo latino-québécois Agua Negra composé de Paranoize et Cotola sera de passage au Festival international de jazz de Montréal pour un spectacle extérieur gratuit.

Scène du monde (Montréal), 29 juin (22h)

Eman X Vlooper

Avec un excellent et ingénieux deuxième album en main, le duo Eman X Vlooper poursuit sa tournée des festivals québécois avec un arrêt au FestiVoix.

Scène Marmen (Trois-Rivières), 29 juin (23h)

CMDWN

Le duo américo-canadien CMDWN pourra compter sur la présence très énergique de quatre étoiles montantes de notre scène montréalaise en première partie : Mike Shabb, Naya Ali, Zach Zoya et Nate Husser.

Club Soda (Montréal), 30 juin (21h)

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