Rap local : Tizzo, rentabiliser son vécu
Rap local

Rap local : Tizzo, rentabiliser son vécu

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Accumulant les centaines de milliers de vues et d’écoutes en ligne, le rappeur Tizzo est assurément l’une des sensations de l’heure sur la scène rap montréalaise.

Lancée le 24 juin dernier, sa troisième mixtape Fouette Jean-Baptiste succède à 51tr4p Fr4p50, un autre projet qu’il a fait paraître avec le rappeur Shreez quelques semaines avant. Au tout début de l’année, sa toute première mixtape solo Tu sais vol. 1 lui avait permis d’obtenir un certain engouement de la part du public. «Je veux que les gens se demandent : ‘’comment ça il est actif de même, lui?’’ Si je fais l’erreur de prendre une pause, je sais que plein de gens n’auront pas la chance de me découvrir. Je veux constamment attirer l’attention», explique le rappeur, à propos de son rythme de travail plutôt impressionnant.

Créées dans les règles du trap moderne, ces trois parutions se démarquent par leur esthétique sombre et leurs thématiques crues. Armé de son flow fougueux et incisif, Tizzo y évoque des épisodes troubles de sa vie sans prendre de détour, abordant notamment des activités illicites comme la vente de drogues. «C’est dans ce milieu-là que j’ai grandi. Je fais juste parler de ce que je vois, de ce que j’ai vu.»

Au centre de la plupart des thèmes abordés par Tizzo : l’argent, symbole de réussite sociale brandi de façon catégorique. Même s’il se dit conscient de la portée de ses propos, le Montréalais veut surtout se plier aux modes actuelles du rap américain. «L’argent, c’est pas nécessairement le thème qui m’inspire le plus, mais je sais que le monde aime ça. Je veux que les gens consomment ce que je fais, alors je dois les satisfaire un peu.»

À travers ses textes, le rappeur proclame sa supériorité face à la concurrence dans la pure tradition du brag rap. Mitraillée ici et là dans ses chansons, l’expression «fouette» témoigne de ces coups lyriques qu’il assène à ses compères de la scène rap.  «À la base, on peut comprendre d’où l’expression sort, mais avec le temps, elle a pris une dimension plus large. Maintenant, ‘’fouette‘’, c’est vraiment rendu un mouvement. Quand je rappe, je fouette, mais quand la fille va travailler à la pharmacie de 9 à 5, elle fouette aussi. Même chose pour la personne qui va au cégep ou qui hustle.»

Et ce n’est pas d’hier que Tizzo «fouette» la métropole avec son rap. Natif du quartier Ahuntsic, il a commencé la musique au milieu des années 2000. «Au début, je rappais en anglais, c’était juste pour le fun. Il y avait un petit studio dans le HLM où j’habitais, une initiative communautaire qui nous avait donné le budget pour se construire un studio dans un appartement. Mes amis et moi, on enregistrait des chansons, sans avoir de plan pour les sortir. On faisait vraiment de la musique pour nous.»

En pleine adolescence, le rappeur déménage à Laval et rencontre plusieurs nouveaux amis (dont Shreez), avec qui il commence à rapper en français. «On avait loué une salle et un booth, et on s’était acheté de l’équipement. On a vraiment fait plein de beats et, avec du recul, je suis content de rien avoir sorti à ce moment, car l’industrie était moins rentable que maintenant. Pour pas te mentir, ça me permet aussi de faire du recyclage et de reprendre des lines de cette époque.»

En avril 2013, la chanson J’suis gris (en collaboration avec Rayray) est la première parution officielle de Tizzo sur internet. Un an et demi plus tard, le clip d’Ignorant aux côtés de Rwo (alias «le trappeur québécois») enflamme la toile et devient la première chanson du rappeur à faire du bruit sur la scène. «Ça m’a permis de me faire découvrir, mais encore là, c’était pas rentable. À cette époque, les jeunes écoutaient tous de la musique en anglais, ce qui est très différent d’aujourd’hui.»

Le succès du rappeur est toutefois de courte durée, car ses démêlés avec la justice l’amènent derrière les barreaux en 2015. «Je me suis fait arrêter en 2012, et on m’a libéré après deux mois en m’obligeant à respecter des conditions», révèle le rappeur, refusant toutefois de donner des détails sur les raisons de son emprisonnement. «En 2013, je me suis fait arrêter pour avoir brisé certaines de ces conditions, et je suis sorti l’année suivante, mais j’avais le devoir de rester chez moi 24 heures sur 24 pendant deux ans. Finalement, j’ai toughé un an, et on m’a ramené en prison en 2015 pour terminer le sursis. C’est là que j’ai rencontré l’un de mes producers, Zombie…. J’essaie de voir le bon côté des choses à travers tout ce négatif.»

À sa sortie de prison, le rappeur ne perd pas de temps et reprend contact avec certains de ses amis beatmakers (notamment Diceplay) pour enregistrer de nouvelles chansons. Sans avoir été publiée sur une quelconque plateforme d’écoute en continu, sa chanson Comment faire se fraie un chemin dans les boites courriels de ses amis et, éventuellement, dans celles de purs inconnus. «À l’été 2017, y’a un ami qui est venu me voir pour me demander de faire un event dans un club du centre-ville. Il voulait me donner 500$ pour que je vienne à la soirée et que je chante cette chanson-là. En fait, il m’a dit que je n’aurais même pas besoin de chanter la chanson, car tout le monde la connaissait… Pour moi, c’était improbable, car j’avais seulement envoyé la chanson par courriel et sur Dropbox à des amis ou des amis d’amis, mais elle s’était partagée dans les écoles. Bref, je suis allé la soirée et, dès le début de la chanson, j’ai donné le micro à la foule. Les gens ont réellement commencé à chanter la chanson comme s’ils l’avaient écrite! Ça, ça m’a ouvert les yeux.»

Fin 2017, Tizzo se met donc à écrire les chansons qui formeront Tu sais vol. 1. Le succès relatif de cette mixtape lui confirme qu’il a fait le bon choix. «À la place de faire ce que je faisais auparavant, je fais mon argent avec la musique. Mes parents sont contents, car je réussis à faire ce que j’aime dans la vie. La majorité de mes revenus viennent du streaming. J’ai environ 1,5 million d’écoutes sur Spotify et Apple Music depuis le début de l’année, ce qui me donne environ 10 000$ américains.»

Le principal intéressé ne compte pas ralentir la cadence prochainement. Impulsive, son approche créative lui permet de miser à la fois sur la quantité et la qualité. «J’ai cinq producers qui m’appuient. On chill chez moi, ils font le beat live et, moi, je vais au studio pour écrire. Je m’achète une bouteille d’alcool et je passe une heure à enregistrer. Je me casse pas la tête.»

En spectacle avec Demon DOA, Young Snag, Sans Pression et bien d’autres – Carifiesta de Montréal, 7 juillet

Nouveautés d’envergure //

L’inventif DJ et producteur Dr. Mad revient en force avec shaplau., une beat tape riche en trouvailles créée en à peine 48 heures.

Producteur et rappeur au sein de L’amalgame, Catboot témoigne de toute sa créativité sur Le roi Catherine, un EP solo contenant de brillantes collaborations avec FouKi et Vendou, entre autres.

Espoir de premier plan de notre talentueuse scène de producteurs hip-hop, jåmvvis se dévoile enfin avec un premier EP solo : lonely thoughts. On y retrouve notamment Lou Phelps et Husser.

L’ingénieux rappeur et producteur hip-hop expérimental Jei Bandit témoigne de sa féconde vision artistique sur açaí.

Membres du collectif Team XXI, les rappeurs pc, wærry et gk s’unissent sur la pièce emo-trap Until The Sun Dies.

Prince B et Krimo joignent leurs efforts sur Vérifie.

Le Montréalais Hellbound Bishop collabore avec Flawless Gretzky (de l’étiquette Make It Rain Records) sur Truth Be Told.

Flawless Gretzky y va aussi d’une première chanson officielle depuis son exil et son bris de libération conditionnelle.

Trois mois après l’immense succès de son clip Fanny, le rappeur cagoulé YH présente le premier extrait de son album à venir en août prochain.

Farfadet annonce la sortie de son 4e album solo prévu pour la fin de l’été avec Ce n’est qu’un au revoir, une première chanson qui parait sous sa toute nouvelle étiquette Deux Monts.

La rappeuse Kayiri présente son premier projet solo.

D-Track souligne la tumultueuse période du déménagement avec une chanson humoristique à propos des punaises de lit.

Évolution notable pour Moutarde Baseball, rappeur aux textes ludiques qui profite ici de l’apport de Jake PST (de Ragers) à la production et au mixage.

Dorénavant signé sous Indica Records, l’Acadien d’adoption montréalaise Jacobus (fka Jacques Jacobus de Radio Radio) y va d’une nouvelle chanson électro-rap.

3 shows à voir //

Festival musical indépendant Diapason

En plus de proposer une toute nouvelle formule axée sur l’implantation d’un camping urbain sur le bord de la rivière des Mille-Îles, le festival lavallois Diapason présente une soirée hip-hop ce vendredi avec FouKi, Rymz et La Carabine.

Berge des baigneurs (Laval), 6 juillet (19h)

La Noce de coton

Grosse soirée hip-hop à prévoir également ce vendredi à Saguenay dans le cadre de la deuxième édition de La Noce. Cette fois, Loud, Alaclair Ensemble et Random Recipe défileront à la zone portuaire.

Zone portuaire (Saguenay), 6 juillet (18h)

Random Recipe’s Block Party

Le trio Random Recipe mettra l’accent sur la richesse du rap québécois au féminin lors de son spectacle au Festival international de jazz de Montréal. À ses côtés défileront Naya Ali, Sarahmée, Giselle Numba One, Marie-Gold, Jenny Salgado et bien d’autres.

Club Soda (Montréal), 4 juillet (21h)

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