Rap local : LaF, récits honnêtes
Rap local

Rap local : LaF, récits honnêtes

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

À peine remis de leur victoire aux Francouvertes du printemps dernier, les six camarades de LaF donnent une impulsion plus fluide et organique à leur proposition musicale avec Hôtel délices, un EP créé en huis clos à l’extérieur de Montréal.

«On avait besoin de s’isoler», explique Bkay, l’un des trois rappeurs de la formation, à propos de la création de cet album qui s’est déroulée dans la maison familiale et dans le chalet paternel de Mantisse sur la Rive-Nord. «À Montréal, il y a tout le temps un des boys qui avait de quoi à faire : aller à la job, rejoindre sa blonde… On n’était pas capables d’être sur la même longueur d’ondes, de bâtir de quoi de commun en même temps. Là, on a pris le temps de se réunir les six durant trois stretchs de 4 ou 5 jours. On a créé comme des fous, tous dans la même pièce.»

Cette démarche collaborative a donné lieu à davantage d’explorations de part et d’autre. Au lieu de composer chacun de leur côté, les trois producteurs BLVDR, Bnjmn.lloyd et Oclaz ont uni leurs efforts et leur talent sur la plupart des sept nouvelles pièces, menées par des mélodies texturées et vaporeuses empreintes d’influences jazz, soul et house. «Les gars se sont relancé la balle plus que jamais. Ça donne un produit plus fini, plus peaufiné», poursuit Bkay.  «Ensuite, Bnjmn a joué un rôle très particulier en mettant la touche finale à toutes les chansons. C’est lui qui fait que la patente se tient musicalement. Il étudie en électroacoustique, et ça s’entend qu’il est sur un autre level.»

Mantisse a quant à lui contribué à donner une dimension plus organique à ce mini-album. Avec sa guitare, il a joué des parties mélodiques spontanées, que les trois producteurs ont ensuite réarrangées. «On a trouvé ce filon-là, beaucoup plus intuitif, qu’on compte remettre de l’avant pour nos prochains projets», prévoit le chanteur et rappeur. «Ça donne une composition beaucoup plus collaborative, qui témoigne de la chimie entre nos six cerveaux.»

Bref, les forces de LaF se complètent : la voix mélodique de Mantisse se mêle avec dynamisme au flow plus mordant de Bkay et à celui plus posé de Jah Maaz. «On a réussi à se comprendre, à se découvrir avec cet EP-là. C’est clair qu’on assume plus que jamais nos forces et nos couleurs», observe Bkay.

Ensemble, les trois emcees livrent un portrait nuancé et équilibré de leur amitié, de leur parcours et de leur récente ascension sur la scène rap québécoise. Espace de calme et de repos, cet Hôtel délices symbolise la halte et le recul que prennent les six camarades avant la grande route vers leur prochain album, qui verra le jour en 2019. «C’est un rap assez auto-référentiel, un peu comme une cure personnelle. On parle beaucoup des liens qu’on a entre nous, de nos ambitions. Bref, il y a un certain optimisme qu’on met de l’avant. C’est assez honnête comme récit», résume Mantisse.

«Mais on ne vend pas du rêve non plus. On est conscient des défis qui nous attendent», poursuit Bkay. «Quand on faisait du rap à 15 ans, on le faisait surtout parce qu’on fumait des bats entre chums et qu’on avait envie de freestyler. Maintenant que tout ça a pris de l’ampleur, on réfléchit plus consciemment à ce qu’on dit, à notre musique.»

Entrée en matière de cet EP, Drapeaux témoigne de ce regard bien avisé d’un groupe ambitieux qui, malgré tout, ne peut s’empêcher de constater que «c’est la merde autour du globe». «Oui, ce projet-là nous drive, mais c’est certain qu’au-delà de ça, la vie est pas rose. En quelque sorte, on sait qu’on est des privilégiés», admet Bkay.

Formé en 2014 au cégep Saint-Laurent, alors qu’il évoluait sous le nom de LaFamille MTL, LaF mise depuis ses débuts sur un rap honnête, en phase avec l’attitude très humble de ses membres. Respectivement parus en 2016 et 2017, son premier album Monsieur-Madame et son EP Jello, tous deux salués par la critique et joués abondamment sur les ondes des radios universitaires montréalaises, lui ont permis d’acquérir un bagage de scène suffisant pour tirer son épingle du jeu lors de la plus récente édition des Francouvertes. «Y’a rien de plus self-conscious que de jouer dans un contexte de concours comme ça. Oui, c’était stressant, alors on s’est préparés comme jamais. On a pris ça au sérieux», indique Mantisse.

Trois mois après ce sacre (le premier pour un artiste rap depuis Loco Locass en 2000), Hôtel délices arrive à point. «On travaillait déjà sur quelque chose, mais on savait pas la forme que ça prendrait. Quand le vent a tourné en notre faveur, fallait réagir et revenir en force avec du matériel de qualité», poursuit le rappeur.

«C’est surtout symbolique de gagner les Francouvertes», analyse Bkay. «Oui, ça nous a donné plein de cartes à jouer plus rapidement et ça nous a ouvert des portes, mais on n’est pas rendus des superstars, comme bien du monde de notre entourage semble le croire. Ça donne confiance au projet, mais mon avis là-dessus, c’est que c’est une victoire qui s’inscrit dans quelque chose de plus gros que nous, soit la percée du hip-hop dans le mainstream au Québec. Que ce soit la réussite de Loud, les victoires d’Alaclair Ensemble à l’ADISQ, le booking très hip-hop des Francos et, maintenant, notre victoire aux Francouvertes, ça fait juste montrer que l’ouverture est plus grande pour le rap au Québec. C’est le mouvement qui réalise des victoires, pas nous.»

Lancement du EP Hôtel Délices – Le Ministère (Montréal), 21 septembre (21h)

Nouveautés d’envergure //

Le duo électro Beat Market se joint à l’éminent KNLO sur Chaude chaleur, un hit estival tardif mais très accrocheur.

Jay Scøtt lève le voile sur son nouvel EP solo qui, une fois de plus, confirme sa place au sommet des rappeurs et producteurs les plus talentueux de la relève.

Après la vive introspection Éléphant, Koriass donne un deuxième aperçu de son cinquième album solo La nuit des longs couteaux, à paraître le 14 septembre.

Avec ce troisième extrait, Yes Mccan dévoile la facette plus pop de son premier album solo OUI (tout, tout, touttte), dont la sortie est prévue pour le 31 août sous Make It Rain Records.

Souldia frappe un grand coup en collaborant avec l’un des rappeurs français les plus populaires des années 2000, Sinik.

JT Soul et Jei Bandit, deux des révélations les plus marquantes de la scène rap anglo-montréalaise, s’unissent sur Perplexed.

Le prolifique réalisateur Kevin Shayne remet ça avec un autre clip de Tizzo en compagnie de ses fidèles alliés Shreez et Soft.

L’aventure Save Yours maintenant derrière lui, Mitch Donovan se repositionne avec un rap introspectif à l’autodérision rafraîchissante.

Teddy The Beer met en images la chanson Hentai de son plus récent projet Dans ma brume sorti à la fin 2017. Tourné à Tokyo et Kyoto, le clip présente également une nouvelle pièce, Gundam Spicy Chicken Wings.

La plateforme Unknown lance une série de capsules vidéos avec un premier épisode mettant en vedette Kevin Na$h, jeune sensation rap qui prouve une fois de plus l’étendue de son talent.

Thug One livre un flow détendu et habile sur D’où jviens [sic].

Épaulé par l’excellent mixeur et ingénieur sonore Roberto Viglione, les rappeurs MC Pat et Karyke posent avec adresse sur la production trap de EURO$.

Toast Dawg reprend du service en solo avec cette admirable composition instrumentale.

L’inclassable MusoNi revient avec une suite de productions hip-hop lo-fi déconstruites, comme seul lui en a le secret.

À l’image de ses compères FouKi et L’amalgame, Richman (des 13 Salopards) s’aventure lui aussi sur un terrain rap organique à la guitare chaleureuse.

Les deux complices illchoc et Genie Midas livrent un EP à la facture boom bap assumée.

Le beatmaker montréalais mack lance un premier album instrumental à l’esthétique expérimentale et lo-fi.

Nicholas Craven rend hommage aux Beatles avec cet EP instrumental.

3 shows à voir //

Les Anticipateurs

Les enfants terribles du rap québécois Les Anticipateurs repartent en tournée panquébécoise et se paient le Club Soda.

Club Soda (Montréal), 1er septembre (21h)

Festival MEG Montréal 2018

Pour sa 20e édition, le festival électronique MEG fera notamment place à trois artistes rap de la relève ce vendredi :  Clark’s Bowling Club, JT Soul et Marie-Gold.

Plusieurs endroits à Montréal, du 30 août au 2 septembre

FME 2018

Rendez-vous incontournable du circuit festivalier québécois, le Festival de musique émergente (FME) d’Abitibi-Témiscamingue a mis les bouchées double quant à sa programmation hip-hop cette année, alors que se relaieront Loud, Rymz, Obia le chef, Yes Mccan, Zach Zoya, Fouki et Random Recipe aux quatre coins de Rouyn-Noranda.

Plusieurs endroits à Rouyn-Noranda, du 30 août au 2 septembre

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