Jérôme 50 : L'ambition du chilleur
Musique

Jérôme 50 : L’ambition du chilleur

L’auteur-compositeur-interprète Jérôme 50 fait de l’indolence son cheval de bataille sur La hiérarchill, un premier album qui fait l’éloge d’une jeunesse volontairement désœuvrée.

Casquette à l’effigie d’une station d’essence, dégaine désinvolte, barbe de trois semaines, Jérôme Charette-Pépin personnifie plutôt bien son alter ego Jérôme 50, idéateur de ce nouveau concept visant, essentiellement, à paralyser la société par l’inaction.

«La hiérarchill, c’est le nouveau système des chilleurs», nous explique le chanteur originaire de Québec quand on le questionne sur ce mot-valise des plus savoureux. «Ça représente l’inaction des jeunes, mais pas d’une façon négative. En fait, j’irais même jusqu’à dire que c’est le prochain mouvement révolutionnaire, la prochaine Révolution tranquille. Ce sont les jeunes qui disent “fuck off” au système et qui font changer les choses en décidant de ne rien câlisser de leurs journées.»

Bref, l’immobilisme comme arsenal pour protester contre les dérives sociales. «C’est surtout un questionnement sur la société, sur le contexte dans lequel on vit. Pourquoi on devrait en faire autant pour si peu?», demande-t-il, critiquant au passage le concept de la job steady.

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photo : Antoine Bordeleau

Appuyés par des compositions folk rock simples et une réalisation efficace de Philippe Brault, les textes de l’artiste de 24 ans traduisent assez fidèlement son agenda politique. Alors que 1234 vante les mérites de fumer un batte et de ne plus penser à rien, Wéke n’Béke raconte le quotidien d’un gars «qui se stone la face avant d’aller à l’école», et Skateboard, celui d’une bande d’amis qui (dixit le texte) «dévale[nt] la côte assis sur [leurs] skateboards, ben gelés sur le mush pis d’autres drogues qui rendent le trip full plus chill».

Inspirée d’un été qu’il a passé à Rouyn-Noranda, cette dernière chanson porte en elle un deuxième degré un peu plus poussé que sa trame narrative. «Quand je suis arrivé à Rouyn, j’avais pas d’amis, donc j’ai joué à Call of Duty pendant deux semaines… comme si j’étais redevenu un ado. C’était ça, mon trip de mush! J’étais ben gelé sur ce jeu-là pendant deux semaines», raconte-t-il, avant d’élargir sa réflexion. «En ce moment, notre ère est complètement centrée autour des télécommunications. On est tellement toujours sur nos ordis ou nos téléphones que ça devient une drogue. Mon objectif avec cette toune-là, c’était de faire une analogie avec la technologie. C’est elle qui nous fait halluciner en ce moment.»

Sur Sexe, drogue, ceri$e$ et rock n’roll, une longue pièce envoûtante à la Kurt Vile, Jérôme 50 se fait plus sensible en nous racontant «l’histoire d’un gars qui dort au gaz en sentant le chandail de son ex», partie dans l’Ouest canadien. Encore une fois, l’auteur se permet une grande liberté dans son écriture, allant jusqu’à inventer une multitude d’adverbes comme «phérénomalement» ou «transcanadiennement». «En ce moment, le français québécois est en train de s’approprier non pas juste des mots de l’anglais, mais aussi des processus morphologiques et des patterns de syntaxe de cette langue-là. Je me rappelle d’un discours de Kanye West dans un show où il avait inventé le participe passé «Hilary Clintoned». J’avais trouvé ça vraiment cool de construire un participe passé à partir d’un nom propre et, donc, j’ai voulu me permettre le même genre de choses au niveau linguistique avec des adverbes comme transcanadiennement», explique celui qui, depuis ses études universitaires en linguistique, milite «pour une libération totale de la langue».

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photo : Antoine Bordeleau

Bref, le chilleur autoproclamé n’est pas aussi inactif qu’il semble le laisser croire. Au contraire, le début de son parcours artistique témoigne d’une réelle ardeur au travail: parution d’un EP en 2013, participation aux Francouvertes, au Cabaret Festif! de la relève et au Festival en chanson de Petite-Vallée en 2014, participation aux Chemins d’écriture de Tadoussac l’année suivante, ateliers d’écriture avec Tire le coyote, Nelson Minville et Patrice Michaud au passage… «Ce sont des expériences qui m’ont donné l’occasion de comprendre la game, mais après ça, j’ai eu besoin d’une pause. Je voulais faire un portrait de ma génération et, finalement, ç’a pris quatre ans», dit celui qui, durant ce hiatus, a troqué son vrai nom contre celui de Jérôme 50 – parce que «dans la vie, comme au restaurant, on choisit ce qu’on veut».

Maintenant, ses aspirations sont plus grandes que jamais. «Avec cet album-là, je veux trois choses. D’abord, je veux que les jeunes se libèrent de toute cette mentalité-là de devoir aller à l’école pour se magasiner un diplôme. Ensuite, je veux dire que le peuple “queb”, c’est pas un peuple qui est né pour un petit pain, mais plutôt un grand peuple qui aime les petites choses. Pour moi, le “Queb”, c’est Nancy qui appelle Roger pour dire: “Hey! la douzaine d’œufs est en spécial au Super C, j’en prends-tu deux?” C’est ce genre de message d’amour-là, pas du tout fantasmagorique, dont je fais la promotion dans La hiérarchill […] Enfin, mon troisième objectif, c’est que tout le Québec finisse par chanter mes tounes. Je veux que mes chansons soient comme le drapeau des États-Unis sur la lune. Je veux qu’elles soient une image collective pour le Québec. Ça peut prendre des années, mais c’est ça que je veux», déballe-t-il d’un seul souffle abracadabrant, avant de se rétracter.

«Sais-tu quoi? Oublie ça! La vraie ambition que j’ai, c’est de devenir ministre de l’Éducation. C’est ça, la vraie patente», lance-t-il, en riant. «En fait, c’est ça ou bien maire de la ville de Québec… Mais ministre de l’Éducation, encore plus, car anyway, à Québec, j’suis déjà quasiment le maire.»

La hiérarchill 
(Grosse Boîte)
sortie le 12 octobre

Lancement
à L’Esco
le 10 octobre
à la Maison de la littérature de Québec 
le 11 octobre

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