Rap local : Izzy-S, la longue réflexion
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Rap local : Izzy-S, la longue réflexion

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue // 

Un an et demi après avoir frôlé la mort, Izzy-S s’ouvre comme jamais sur Empire, un percutant premier album en carrière.

Bien en vue sur la scène hip-hop montréalaise, le rappeur de 21 ans a jugé bon se lancer officiellement avec un opus officiel plutôt que de continuer à enchaîner les mixtapes comme il le faisait depuis 2016. «Je savais que les chansons que j’avais en banque étaient de qualité, donc j’étais prêt pour un album. Tout ce qu’il restait à faire, c’était de tout donner pour la promotion, de travailler très fort avec mon équipe. Pour moi, la musique, c’est pas quelque chose de difficile à faire, mais je devais développer davantage mon image.»

Publié à la fin octobre, le premier extrait Empire a contribué à construire cette image, celle d’un jeune artiste entrepreneur au lourd passé, mais à l’ambition increvable. «J’ai fondé mon propre label, j’ai de l’argent légal qui roule / Tu pensais quoi, petit frère? Y’a pas que la rue qui donne des sous», rappe-t-il avec un flow mélodieux.

Saisissante, cette chanson représente bien le parcours du rappeur qui, après avoir sorti son premier clip Dopeboy en 2014, a pris la musique plus au sérieux, d’abord avec les mixtapes SPLR (Sponsorisé Par La Rue) et Bando vol. 1 en 2016 puis, l’an dernier, avec la mémorable L.M.O.L.M. (La Mort Ou La Musique). «Au début, quand je disais que j’étais dans le bando [argot pour ghetto], c’était vrai. Mais, ensuite, je suis passé à l’étape suivante, car j’ai dû choisir entre la musique ou la mort, donc la rue et tout ce qui en découle. Cette fois, j’ai décidé de bâtir un empire. C’est pas une décision que j’ai prise du jour au lendemain, c’est le fruit d’une longue réflexion, qui a été beaucoup influencée par ma famille. Si je n’avais jamais fait ce choix-là, je rapperais probablement encore, mais il n’y aurait pas eu d’évolution dans mes textes.»

Né dans le quartier Saint-Michel au sein d’une grande famille de neuf enfants, Izzy-S parle beaucoup de ses proches sur ce premier album. Sur S’en aller, il évoque d’ailleurs la dualité incompatible entre la vente de stupéfiants et l’amour qu’il porte à sa famille : «Tu veux que je finisse en prison, t’es pas le seul / Ce matin, une perquisition, maman en a très mal au cœur / Alors, c’est pour ça qu’il faut s’en aller / Trop de quantité que j’ai emballé»

«Oui, il y a eu plusieurs perquisitions», confirme-t-il. «À Saint-Michel, il y a plein d’affaires qui se passent et, quand la police pense que tu es un suspect, elle n’hésite pas à venir tout péter chez toi. Ils ont facilement des mandats pour ce genre de choses.»

En entrevue comme dans ses textes, Izzy-S dit les choses franchement, sans passer par quatre chemins. Impassible au micro, il garde toujours son sang-froid, même lorsqu’il aborde des sujets violents. «Je suis quelqu’un de calme dans la vie, mais il a fallu que je travaille fort sur moi pour en arriver là. Dans ma jeunesse, j’ai eu beaucoup de problèmes en raison de mon impulsivité. À un moment donné, ça m’amenait tellement de problèmes, à moi comme à mes proches, que j’ai décidé de changer ça. Je ne pouvais plus me permettre d’agir n’importe comment, de frapper n’importe quand… Maintenant, je ne m’emporte plus pour rien.»

Loin de cultiver des regrets, le Montréalais préfère regarder les horizons que lui ouvre son avenir plutôt que de ressasser le passé. Déjà bien derrière lui, la rafale de balles dont il a été victime en mai 2017 l’a davantage endurci qu’affaibli. «Quand tu vis ce genre vie-là, tu n’as pas le choix d’être prêt à mourir. Bien souvent, les gens qui sont surpris que ce genre de choses leur arrive, ils deviennent des délateurs. Moi, j’ai toujours été conscient de ce que je faisais et je ne regrette rien. J’ai vécu ce que j’avais à vivre et, de toute façon, sans ce vécu-là, je n’aurais jamais pu rapper comme je le fais. Par la bande, j’ai également fait de belles rencontres.»

Dernièrement, les rencontres qu’il a faites ont été de véritables coups de cœur artistiques, notamment les beatmakers Alexdagr8, Alain, Icekrim, Nell P Musicc, Lonik et Ruffsound, qui ont tous participé à cet album. Seuls rappeurs invités sur l’opus, Tizzo et Lost ont également développé une belle complicité avec Izzy-S tout récemment. Ensemble, ils forment le trio le plus acclamé du street rap de la métropole des derniers mois, prouvant hors de tout doute que ce genre de rap moins grand public a bel et bien sa place dans l’industrie musicale de la province. «C’est cette unité-là qui va nous aider, car c’est elle qui rendra le mouvement plus fort. Tout seul, c’est possible d’aller plus vite, mais tous ensemble, on peut s’entraider et aller beaucoup plus loin.»

Nouveautés d’envergure //

Le foisonnant Nicholas Craven conclut une année riche en opportunités et en découvertes sonores avec sept nouveaux projets en autant de jours. Jusqu’à maintenant, on a eu droit à ceux en collaboration avec Vincent Pryce, Mori$$ Regal, Kayiri et Pay$o, tous aussi intéressants les uns que les autres.

Au terme d’une année assez productive, le beatmaker KVNB. y va d’un troisième projet instrumental en 2018 : L O N E R II, dans lequel il réaffirme son amour du jazz et du soul.

Le talentueux et polyvalent JT Soul y va d’une chanson accrocheuse aux fortes influences de jazz et de funk, Not Your Average Love Song, dont le clip a été présenté en exclusivité sur notre site la semaine dernière.

Membre de DelicatesSound, le rappeur John Truth se joint au producteur badmninto sur l’insolite Jean Tabarnak.

Sur un beat assez puissant de Freakey!, le rappeur ignorant le plus emblématique de Montréal, Rowjay, mise sur deux révélations du rap francophone, Jeune Loup et 8Ruki, pour la déstabilisante Geeked Up.

En attendant la sortie de wesh, leur deuxième projet attendu pour janvier prochain, Kirouac et Kodakludo se joignent au très sollicité FouKi sur la planante AIR.

Toujours ouvert aux collaborations, FouKi s’allie également à Clay and Friends sur Undercover, pièce qui donne le ton au prochain album de la formation, intitulé La Musica Popular De Verdun.

Lost lève enfin le voile sur le très attendu Bonhomme pendu (chapitre 3), livrant au passage un clip tourné en France pour Bandito Story.

De retour après une longue pause marqué par un séjour en France, Rwo renoue avec son trap sombre sur Noir, chanson tirée du projet Négativité à paraître prochainement.

Flawless Gretzky rend hommage à son fils sur Zay.

Les Montréalais KGoon et Dawood présentent Don’t Trip.

Un mois après avoir dévoilé la mixtape Mafia, le duo DawaMafia envoie Boom Boom.

Saramée (fka Sarahmée) poursuit ses explorations afrotrap à la française sur Freedom.

La productrice électronique Debbie Tebbs fait appel à Sam Faye et D-Track sur la sympathique Noël monochrome.

Composée de Syme, Suspek-T et St-Saoul, le nouveau trio Lord of the Sexy Dragon lance CPASPOURLESDOUX, un pastiche trap au goût discutable.

3 shows à voir //

Tour De Manège : FromHipToHouse – December edition

Le collectif Tour de manège présente sa dernière résidence mensuelle de l’année.

Maison2109 (Montréal), 27 décembre (22h)

O.G.B & HAWA

Le septuor jazzy rap O.G.B viendra jouer les chansons de son nouvel EP Fruit Jazz avec, en première partie, la chanteuse Hawa.

La Vitrola (Montréal), 21 décembre (20h)

WHITE B (Performance Live) // Général Sherman

Le très populaire White-B ira faire une rare apparition en dehors de l’île de Montréal jeudi prochain.

General Sherman (Blainville), 27 décembre (21h)