Rap local : 1Étranjj, le retour du pionnier
Musique

Rap local : 1Étranjj, le retour du pionnier

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Pionnier du hip-hop en franglais, le vétéran 1Étranjj annonce son retour avec un rare spectacle qu’il donnera ce vendredi à Montréal.

VOIR : Ce spectacle marque un retour sur scène après plusieurs années de silence. Où étais-tu passé durant tout ce temps?

1Étranjj : Après mon album Un vent de nordique en 2007 (paru sous le sobriquet Brown Stastny), j’ai sorti des chansons et des petites mixtapes, notamment Franglish Nite Tape (2014), mais j’ai pas fait vraiment de shows, c’est vrai. Disons que j’ai eu des problèmes personnels, des années vraiment rock’n’roll, mais heureusement, tout va beaucoup mieux maintenant. Il y a quelques années, j’ai également sorti ma marque de vêtements, Metis Flavor, juste après avoir enregistré la chanson Saint-Jean Métis, qui m’a vraiment encouragé à poursuivre mes projets. C’est une chanson qui parle de mes racines, du mélange culturel qui fait partie de ma vie depuis ma naissance, car ma mère est Québécoise et et mon père, Jamaïcain.

[youtube]lasnHA0B6rQ[/youtube]

Est-ce que cette chanson a donné une nouvelle impulsion à ta carrière? Est-ce qu’elle t’a donné envie de sortir un autre album?

Oui! J’ai un album qui s’en vient au printemps, B4 WIDY («Before We Die»). Ça va parler de où je suis rendu dans ma vie, mais aussi de l’être humain en général. De nos jours, j’ai l’impression qu’en tant que citoyen, on vit encore l’esclavagisme. Il faut se réveiller et faire de quoi, car on est vraiment endoctrinés. Il faut reculer d’un pas pour voir ce qui se passe. En même temps, tout n’est pas tout noir ou tout blanc, et je suis également conscient qu’on est gâtés de vivre ici. En quelque sorte, mes textes vont parler de mon évolution personnelle.

Depuis ta participation à Franglais Street Slang, chanson phare du hip-hop québécois parue sur l’album classique 514-50 dans mon réseau de Sans Pression en 1999, tu es considéré à juste titre comme un pionnier du rap en franglais. Es-tu heureux de l’évolution de notre scène rap, qui a largement adopté ton approche?

C’est drôle parce qu’à la base, il n’y avait pas de rap ici. On devait aller chez Woolco acheter nos albums des Beastie Boys et de Run-D.M.C. et, au-delà de ça, c’était mes amis qui avaient de la famille aux États-Unis qui nous ramenaient des VHS, des cassettes. C’est la qu’on a commencé à s’inspirer des States dans notre habillement et notre façon de rapper. Plusieurs années plus tard, je suis très content de réaliser que le franglais est devenu la norme sur notre scène rap. Ça montre que le métissage culturel de la métropole a fait son chemin. La cohabitation entre l’anglais et le français a permis une évolution linguistique vraiment intéressante.

Show Hip Hop 1Étranjj – Rafaelle Bar Salon (Montréal), 22 février (20h45) 

[youtube]FyxOUouQ5HI[/youtube]

La nouvelle de la semaine //

À la tête du Beachclub, Olivier Primeau a dévoilé les couleurs de son nouvel évènement de musique urbaine, Metro Metro, qui prendra place sur l’Esplanade du Parc olympique les 18 et 19 mai. Même si on doute fortement que tous les artistes présents sur l’affiche ci-bas réussiront à se rendre à temps à Montréal (rappelez-vous le désastre de la soirée hip-hop de Santa Teresa l’an dernier), on se doit de reconnaître l’audace et la qualité de la programmation proposée, surtout pour une première édition. On a tout particulièrement hâte d’y voir Cardi B (qui fait jaser plus que jamais depuis sa victoire aux Grammys), Rich The Kid, Juice Wrld, Asap Ferg ainsi que les artistes de la relève rap montréalaise Tizzo, MB, White-B, Lost, O.G.B et Kirouac & Kodakludo.

metro

Le projet de la semaine //

Exceptionnellement, deux projets ont retenu mon attention à parts égales cette semaine, à commencer par l’album le plus médiatisé de l’année jusqu’à maintenant : DEAD. Loin d’être un sommet dans la carrière de Dead Obies, ce troisième opus marque surtout par son homogénéité et sa concision, deux critères qu’a rarement incarnés la formation montréalaise. Plus honnêtes que jamais dans leurs textes, les quatre emcees font preuve de souplesse et de fluidité au micro, misant principalement sur des flows mélodiques et très accrocheurs (notamment sur High, Run Away et Doo Wop). En revanche, le Big 5 autoproclamé perd ici en aplomb et en audace, préférant se plier aux normes radiophoniques et aux standards des listes Spotify plutôt que de s’aventurer dans des zones inédites, comme il l’avait brillamment fait sur Gesamtkunstwerk et, surtout, Montréal $ud. Bref, Dead Obies a délibérément choisi de suivre la parade plutôt que de la mener.

Paru dans l’ombre de DEAD., le premier album du duo Heartstreets mérite qu’on lui donne ses lettres de noblesse. Au croisement du hip-hop et du R&B, Why Make Sense épate surtout par son côté épuré, fruit d’une chimie naturelle entre les voix limpides de Gab Godon et Emma Beko. Au passage, on note la qualité exemplaire des compositions signées Philippe Brault, Ouri, Realmind et Pilou.

La chanson de la semaine //

Loe Pesci revient sous les feux de la rampe avec Gone for a Minute, percutante pièce à l’esthétique old school minimaliste qui donne le ton à l’album Slow Down Papa avec brio. Armé de son flow précis et rigoureux, le Montréalais montre qu’il n’a rien perdu de sa verve.

[youtube]867lWr1ckw4[/youtube]

L’instru de la semaine //

Nicholas Craven poursuit ses explorations hip-hop soul avec assiduité et adresse. Kidnap est l’une de ses meilleures productions des dernières semaines.

Le clip de la semaine //

Sur une impressionnante lancée depuis le début de l’année (voir les clips d'[youtube href= »https://www.youtube.com/watch?v=_ye6xvQQTWc »]Iceberg [/youtube]et [youtube href= »https://www.youtube.com/watch?v=lcr5-_vjgMA »]Dang[/youtube]), La cour des grands renoue avec Lost et Izzy-S sur Partis de rien, un clip tourné en Martinique. Comme d’habitude, le studio montréalais fait preuve d’une réalisation simple et dynamique, dans la pure tradition de l’imagerie hip-hop.

[youtube]uckerjiyLjo[/youtube]

Les spectacles à voir //

Fouki en concert de clôture à La Sainte Paix│#RVQCD

FouKi viendra clôturer les célébrations des Rendez-vous Québec Cinéma de Drummondville ce samedi.

La Sainte Paix (Drummondville), 23 février (21h)

Loop Sessions 25

Comme d’habitude, les beatmakers montréalais seront réunis pour une rencontre de création et de réseautage au 180g dans le cadre des Loop Sessions.

180g (Montréal), 27 février (17h)

Tour De Manège @Maison2109 : FromHipToHouse

Le collectif franco-québécois Tour de manège revient avec sa soirée mensuelle qui propose «un panorama de la culture DJing allant du hip-hop à la house en passant par la funk, le raregroove et autres». GrandHuit et Syde Barrow seront les DJs résidents.

Maison2109 (Montréal), 28 février (22h)

Zach Zoya au Chalet Bell | Montréal en Lumière

La révélation rap d’adoption montréalaise Zach Zoya donnera une prestation gratuite durant le festival Montréal en lumière.

Place des Festivals (Montréal), 23 février (20h)

[youtube]CS5fMKHaqdI[/youtube]