Que le système de santé actuel soit en décrépitude n’est plus un secret de polichinelle. Les urgences débordent, l’attente pour des chirurgies cardiaques, orthopédiques ou de cataractes est toujours aussi insipide. La liste des problèmes qui font la une des médias à répétition est non seulement interminable, et intolérable, mais nous mène après tant d’années à d’inévitables questions: pourquoi la crise dure-t-elle encore? Que devons-nous faire pour sensibiliser la population et le ministre de la Santé pour que des actions concrètes améliorent illico la situation présente?
Lorsque l’on se promène à ce que l’on présume être l’urgence de l’hôpital Notre-Dame, on constate que les civières où reposent des patients en petite tenue occupent non seulement les couloirs avoisinants, mais débordent également dans la salle d’attente. Il est difficile d’imaginer qu’on arrive à respecter la dignité humaine de nos patients lorsque l’on doit examiner ou prodiguer des soins parmi tous ces gens entassés. La médecine de corridor peut vouloir dire donner la bassine, un suppositoire rectal, faire un examen gynécologique, briser la confidentialité médicale, etc. Je crois qu’aucun ministre ne tolérerait que l’on l’examine ses parties intimes à la vue des autres ou que l’information qu’il nous communique sur sa santé soit entendue par tout l’entourage avoisinant. Si ceci n’est pas tolérable pour lui, pourquoi le serait-il pour ses électeurs? En tant que radio-oncologue, j’ai eu des patients qui ont fini leurs jours dans un milieu aussi inapproprié que l’urgence, par faute de lits.
Il a fallu des commissions fédérales et provinciales qui ont coûté des millions de dollars afin de constater que le système de santé était sous-financé! L’État avait fait, quelques années auparavant, des coupures budgétaires, fermé des hôpitaux et permis à des milliers de personnes du réseau de la santé de prendre une retraite anticipée. Plusieurs effets néfastes ont suivi ces décisions qui, au lieu de promouvoir les raisons d’être de notre système public, ont plutôt contribué à diminuer l’accessibilité des soins aux malades, à baisser les standards de pratique et à démotiver les gens oeuvrant dans le domaine médical.
On ne peut plus parler d’une médecine universelle et accessible lorsque les listes d’attente sont interminables. Pour un aperçu de ce que j’avance, prenons par exemple les milliers de patients cancéreux qui attendent des traitements de radiothérapie. En raison du manque de ressources humaines et techniques, les médecins doivent prioriser les cas, faisant passer certains patients avant d’autres; peut-être pour des raisons d’ordre médical, social, d’âge, etc. Pourquoi un jeune patient de 35 ans passerait-il avant quelqu’un qui a 65 ans? Pourquoi un membre de la famille d’un collègue bénéficierait-il d’un traitement de faveur au détriment d’un simple citoyen? Il serait totalement naïf de croire qu’un système à double vitesse n’existe pas déjà.
Le vieillissement de la population, la lourdeur du processus administratif, l’augmentation des coûts des médicaments et des nouvelles technologies ne sont que quelques-uns des facteurs qui font en sorte que le système grugera toujours de plus en plus d’argent. Il est vrai que le gouvernement fédéral doit faire sa part comme aime si bien le dire le Parti Québécois, mais je crois qu’il faut regarder ailleurs. Il faut aller où l’argent se trouve. Il faut demander à ceux qui bénéficient le plus de la situation présente de mettre la main à la pâte. Je parle entre autres des compagnies pharmaceutiques qui s’amusent comme larrons en foire à publier des chiffres d’affaires astronomiques. Pourquoi taxer davantage le simple citoyen alors que le bénéfice net de ces corporations est de l’ordre de milliards de dollars? Ces gens qui ont tellement à cœur notre santé sont peut-être ceux qui sont les plus aptes à influencer le cours actuel des événements.
Ce que le patient vit est de l’ordre du présent et non d’un futur qui semble toujours identique au passé. Être responsable implique entre autres non seulement la capacité de reconnaître les problèmes actuels, mais également une écoute, une sensibilité qui nous permet d’agir de façon intelligente.
Par Phuc Félix Nguyen-Tân, radio-oncologue, Centre hospitalier de l’Université de Montréal, hôpital Notre-Dame