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Shad : la vérité comme arme
Musique

Shad : la vérité comme arme

Figure de proue du hip-hop canadien, Shad s’amène au Québec avec, en poche, un sixième album puissant et révélateur.

Visant à refléter les formes de violence qui régissent notre monde, A Short Story About a War (paru le mois dernier sous Secret City Records) questionne la complexité de l’action humaine dans ses rapports de force, qu’ils soient militaires, économiques, politiques ou sociaux. «On peut appeler ça un album concept, car tout part d’une seule et même réflexion. Il y a des éléments de fiction ici et là, mais en même temps, les parallèles avec notre monde et l’époque que l’on traverse sont très nombreux.»

Adoptant multiples points de vue et personnages tout au long de l’opus, le rappeur torontois de 36 ans ne verse pas dans l’adage simpliste ou unidirectionnel. Le portrait est aussi large que significatif. «Je voulais brosser un tableau de notre monde, de ce qui nous empêche de surmonter notre violence collective. À mon avis, avant même de trouver des solutions ou de l’espoir, il faut faire face à ce problème, le décrire dans son intégralité. Et l’humilité est importante dans le processus. Par exemple, un homme de la classe moyenne comme moi aurait tendance à dire qu’il n’est pas une personne violente. Mais si je vais voir mon compte de banque et que je regarde où mon argent est investi, je me rends compte que je participe aussi à cette violence.»

À la base de cette violence généralisée : la peur de l’autre, une émotion bien souvent irrationnelle que le Kenyan d’origine tente de combattre en étant le plus sincère possible dans ses écrits. «Truth is bulletproof», lance-t-il d’ailleurs sur All I Need, comme si, à elle seule, la vérité avait la possibilité d’évacuer la peur.

«C’est en étant vrai et honnête avec soi-même qu’on peut se désarmer et, en quelque sorte, participer à désarmer la planète face à la peur. C’est cette opinion que je voulais transmettre sur l’album. En fait, c’était la seule chose qui était claire dans mon esprit lorsque j’ai commencé l’écriture. Après, trouver la façon de porter ce message, ça été tout un défi. Je voulais être intense, sans non plus être trop lourd.»

La direction musicale de l’album est à l’image de son propos. Notamment signées par Terence K T Lo, Matthew Johnston, Ricardo Del Mundo, Rich Kidd et Kaytranada, les productions naviguent entre différentes ambiances, arpentant autant des horizons jazzy ou soul placides que d’autres plus pesants ou chaotiques. Au micro, Shad expérimente comme jamais et teste différents flows,  en phase avec les portraits qu’il dépeint. «J’ai essayé différents styles, vitesses, tempos, effets… Après cinq albums, ce concept m’a permis de me réinventer et de me donner un nouveau défi créatif. J’aimais avoir une ligne directrice en tête plutôt que de parler encore de mon histoire et de mes expériences. C’est ce genre de projet avec des objectifs précis qui m’interpelle maintenant.»

À cet égard, son expérience comme animateur de Hip-Hop Evolution, série documentaire qui retrace en détails les origines de la musique hip-hop, lui a donné envie de repousser ses propres limites artistiques. Les nombreuses rencontres qu’il a faites avec des pionniers et des acteurs clés du genre musical l’ont visiblement inspiré dans l’élaboration d’A Short Story About a War. «Je connaissais déjà l’histoire du hip-hop en raison de mes lectures, mais de passer autant de temps sur le terrain, dans le Bronx ou à L.A., ça m’a amené une nouvelle forme d’apprentissage, beaucoup plus concrète et personnelle. Parler à tous ces gens influents m’a aidé à devenir un artiste plus intègre.»

Très populaire et acclamée, cette série de huit épisodes diffusée sur Netflix n’a toutefois pas eu de retombées concrètes sur la carrière musicale de Shad jusqu’à maintenant. «Je reçois beaucoup de messages de gens de partout dans le monde qui me félicitent pour mon travail, mais au-delà de ça, je n’ai pas l’impression d’avoir élargi considérablement mon public. C’est bien normal, car lorsqu’on regarde la série, Netflix ne donne pas beaucoup d’informations sur moi ou ma musique.»

Avec sa nouvelle tournée, Shad consolide son public canadien, déjà très fidèle, tout en continuant sa percée du marché américain. Après avoir donné des spectacles à London, Whitehorse, Brooklyn, Washington, Waterloo, Hamilton, St. Catharines et Philadelphie ce mois-ci, le rappeur et ses trois musiciens poursuivent leur tournée chez nous, avant de repartir vers l’Ouest du continent.

Très occupé jusqu’en février, le Torontois en est déjà à imaginer un nouveau spectacle, entièrement basé autour du récit de son dernier album. «C’est un des nombreux plans que j’aimerais mettre à exécution… Mais bon, je viens d’avoir un bébé, donc ce ne sera pas pour tout de suite.»

Le 23 novembre au Ministère (Montréal) et le 24 novembre à L’Anti (Québec)

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