Rap local : Nicholas Craven, drogué au beatmaking
Musique

Rap local : Nicholas Craven, drogué au beatmaking

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Nicholas Craven met un terme à une année bien remplie avec pas moins de sept projets en sept jours.

«Là, je suis quand même un peu épuisé. Je suis relax sur le couch… Mais même à ça, depuis le début de mes ‘’vacances’’, j’ai quand même travaillé sur 73 nouveaux beats», dévoile le producteur montréalais de 26 ans, rejoint quelques jours après qu’il ait finalisé son marathon de parutions.

Inspiré par le rythme de création de Tha God Fahim, rappeur et producteur américain qui a sorti 70 albums l’an dernier, Craven a connu une année importante dans le développement de sa jeune carrière. En mars dernier, il a choisi de quitter son emploi journalier pour se consacrer à temps plein à la musique. En neuf mois, il a livré 13 projets en collaboration avec différents artistes ainsi que sept beat tapes. «Je vois vraiment ça comme le début d’une business, donc c’est sûr que c’est un struggle vu que c’est ma première année. J’ai pas encore le confort économique que je voudrais, mais ça commence à décoller. Pour vrai, c’est comme une drogue… D’ailleurs, ça va de pair avec le pot, car y’a rien que j’aime plus faire qu’écouter de la musique en fumant du weed», explique celui qui évalue sa collection de beats à 456 (!) pour 2018.

Mélomane aguerri, Craven est probablement le dénicheur d’échantillons le plus efficace de la scène hip-hop locale. Très orientée vers la soul, sa signature a de fortes résonances avec le son de la côte Est américaine, sans toutefois s’en tenir à une esthétique boom bap révolue. Adepte du mantra «less is more», il propose une approche minimaliste, entièrement basée sur la force de l’échantillon trouvé, quitte à parfois le laisser tel qu’il est, sans aucun autre artifice. Pour l’instant, les problèmes légaux que pourrait entraîner cette réappropriation musicale ne l’inquiètent pas. «La grande majorité du temps, je manipule assez la progression mélodique, la clé ou le rythme du sample pour que ce soit legit. J’ai mis plusieurs beats sur Youtube et, jamais, l’algorithme des droits d’auteur a détecté quelque chose. Faut dire aussi que je creuse assez profond dans les musiques éthiopiennes et égyptiennes dernièrement, donc c’est encore plus difficile à repérer. De toute façon, mes beats sont destinés à être vendus à des rappeurs. S’ils font des millions de dollars là-dessus et qu’il y a un problème légal, ça devient leur problème. Moi, je ne fais que vendre une idée créative.»

S’il ne jure maintenant que par le recyclage musical, Craven a d’abord été interpellé par le piano et la guitare, dont il a respectivement appris les rudiments dès l’âge de six et neuf ans. À la fin de son enfance, le multi-instrumentiste natif d’Aylmer jouait d’ailleurs dans un groupe punk, avant de découvrir le hip-hop à l’adolescence par l’entremise du grand frère de son ami. «Avant ça, j’aimais pas vraiment le rap, car tout ce que je connaissais, c’était les trucs populaires comme Candy Shop de 50 Cent. Tout ce que je feelais ou presque, c’était Changes de 2Pac et Stan d’Eminem. Mais, finalement, quand j’ai appris qui étaient MF Doom et Raekwon, j’ai compris que c’était un genre très créatif. J’ai ensuite été initié au logiciel Acid Pro et j’ai commencé à faire des beats boom bap.»

En 2012, son exode vers Montréal l’amène à changer sa signature. Nouvellement adepte du rappeur Roc Marciano, qui incarne alors la venue d’un hip-hop plus brut à New York, Craven trouve un alter-ego musical de choix en Jimmie D, rappeur anglophone du Sud-Ouest de l’île au flow stoïque qu’il rencontre peu après son déménagement. «Quand j’ai entendu Jimmie, j’ai tout de suite su qu’il y avait une affinité entre son flow et celui de Marciano. Avec lui, j’ai donc eu la chance d’expérimenter un nouveau genre, d’approfondir mes recherches sonores. En 2015, j’ai commencé à produire pour d’autres rappeurs locaux comme Misa et je suis parti aux États-Unis. J’ai contacté Conway (rappeur de Buffalo) et, tranquillement, j’ai commencé à me faire un nom.»

Depuis, Craven a travaillé avec un nombre impressionnant de rappeurs américains, dont Mach-Hommy, WESTSIDEGUNN, Planet Asia et deux de ses idoles, Tha God Fahim et Marciano. Ses sept plus récents projets sont toutefois entièrement le fruit de rencontres montréalaises : celles du producteur Vincent Pryce sur la compilation Habitants, de la rappeuse et violoniste Kayiri sur Mi-blanche, des rappeurs Mori$$ Regal, Pay$o et boy6lue sur Forest Green, Ralph Wears Jordan et Blunts & Vegan Food respectivement, de l’animateur de CKUT et vétéran du hip-hop montréalais Widget sur Life Shift et de son fidèle Jimmie D sur l’EP de b-sides Garbage Music for Trust Fund Babies. Ajoutez à ça la sortie du EP Shahnour en collaboration avec D-Track il y a quelques semaines, et vous obtenez un mois de décembre pour le moins chargé.

Fier d’avoir maintenu la cadence, celui qui habite l’ancien appartement du regretté rappeur et harmoniciste Bad News Brown désire maintenant sortir davantage de chez lui pour se produire sur scène. «Je veux arrêter de faire mon ermite. Et pour ça, je dois remercier Kayiri qui me fait sortir de chez nous pour aller voir le monde. C’est l’fun d’avoir quelqu’un d’actif sur la scène qui croit en moi et qui me fait évoluer.»

Nouveautés d’envergure //

Le tandem DJ Manifest/Lowpocus s’attaque au banger Nervous de la Brown Family.

Le beatmaker/ingénieur sonore M-Press Live présente une collaboration entre les acolytes Shreez, Tizzo, $oft, Ice et Baba.

Ti-Kid (de Sans Pression) lance deux nouvelles collaborations : une avec Issa et l’autre avec Kay Bandz.

Doni Na Ma, autoproclamé «l’extraterrestre du rap québécois», présente un clip tourné à la Guadeloupe pour Fais-le, l’une des bonnes chansons de son plus récent projet.

Le duo de Brossard DawaMafia s’allie à Random du collectif 5sang14.

Originaire de Sept-Îles, le rappeur et producteur Amideluxe livre une puissante salve hardcore rap aux contours metal et screamo, -CARNAGE-.

Chrysalis (du collectif Team XXI) continue de creuser son sillon emo trap sur Come Back Home.

Formé de Tzatzik, Le Gaucher et Apparition, le tout nouveau trio Douze Coupé dévoile sa signature trap dépouillée sur ce premier projet.

En attendant son prochain album qui paraîtra en février sous Anette Records, le producteur montréalais Morti Viventear présente le clip de Night Light Medecine.

Fidèle à ses habitudes, l’inclassable Digit : Missile Command y va d’une nouvelle collection de chansons de Noël.

Autre tradition qui revient cette année : la beat tape de Noël orchestrée par MRobin.

3 shows à voir //

Alaclair Ensemble

Alaclair Ensemble terminera une autre année bien chargée avec un spectacle dans son patelin d’origine aux côtés de deux révélations de la capitale, Velozo et Steve Beezy.

L’Anti (Québec), 31 décembre (22h)

NYE avec Walla P & Dr.MaD au Groove Nation

Les indissociables Dr. MaD et Walla P (de l’étiquette Voyage funktastique) feront danser les Montréalais jusqu’aux petites heures du matin ce lundi.

Groove Nation (Montréal), 31 décembre (22h)

Kirouac & Kodakludo

Le rappeur Kirouac et le producteur Kodakludo mettent le cap vers Charlevoix pour un spectacle en prévision de leur nouveau projet collaboratif, attendu dans les premières semaines de 2019.

Tony & Charlo (Baie-Saint-Paul), 5 janvier (22h)

N.B. : La chronique habituelle fera exceptionnellement relâche la semaine prochaine pour laisser place au top 50 des projets de l’année.