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FME 2019 : fallait y aller
Musique

FME 2019 : fallait y aller

Le plaisir était grand à Rouyn-Noranda la fin de semaine dernière, à l’occasion de la 17e édition du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME). Retour en mots et en images sur quatre jours de festivités probantes.

JEUDI

C’est avec un nombre minimal d’heures de sommeil, équivalentes à celles de Benoît Gagnon entre 2004 et 2007 lorsqu’il animait Salut Bonjour! après avoir brossé une partie de la nuit au Radio Lounge, que nous quittons la gare d’autobus de Montréal.

Il est à peu près 6h32 quand on entend les premières discussions ayant comme mots clés «café» et «Bailey’s». Ça peut sembler hâtif pour commencer à trinquer, mais comme le dirait Kaïn dans sa nouvelle chanson ouvrière : Yé midi kek part.

Après un léger 4h27 de route, nous nous arrêtons dans la mythique halte du Domaine, qui coupe à peu près l’interminable parc de la Vérendye en deux. Dans la toilette, ce message nous inspire bonheur et espoir.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

En milieu d’après-midi, nous arrivons au centre musical En sol mineur, bâtiment historique de la ville de Rouyn-Noranda et, accessoirement, quartier général des gens qui ont un bracelet important durant le FME. Comme d’habitude, l’accueil y est chaleureux, tout particulièrement pour les professionnels français.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Ça commence TRÈS mal.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Arrivés au Mistral, somptueux motel en retrait du centre-ville, nous nous imposons une sieste obligatoire, histoire de manquer comme prévu le cocktail d’ouverture en présence du ministre du patrimoine canadien. À notre réveil, nous regrettons toutefois notre choix lorsque nous apprenons que Pierre Karl Péladeau y a fait un discours d’ouverture durant lequel il a lancé avec une ironie probable son adage «En français SVP».

Rappelons que c’est ici, à Rouyn, qu’il a lancé ce célèbre dicton il y a près de cinq ans durant un show de Groenland. Doux souvenir.

Le centre-ville nous attend pour le début des festivités. Il pleut, mais heureusement, ça manque pas de sécheuses.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Le genre de conseil qu’on aurait bien aimé avoir y’a 10-15 ans.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

C’est avec Jeanne Added qu’on ouvre notre soirée. Depuis la sortie de Radiate l’an dernier, la Française profite d’un engouement bien mérité chez elle et, tranquillement, le mot se passe de ce côté-ci de l’Atlantique. Envoûtante, sa prestation est impeccable. On nage entre trip-hop langoureux et dark wave, ce qui convient plutôt bien à la température.

Crédit : François Larivière

On ne sait plus trop quoi faire pour rester moyennement sec, donc un détour par l’Agora des arts (la place des six tuyaux de sécheuses) finit par s’imposer. On y retrouve avec plaisir Les sœurs Boulay, de retour pour nous présenter quelques pièces de leur troisième album La mort des étoiles. Leurs harmonies vocales charment toujours autant, à l’instar de leur chimie chaleureuse, réconfortante. Leurs interventions au micro sont parfois trop longues, mais leur humour et leur bonhomie rattrapent bien souvent le tout.

Mention aux irrésistibles Cul-de-sac et Des shooters de fort sur ton bras.

Crédit : François Larivière

La pluie vire diluvienne sur un moyen temps, mais heureusement, les toits existent. Celui de l’espace lounge Hydro-Québec en est un de qualité, car il abrite la prestation de Millimetrik, l’un de nos plus inventifs producteurs québécois. Cette fois, le beatmaker et batteur de Québec nous amène dans sa «conquête de l’Ouest électronique», juchant ses mélodies de films western sur des rythmes house accrocheurs. Une réussite sur toute la ligne.

Crédit : Florence Gravel Lemieux
Crédit : François Larivière

On termine cette première soirée dans le petit théâtre du Vieux Noranda pour voir The Young Gods, des pionniers du rock industriel. Même si la foule fond à vue d’œil, le trio suisse formé en 1985 livre un spectacle hypnotique et percutant. Malgré leur apparence, les vieux routiers ont encore la forme.

Crédit : François Larivière

VENDREDI

Curieusement, le réveil s’avère plus paisible que celui de jeudi. La rotisserie O Tourne Broche avec ses déjeuners à prix modestes y sont surement pour quelque chose.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Même s’il fait frisquet, Bonsound relance son traditionnel pool party pour une énième année. Personne n’ose mettre plus qu’un orteil à l’eau, mais certains font semblant d’avoir du fun en pêchant avec des cannes à pêche format enfant. Accompagné par ses Grosses Coques, P’tit Belliveau enjolive notre après-midi avec ses rythmes campagnards, ses textes rassembleurs et, surtout, ses lunettes soleil rouges probablement achetées à 7,50 dans un Rossy.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

Elles sont encore plus belles quand il tape des mains.

Crédit : François Larivière

Autre tradition forte qui se perd pas : une visite dans le centre-ville de Rouyn-Noranda pour y repérer les meilleurs commerces et/ou jeux de mots de noms de commerces.

Ça commence correct.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

Probablement un commerce géré par un gars de Los Angeles qui se considère sur la coche.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Une photo à l’horizontal du Horizon Thaï.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

INCROYABLE!

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Pour ceux qui cherchaient à se sortir de la rue ET se faire masser en même temps.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Traduction parfaite.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Aucun doute là-dessus.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Et tout ça avec un micro-casque.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

On finit par arriver à quelque part de pertinent en tournant sur la rue Gamble, c’est-à-dire au Paramount. S’y produit Lou-Adriane Cassidy, l’une des révélations les plus convaincantes de l’année. Malheureusement, l’ambiance bistro-5 à 7 avec des gens qui cognent leurs ustensiles dans leurs assiettes en parlant un peu trop fort n’est pas optimale. Mais la musicienne de Québec n’y prête pas attention, témoignant d’un charisme captivant et d’une impressionnante aisance sur scène.

Crédit : François Larivière

Pas trop loin, à la scène Évolu-Son (un autre jeu de mots révélateur), c’est Laurence-Anne qui nous subjugue. En totale fusion avec ses cinq musiciens, l’autrice-compositrice-interprète donne une couleur encore plus psychédélique aux pièces de son album louangé Première apparition à grands renforts d’éléments jazz et de courants progressifs.

Une petite gorgée de Sleeman bien méritée entre deux tounes.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

Toujours aussi arraché, l’illustre Félix Bélisle de Choses sauvages se pointe sur scène avec son maquillage des grandes occasions. «Est-ce qu’on peut donner une main d’applaudissements à cette ostie d’affaire-là?» déclare-t-il d’un puissant élan d’amour.

Crédit : François Larivière

Le genre de décor enchanteur qu’on aime bien voir lorsqu’on va aux toilettes.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Après le traditionnel party de Bonsound de cet après-midi, au tour d’Audiogram de tenir son traditionnel audiobar dans un parking pas loin du Cabaret de la dernière chance.

En fait, les traditions sont tellement nombreuses au FME que ça commence à ressembler au temps des Fêtes.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

On se sauve quelques minutes de l’alcool qui coule à flots pour aller voir la tête d’affiche de ce vendredi soir sur la 7e rue : Loud. Comme c’était le cas l’an dernier, le rappeur attire une foule très nombreuse et très jeune, qui scande la grande majorité de ses paroles. Quelques problèmes de son minent le début de la prestation, mais rien d’assez majeur pour déstabiliser celui qui a un jour proclamé que toutes les femmes savaient danser.

La frénésie atteint son point culminant à trois reprises : 56K, Immortel et Off the Grid avec Lary Kidd. La photo ci-dessous ne rend toutefois pas justice à l’état très agité de ce dernier – complètement cinglé, voire MABOUL, durant son interprétation solo de Petit Jésus.

Crédit : François Larivière

On s’apprête d’ailleurs à virer complètement maboul pour la prestation de Souldia, qui commence à minuit dans le petit théâtre du Vieux Noranda. Disons-le d’emblée : le rappeur est probablement l’artiste québécois qui a la meilleure connexion avec son public. Ses chansons incisives, parfois mélodieuses, touchent à tous coups les nombreux spectateurs. Et ses généreux bains de foule, soigneusement surveillés par deux bodyguards placés à chaque extrémité de la scène, ne font qu’accentuer l’amour que lui portent ses fans.

Crédit : François Larivière

On doit se sauver avant la fin du spectacle pour attraper les légendaires 5.6.7.8’s, trois musiciennes japonaises que beaucoup ont découvert grâce à leurs woo hoo emblématiques du premier Kill Bill. On se faufile à l’avant du Diable rond pour vivre un moment magique, survolté. Calmes sans être nonchalantes, Yoshiko, Sachiko et Akiko sont en total accord avec la foule, qui talonne le plancher de la salle avec une fougue sans cesse renouvelée.

Saluons ce choix audacieux du FME, l’un de ses très bons coups des dernières années.

Crédit : Florence Gravel Lemieux / Marielle N-Payo

Ravivés par cette haute dose d’énergie, nous prenons la route du centre-ville vers un établissement peu fréquentable. Difficile de vous en dire plus, mais le look défraîchi des pancartes plastifiées qui nous accueillent est à l’image de ce qui compose le bar.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

SAMEDI

Pour faire changement, on décide de se rendre utile dès le réveil, en joignant la visite guidée de Félix B. Desfossés, journaliste radio-canadien et collègue du VOIR. Dans ce passionnant tour de ville sur l’histoire et la musique de Rouyn-Noranda, on apprend notamment que la région a été fondée par un Néo-Écossais (Edmund Horne) qui tentait d’abord et avant tout de trouver un gisement d’or afin de plaire à une jeune femme désirant épouser un homme de fortune. Bref, la définition même de «gold digger».

La visite de plus de 2h30 nous amène aussi sur les traces de Hal Willis, le seul Québécois à avoir joué avec Elvis Presley, et Jérôme Lemay des Jérolas, le seul duo franco-québécois à avoir participé au Ed Sullivan Show. On apprend aussi qu’à Rouyn, un riz frit au poulet se mangeait autrefois avec un ordre de toasts et qu’au plus bas de sa carrière (en 1992, juste avant ses American Recordings), Johnny Cash est venu jouer dans un aréna de la ville.

Crédit : François Larivière

À la toute fin de la visite, Félix désire nous laisser devant la maison d’enfance de Richard Desjardins, mais malheureusement, il ne se souvient plus laquelle est la bonne entre les deux ci-dessous.

Il y a fort à parier que c’est celle avec l’abri-moustiquaire pour chat.

Crédit : François Larivière
Crédit : François Larivière

Assez éduqués pour la journée, nous rêvons à un riz frit au poulet avec un ordre de toasts en prenant le chemin vers la maison de Mathew James, rappeur de la région qui nous invite chez lui pour un party OFF-FME. Après nous avoir servis des poke bowls il y a deux ans, le cuistot au wave cap noir serré rapplique avec ce qu’il appelle sa «soupe populaire», c’est-à-dire une soupe pho artisanale aux légumes à base de poulet. Délicieux.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Photo sympatoche pour immortaliser cet après-midi de rêve.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

À 17h, nous reprenons le chemin du Paramount pour voir Dominique Fils-Aimé, révélation de la scène jazz locale, nommée sur la courte liste du prix Polaris pour son deuxième album Stay Tuned!. Accompagnée par d’excellents musiciens à la finesse d’exécution remarquable, la chanteuse fait preuve d’une émouvante retenue vocale, qui laisse tranquillement entrevoir toute sa force. Captivée, la foule la regarde et l’écoute attentivement pendant une heure. Un moment de symbiose.

Crédit : François Larivière

On n’avait pas vraiment faim, mais qu’à cela ne tienne, l’heure du souper arrive. Cette fois, c’est un banquet de poulet, de viande rouge et de fruits de mer organisé par la SOCAN qui nous attend. Mais détrompez-vous : même les vegans y trouvent leur compte.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen
Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

La camaraderie est franche dans la file de 142 mètres menant vers ce repas gratuit, et on y retrouve avec joie Sachiko Fujii, batteuse des 5.6.7.8’s.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

Sustentés pour au moins une heure, nous nous rendons sur le 7e rue pour la deuxième soirée hip-hop en deux jours. À notre arrivée, c’est Alaclair Ensemble qui commence et, comme d’habitude, les gars ont de l’énergie à revendre. De De partout à Ça que c’tait, c’est un feu roulant de flows réglés au quart de tour, de basses pénétrantes et de rythmes frappants qui envahit Rouyn. Quelque peu triste que Maybe Watson soit absent, nous oublions rapidement cette lacune lorsqu’Eman nous dévoile son torse. Ça fait changement de celui de Claude.

Crédit : François Larivière

On doit manquer Koriass pour se diriger vers l’Agora des arts (la place aux six sécheuses) où joue déjà Half Moon Run. La foule est réceptive et attentive à son nouveau matériel, qu’on pourra entendre cet automne sur son troisième album, mais c’est évidemment lorsque retentissent les notes de ses gros hits, genre Call Me in the Afternoon, qu’elle se mobilise davantage.

Crédit : François Larivière

Dans le parking du Cabaret de la dernière chance, un OFF-party se prépare un peu après 23h. À voir la face du gars sur le stage et le nom de l’équipe inscrit sur la bannière, ça promet.

Crédit : Florence Gravel Lemieux
Crédit : Florence Gravel Lemieux

Après une performance punk de type ordurier du groupe Cour à scrap, c’est Mathew James qui prend les devants, cette fois sans son wave cap noir serré. Micro dans une main, breuvage dans l’autre, le rappeur livre quelques pièces de son album à venir d’ici la fin de l’année.

Crédit : François Larivière

Aucune idée de ce qui s’est passé du reste de la soirée, donc voici une photo prise jeudi soir.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

DIMANCHE

Le soleil plombe en ce matin difficile à gérer. Assez pour nous obliger à nous lever simili de bonne heure (genre 10h27) pour commencer à peut-être penser à bientôt se préparer pour aller voir Salomé Leclerc, en spectacle à 13h dans le bucolique parc botanique À fleur d’eau.

En formule duo avec le batteur José Major, l’autrice-compositrice-interprète revisite ses chansons de manière plus épurée, ce qui laisse une place de choix à la profondeur de ses textes et aux subtilités de sa voix. La relecture plus groovy de Partir ensemble s’avère tout particulièrement réussie.

Crédit : Florence Gravel Lemieux

Direction Guinguette Chez Edmond pour Elliot Maginot. Notamment accompagné par Marie Claudel, le chanteur montréalais dévoile son rock mélancolique avec une intensité forte, presque tourmentée.

À preuve, cette photo :

Crédit : François Larivière

En ce quatrième jour, la fatigue prend le dessus pour tout le monde. «On est brisés mais de la bonne façon… dans la meilleure signification du terme», confie Maginot vers la fin de son spectacle.

Cet exercice de réhydratation faciale s’impose pour survivre à ce qui reste de l’aventure.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

On retourne au Mistral pour décompresser avec un Gatuso et une bonne 50 avant la grande soirée métal de clôture. Au dépanneur Chez Estelle, ce somptueux hoodie se vend à un prix raisonnable.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen
Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Bien recrinqués après une sieste des plus réparatrices, nous perdons notre temps et notre argent dans un restaurant qui ressemble à un Shaker, mais en moins pire. Bouteille de rouge à la main, nous reprenons tranquillement goût à la vie. Ce slogan des plus ingénieux n’est pas étranger à ce soudain bien-être.

Crédit : Olivier Boisvert-Magnen

Après le raz-de-marée destructeur de Necrotic Mutation, on se plait à apprécier la violence musicale la plus brute qui soit avec Despised Icon, formation mythique montréalaise qui oscille entre hardcore et death metal. Les circle pits s’accumulent, et notre photographe choisit avec raison de ne pas s’aventurer dans la démolition.

Crédit : François Larivière

Le tout se termine dans le bonheur le plus total au Bar des chums pour un karaoké enflammé et festif à souhait, agrémenté d’un PERCUTANT feu d’artifice sur la rue Carter.

Comme d’habitude, les souvenirs sont périlleux et flous.

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