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Rap local : Hua Li, identité subversive
Musique

Rap local : Hua Li, identité subversive

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

La chanteuse, rappeuse et claviériste montréalaise Hua Li présente son premier album Dynasty.

Tu as fait tes débuts sur SoundCloud il y a cinq ans, mais certains te découvrent avec ce projet. Peux-tu nous faire un résumé de tes débuts?

Je suis musicienne depuis toujours. Ma formation est en piano classique et en jazz vocal, mais j’ai toujours eu un intérêt très marqué pour la musique populaire sophistiquée. De Carole King à Digable Planets, en passant par Biggie Smalls et Mariah Carey, je pense que le hip-hop et le R&B ont été des bouées de sauvetage inspirantes qui m’ont permis de traverser les moments les plus difficiles de ma formation. Lorsque j’ai eu mon diplôme en jazz, je pensais avoir une carrière de choriste dans les refrains de chansons rap – comme Ashanti avec Ja Rule par exemple. J’ai donc commencé à enregistrer et envoyer des démos d’idées de chansons aux rappeurs avec lesquels j’espérais collaborer. J’ai eu de bons retours, et beaucoup de gens de la communauté musicale dans laquelle je me suis retrouvé m’ont encouragé à peaufiner mon rap. Et c’est comme ça qu’est née Hua Li.

Il y a quatre ans entre ton premier EP et cet album. Qu’est-ce qui explique cette pause?

J’ai obtenu une maîtrise en musicologie à l’Université McGill! J’écrivais mon mémoire sur la subjectivité des femmes asiatiques dans le rap et, en même temps, je planchais très lentement sur Dynasty. Bref, je ne pense pas qu’on décrire ce moment comme une pause, car je travaillais sur ma musique tout le temps. J’ai même pris une pause d’école pour finir d’écrire le disque et j’ai pris des semestres supplémentaires pour terminer mes études. Avec du recul, je ne sais pas s’il s’agissait de la meilleure stratégie, mais c’était une période exaltante. Je me suis rempli la tête d’idées sur la musique et j’ai réfléchi au rôle de la musique dans la société.

Tu proposes une musique très originale et unique, un mélange de rap, d’électro, d’ambient et de R&B des années 80. Comment as-tu abordé la direction musicale de cet album très inventif?

L’un des principes de Dynasty consistait à communiquer mon identité et mon histoire à mes auditeurs de la manière la plus authentique possible. Au niveau des paroles, cela voulait dire de rester fermement dans ma vérité et de témoigner de certaines des expériences les plus douloureuses de ma vie. Sur le plan sonore, je pense avoir créé quelque chose d’apaisant et de familier: une fusion d’artistes et de sons qui me rend plus à l’aise avec ce que je suis. Mon producteur, Alexander Thibault, est un expert dans la création de textures sur des rythmes puissants. Je suis heureuse de travailler avec lui, car il est tellement habile à créer ces paysages musicaux que je peux me concentrer à écrire mes chansons et à les interpréter.

La pochette de Dynasty, créée par Charlie Twitch, représente «une fantastique Grande Muraille surplombant Montréal». En quoi cette couverture a-t-elle un lien avec le propos de l’album?

L’écriture de cet album est devenue pour moi un processus d’unification – j’ai pu créer un espace où tous les aspects de mon identité, autrefois fragmentés, pouvaient coexister. Le hip-hop est devenu un espace où je peux réconcilier mon éducation chinoise avec mon identité queer et ma culture occidentale. Plus précisément, la pochette est une œuvre artistique créé dans le South Bronx pour la libération de la jeunesse noire et brune, et je suis honorée de participer à cette tradition musicale en lui insufflant les histoires de ma famille d’origine chinoise.

Dynasty contient tes «chansons les plus authentiques et personnelles à ce jour». Parle-nous de ce qui t’a inspirée dans ta  vie pour en arriver à avec ces textes?

Les premières chansons que j’ai écrites pour cet album traitaient de ma propre vie amoureuse et des cycles que je vivais à répétition dans mes relations. En explorant ces thèmes, j’ai réalisé que ces chansons avaient tellement à voir avec les femmes de ma famille et que j’avais cette incroyable opportunité d’exprimer leurs histoires dans mes chansons.

On dit de toi que tu es une artiste subversive. Au-delà des mélanges musicaux assez audacieux que tu proposes, comment cette perception que l’on a de ton art se reflète sur ton album?

Je pense que toute personne marginalisée qui revendique une certaine représentation et un espace créatif est en train de briser les normes et les attentes de la société en général. Ma musique célèbre la sexualité, se passionne pour la culture de la drogue, crie contre la masculinité toxique et la suprématie blanche, et tout ça dans un emballage atmosphérique et réconfortant.


La nouvelle de la semaine //

Selon ce que nous apprenait HHQc ainsi que cette publication Instagram, le jeune producteur Charlie Shulz serait un nouveau membre de l’écurie Joy Ride Records, étiquette phare du hip-hop québécois qui compte déjà Rymz, Loud et Shash’U dans son alignement. Depuis ses débuts sur la toile il y a trois ans, le jeune artiste est l’un des producteurs les plus prometteurs de notre scène hip-hop locale. Une belle prise.


Le projet de la semaine //

Deux albums se démarquent à parts égales cette semaine : Dynasty de Hua Li et Citadelle de LaF. Alors que le premier brille par son esthétique audacieuse ainsi que son propos à la fois pertinent et unique, le deuxième frappe par son ingéniosité et son uniformité. Sur ce premier opus, le sextuor témoigne de sa capacité à créer de bonnes chansons à la structure irréprochable, fruit d’un effort concerté qui a permis aux trois rappeurs (Bkay, Mantisse, Jah Maaz) de fusionner leurs styles fort distincts de façon organique. En charge de la réalisation, Bnjmn.Lloyd (l’un des trois producteurs de la formation aux côtés de BLVDR et Oclaz) fait preuve d’un savoir-faire épatant.

Mention au premier album du Montréalais Miro, En retard sur ma vie, un alliage agréable et accrocheur de hip-hop, de R&B et de soul.


La chanson de la semaine //

Difficile de choisir une seule chanson tirée de cet excellent album de LaF, mais clairement, Cadran solaire a un petit quelque chose de spécial, ne serait-ce que pour la composition bluesée de Bnjmn.Lloyd, Oclaz et Clément Langlois-Légaré (de Clay and Friends). Au micro, Jah Maaz, Mantisse et Bkay chantent leur envie de somnoler et de s’encabaner avec une douceur envoûtante. Parfait remède à la saison grise qui s’en vient.


L’instru de la semaine //

Un peu plus d’un an après un premier volume qui tâtait habilement le pouls de la foisonnante scène montréalaise des beatmakers, Slumgod et son équipage remettent ça avec For My City, Vol. 2, une compilation tout aussi réussie. Difficile là aussi de choisir une seule pièce, mais disons que la première 6’1 on the Money 9’2, produite par Slumgod et Highlord, débute plutôt bien l’aventure avec son enrobage trap futuristique.


Le clip de la semaine //

Réalisé par Caraz et tourné au Sénégal, le plus récent clip de Sarahmée «aborde l’enjeu des mariages forcés sans fléchir», pour reprendre les mots de notre collaboratrice Catherine Genest. Un vidéoclip humain, sensible, dynamique et important.


Les spectacles à voir //


Lancement MIRO – En retard sur ma vie // Montréal (gratuit)

Entouré de trois musiciens, le chanteur et producteur Miro dévoile les pièces de son tout premier album, En retard sur ma vie.

Le Ministère (Montréal)
1er octobre (18h)
Consultez cet événement dans notre calendrier


AlaClair Ensemble à La Ninkasi !

Alaclair Ensemble est de retour à la maison pour un spectacle.

Ninkasi Saint-Jean (Québec)
5 octobre (21h)


Poésie/Slam et micro-ouvert avec Monk.e

Monk.E sera de passage à cette soirée hebdomadaire de poésie et de slam.

Bistro Le Sainte-Cath (Montréal)
2 octobre (19h)

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