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Rap local : Jibré, au-delà des tourments
Musique

Rap local : Jibré, au-delà des tourments

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Actif depuis plusieurs années sur la scène rap montréalaise, Jibré présente son tout premier album solo Triomphes & tourments.

Tu lances ton premier album officiel, mais tu as fait paraître plusieurs singles et mixtapes auparavant. Peux-tu nous faire un petit résumé de tes débuts?

J’ai commencé à rapper à Côte-des-Neiges avec des potes, mais c’est à l’été 2007, quand je suis allé voir un de mes amis d’enfance en France, que j’ai eu une révélation. Il s’était acheté une carte de son et un micro, et m’a proposé d‘enregistrer un truc. J’ai compris que c’est ce que je voulais faire dans la vie. J’ai commencé à prendre ça plus au sérieux en 2009-2010 et, encore plus, lorsque je me suis mis à travailler sur mes deux premières mixtapes, Berserk Vol. 1 (2013) et Vol. 2 (2014). Je me suis davantage fait connaître l’année suivante avec Rocambolesque, une mixtape en collaboration avec Franky Bragg. Ensuite, j’ai préféré sortir des chansons plutôt que des projets.

Qu’est-ce qui explique cette baisse de régime?

Pendant un bon moment, j’avais pas de label pour sortir l’album. C’est mon bon ami Nordiqc (rappeur montréalais) qui m’a présenté à Ruffneck, et c’est là qu’on m’a offert de signer avec BBT Wreck-Hurdz. À mon sens, ça me prenait vraiment un label pour sortir un album, car je voulais avoir des bonnes ressources, un bon entourage et un bon studio. Entretemps, je voulais pas me faire oublier non plus, donc j’ai sorti des  clips, des featurings. Faut jamais disparaître trop longtemps dans un milieu aussi compétitif que le rap.

Bref, le titre de ce premier album donne une idée de ton parcours?

Oui. À la base, ça vient d’un comic book de Marvel que j’aime vraiment: Triumph and Torment avec Doctor Strange et Doctor Doom. Je trouvais que le nom était puissant et qu’il représentait bien mon cheminement dans le rap et, plus généralement, dans la vie.

Quels ont été tes principaux tourments dans les dernières années?

J’ai un ami qui a eu des problèmes judiciaires et qui s’est fait déporter en Suisse. Ça a laissé un grand vide autour de moi, et j’ai voulu en parler sur l’album (Ce genre de vie). Aussi, j’ai eu des petits problèmes judiciaires moi aussi, qui ont contribué à allonger ma longue période creuse de quatre ans.

Peux-tu nous en parler un peu plus?

Des problèmes judiciaires reliés à la drogue, dont je ne veux pas nécessairement parler en détails…. Mais disons que je me suis fait prendre pour des conneries et que, par la grâce de Dieu, tout va bien maintenant.

Tu abordes cette «période creuse» ici et là sur ton album, mais au-delà de ça, tes textes restent assez près du brag rap. As-tu un passé de battle rappeur qui expliquerait ce choix stylistique?

Non, j’ai pas trop fait de battles, mais c’est certain que le milieu dans lequel j’ai grandi à Côte-des-Neiges était très compétitif. Quand j’apprenais à rapper, j’ai vu tous les gars se proclamer le meilleur rappeur, donc moi aussi, j’ai voulu montrer à tout le monde que j’étais le plus fly. Le côté brag vient de cette période-là.

On ressent cet esprit de compétition sur Illasnow, l’excellent projet collaboratif que tu as sorti en collaboration avec Chad Game le mois dernier. On y retrouve une vibe old school très assumée, érigée par le maître du genre Nicholas Craven. Pourquoi avoir choisi de sortir ce projet juste avant ton album solo?

Je voulais fermer  un chapitre de ma carrière avant de me lancer dans un truc plus actuel. Le but qu’on s’était fixés, Chad et moi, c’était de faire plaisir aux fans de rap old school et de revisiter le style de la manière la plus brute possible.

Et, pour Triomphes & tourments, quel était le mot d’ordre pour la direction musicale?

J’ai fait appel à des producteurs que je connais bien, que ce soit Chukk James, Jeune Skeez ou Lay-Z P. Y’a Ruffneck aussi qui m’a donné deux beats à la sauce BBT (Ce genre de vie, Snacks), mais il m’a laissé carte blanche. Je voulais absolument éviter de devenir le stéréotype du rappeur qui, après avoir signé avec un label, change complètement de style. J’ai travaillé à ma guise et j’en suis fier.

Jibré en spectacle (avec Flip)
Le 6 décembre (20h)
Aux Foufounes électriques (Montréal)


La nouvelle de la semaine //

Depuis 2009, les WordUP! Battles ont été une plateforme de choix pour les artistes de la scène rap locale, que ce soit Loud, Maybe Watson, Koriass, Yes Mccan, Obia le chef, Snail Kid et autres rappeurs qui ont accru considérablement leur popularité au fil des événements. L’heure est maintenant aux célébrations pour la ligue de battle rap la plus populaire au Québec, qui soulignera son 10e anniversaire dans un endroit emblématique de son cheminement : le Bain Mathieu. Pour l’occasion, FiligraNn et son équipe ont réuni des battle rappeurs bien établis comme Franko Bucci et Freddy Gruesum ainsi que des nouveaux venus prometteurs comme Raccoon et ParkaOne.


Le projet de la semaine //

Pro-V et 80Rock, deux producteurs montréalais à l’approche old school brillante et originale, s’allient sur Sunset, une beat tape d’à peine 14 minutes qui marque par sa diversité et son dynamisme. Mêlant synthpop, soul langoureuse, R&B et rock, les beatmakers s’aventurent où ils veulent et s’assurent de garder une ligne directrice cohérente, en privilégiant une esthétique 80s lo-fi. Mention à Mori$$ Regal qui pose son flow inébranlable sur l’excellente Chips.


La chanson de la semaine //

Avec Caramel, l’une de ses rares chansons en solo, Franky Fade montre qu’il n’a pas besoin de personne à ses côtés pour rayonner. Le rappeur, pianiste et producteur révélé au sein d’O.G.B y dévoile un flow habile et malléable, porté par un sens de la rime imparable et une composition saisissante aux basses ardentes et vives (produite par lui-même et LiamLiamLiam).

Mentions à Hercule de Lary Kidd et Revolver de Demon D.O.A, deux pièces trap mordantes qui mettent en valeur le talent de deux rappeurs au sommet de leur forme.


L’instru de la semaine //

Le Montréalais Nkusi livre une composition aérienne à la basse caverneuse pour IGETDABAG, une relecture intéressante de la collaboration homonyme de Migos et Gucci Mane.


Le clip de la semaine //

Sur une excellente lancée depuis la sortie de Citadelle le mois dernier, LaF présente un clip pour Rencontre fortuite, une remarquable collaboration avec Franky Fade. Les réalisateurs Olivier Côté et Felipe Arriagada-Nunez y proposent une réalisation imagée, léchée et inventive.

Mention à la réalisation colorée et soignée de Jean-François Sauvé pour cette capsule promotionnelle retraçant le périple de Brown Family en Jamaïque. Le deuxième album du trio familial paraîtra le 15 novembre sous Disques 7ieme Ciel.


Les spectacles à voir //

Vendou, Annie Sama et OGB

Plateau triple avec le rappeur Vendou, la chanteuse et productrice Annie Sama ainsi que le septuor jazzy rap O.G.B.

Le 25 octobre (19h30)
Théâtre Paradoxe (Montréal)


Projet H

Événement d’une durée de cinq heures présenté dans un entrepôt, Projet H mettra en vedette Tizzo, Shreez, $OFT et toute leur bande de Canicule Records, Demon D.O.A, O.Z, Young Rose et FrenchMajii.

Le 26 octobre (21h)
Espace Saint-Hyacinthe (Saint-Hyacinthe) 


Steve Beezy

Steve Beezy, rappeur de premier plan de la relève de Québec, sera entouré de Lou Fresh, Amen Deniro et Made On Mars pour un rare spectacle chez lui.

Le 24 octobre (20h)
L’Anti (Québec)

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