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Rap local : KNLO, le porte-parole de Sainte-Foy
Musique

Rap local : KNLO, le porte-parole de Sainte-Foy

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Quelques jours après avoir gagné le Félix de l’album hip-hop de l’année avec Alaclair Ensemble au Gala de l’ADISQ, le rappeur et producteur KNLO (Akena Okoko) revient sur scène en solo et propose son tout premier recueil de poésie.

Tu vas proposer un de tes rares spectacles en solo à Coup de cœur francophone ce samedi. Si je ne me trompe pas, c’est ton premier depuis ton lancement aux Francos cet été?

C’est mon premier spectacle solo complet pour Sainte-Foy, ouais. Même qu’on peut voir ça comme le catch-up/lancement officiel, vu que les Francos, ça comptait pas vraiment. Je voyais plus ça comme un chilling symbolique pour accompagner l’album. Là, tous les collaborateurs vont être là et plus encore, et le show est vraiment rendu là où il doit l’être. On a fait une dizaine de petits shows et on est prêts à livrer ça.

Sainte-Foy est paru il y a un peu plus de cinq mois. Comment as-tu trouvé l’accueil?

L’accueil est toujours bon, car je me mets toujours dans un vibe où tout est bon from the start. C’est clairement un album qui a des points forts, qui a une ambiance propice aux grouillades [NDLR : mot inventé pour désigner des pas de danse]. C’est l’album qu’on s’était promis de faire, Vlooper et moi, depuis une bonne dizaine d’années. Je vois ça comme un album d’équipe.

Un album d’équipe, mais avec des textes assez personnels, non? Tu y parles beaucoup de tes origines et de ton passé.

Ouais, clairement. Je vois l’album comme un petit retour au bercail. Je suis revenu chez moi, à Québec, il y a deux ans, après avoir habité à Montréal, et depuis, je croise plein de personnages de mon enfance. Autant des gens qui ont make it et qui sont devenus millionnaires, que d’autres qui sortent de 10 ans de prison. Je vois l’album comme un check point, un bilan.

Ton recueil de poésie porte le même nom, Sainte-Foy. L’avais-tu prévu d’emblée comme une œuvre complémentaire?

C’est arrivé un peu par la force des choses, y’avait rien de nécessairement planifié. Quand j’étais jeune, au début de ma vingtaine, j’écrivais des recueils de poésie pour mes amis par e-mail. Après ça, je suis allé prendre quelques cours de création littéraire à l’université, et vers 2007-2008, j’ai laissé de côté l’écriture pour me concentrer sur les beats. Mais, même à ça, j’avais toujours en tête la philosophie d’un de mes professeurs, qui me disait de considérer l’écriture comme le fait un ouvrier avec le travail, c’est-à-dire en écrivant constamment, chaque jour si possible. Ses paroles m’ont influencé, au même titre que celles de J Dilla, qui disait que la quantité fait partie de la qualité. Les idées de génie, c’est pour les génies seulement. Le commun des mortels, comme moi, il doit se pratiquer et créer constamment. J’appliquais cette philosophie-là dans ma production de beats avant, mais là, j’avais envie de le faire avec l’écriture. Je vois ça comme un premier pas [vers un nouveau médium].

Qu’est-ce que ça t’a permis de dire que le rap ne te permettait pas?

J’ai touché à des zones plus edgy. Le rap, je l’ai toujours approché un peu n’importe comment, en croyant que le sens se dégageait davantage de l’énergie que des paroles. Mais là, c’est un peu plus réfléchi. Ça porte sur des parties de ma vie, sans être non plus l’histoire exhaustive de ma vie.

Tu y abordes notamment le divorce de tes parents, ta relation à l’église, l’éducation sévère de ton père, certains épisodes de délinquance…. Est-ce que tu as trouvé difficile cet exercice d’introspection un peu plus poussé?

Difficile, non, même s’il y a eu des petites buttes en cours de route. Y’a clairement mon historique là-dedans, mais même si y’a des bouts plus rough, je voulais essayer d’en faire ressortir le côté lumineux. Je voulais que les gens ressentent la force, le courage, le contrôle de soi et la persévérance.

Et la résilience aussi?

I guess, oui. Je m’arrange toujours pour qu’il y ait une réflexion au présent plutôt que juste un récit nostalgique. Still, y’a évidemment des bouts où je parle directement du passé, mais c’est pas ça qui prend toute la place. Je me suis aussi arrangé pour faire beaucoup de recherche au sein de mon entourage. J’ai appelé des vieux homies pour qu’ils me racontent leur histoire. Tout ce qui est là est véridique. Je vois un peu ça comme un travail journalistique.

KNLO en spectacle : le 16 novembre au Ausgang Plaza  (Montréal) avec Robert Nelson et le 5 décembre à L’Anti (Québec)

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La nouvelle de la semaine //

Souldia et Loud, deux rappeurs actuellement au sommet de leur popularité, ont uni leurs forces en studio la semaine dernière aux côtés des producteurs Ajust et Ruffsound. C’est du moins ce qu’on peut déduire d’une vidéo publiée sur Instagram et relayée/archivée par le site HHQc. On y voit Ajust jouer quelques accords à la guitare, tandis que les deux rappeurs semblent se pratiquer en regardant leur téléphone. Considérant que le deuxième album de Loud est sorti en mai dernier, on peut prédire que cette chanson se retrouvera sur le prochain album de Souldia, prévu pour l’an prochain.


Le projet de la semaine //

Avec son premier album SVP, Charlie Shulz dévoile enfin le fruit de ses efforts des dernières années. Révélé en 2015 avec un excellent premier projet lo-fi, dont il ne reste dorénavant que quelques traces sur sa page Soundcloud, le jeune producteur montre l’étendue de son évolution musicale sur un opus trap dynamique à souhait qui, grâce à ses nombreuses collaborations (Tizzo, Maybe Watson, FouKi, Imposs, Rymz…), donne un bon aperçu de la richesse et du talent qui composent la scène rap d’ici. Tout juste signé sous Joy Ride Records, le Montréalais s’impose comme l’un des producteurs québécois les plus en vue de sa génération avec ce projet.

Mention à Funk A.D, nouvelle beat tape funk à l’esthétique brute et percutante du producteur de Québec Funk over d’Oz (alias VI.STREET).


La chanson de la semaine //

Après avoir collaboré avec Kaytranada, High Klassified et Planet Giza, le rappeur chicagoan Mick Jenkins renoue avec le producteur blainvillois Da-P sur Lemonade, pièce soul rap apaisante.

Impossible de passer sous silence l’étonnante collaboration funky rap entre Alaclair Ensemble et Alex Nevsky. Très réussi, le mariage entre les univers des deux artistes est vivifiant.


L’instru de la semaine //

Le duo électro-trap TNGHT innove avec First Body, brûlot aux influences orientales et latines qui envahira assurément les planchers de danse. Un autre coup de génie pour le tandem québéco-écossais, qui fera paraître son deuxième EP cette semaine.


Le clip de la semaine //

Les Fourmis (mégacollectif regroupant notamment LaF, L’Amalgame, Don Bruce et FouKi) rompent prodigieusement avec leur image de gentils garçons sur Fok le 6tème, clip complètement survolté réalisé par Baz. Assurément l’un des meilleurs clips de l’année au Québec.

Mention au retour de Marie-Gold, honorablement mis en images par le réalisateur Anthony Coveney. La rappeuse et productrice y dévoile deux styles fort différents mais bien exécutés, qui donnent une idée de ce qui nous attend pour son premier album officiel, prévu pour le 12 mars 2020.


Les spectacles à voir //

Souldia à Brossard

Souldia poursuit la tournée de son album Sacrifice sur la Rive-Sud de Montréal.

Le Club Square Dix-30 (Brossard), 14 novembre (20h30)

Lary Kidd – Lancement = CCF19

Lary Kidd lance son deuxième album solo Surhomme dans la mythique salle montréalaise. L’événement est complet, mais une supplémentaire est prévue au Club Soda cet hiver.

Foufounes électriques (Montréal), 15 novembre (21h)

Dope.gng Don Bruce Willygram

Le festival Coup de coeur francophone entamera le sprint final de sa 33e édition avec un spectacle regroupant trois nouveaux venus de la scène hip-hop montréalaise : Don Bruce, dope.gng et Willygram.

Quai des brumes (Montréal), 15 novembre (22h)

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