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Rap local : Brown Family, comme une envie d'exil
Musique

Rap local : Brown Family, comme une envie d’exil

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Près de quatre ans après un percutant et mémorable premier album, la Brown Family présente brown baby gone, un album d’exil, d’affranchissement et de liberté. Entretien avec les rappeurs Snail Kid et Jam (à qui on doit également la production de la majeure partie des pièces de l’album).

Pour finaliser ce deuxième album, vous êtes allés en Jamaïque, le pays de votre père Robin Kerr. C’était la première fois que vous y mettiez les pieds. Quelle était l’intention artistique derrière ce séjour?

Snail Kid : On voulait tourner le plus de footage  possible pour le visuel qui allait entourer l’album, c’est-à-dire un petit docu, un clip et la pochette. En fait, pour la pochette, on savait même pas que ça allait venir de là… C’est un beau hasard. 

Jam : Quand on a réalisé qu’on était super late pour présenter la pochette, on est juste allés voir dans les images qu’on avait tournées et on a trouvé ce still frame là. On l’a su tout de suite que ça allait être ça.

Qu’est-ce que symbolise cette pochette par rapport au propos?

Snail Kid : La thématique récurrente de l’album, c’est la perte de l’innocence et l’envie de s’exiler, de se libérer de quelque chose. Là, tu vois cet enfant-là et tu sais pas trop s’il est en train de crier, de pleurer ou s’il est content. Chose certaine, il semble courir, se sauver de quelque chose. On a toujours été des fans d’art abstrait, donc là, on trouvait que cette image-là en disait juste pas assez. On trouvait ça cool aussi de récupérer le concept du «brown baby» qui semble avoir vieilli. Tout s’imbriquait bien.

Votre premier album était centré autour de votre identité de métis. On peut le considérer comme un passage obligé dans le cadre d’un projet familial comme le vôtre. Ceci dit, ce deuxième album semble être plus diversifié dans ses messages. Vous sentiez-vous un peu plus libres d’aller où vous vouliez?

Snail Kid : Le concept Brown est acquis, donc c’est vrai : on se sentait pas obligés de faire un gros statement sur nous.

Jam : Le concept Brown se déclinait surtout dans des contrastes sur le premier album, dans l’établissement de nuances en fonction de notre identité. Là, on voulait passer à autre chose. Ce serait lourd de backer le concept chaque fois sur chaque toune. 

Snail Kid : Mais bon, c’est sûr que tu peux voir le concept de façon plus subtile dans nos paroles. On est toujours autant des fans de nuance dans l’écriture. On nuance constamment nos propos et on aime l’idée de déconstruire le personnage du rappeur, de le sortir de ses stéréotypes.

Que cherchiez-vous à transmettre comme message à travers ce sujet omniprésent qu’est l’exil?

Jam : Mon exil est surtout envers moi-même dans ce cas-ci. J’ai toujours l’impression qu’en tant qu’humain, on s’est creusé un trou. Plus on vieillit, plus on s’enfonce. L’exil, c’est cette idée de sortir du trou, de devenir la personne que tu es supposée d’être, sans tout ce qui te gosse et que t’as de la difficulté à changer.

Snail Kid : L’exil prend différentes formes sur l’album. Sur Attends-moi, mon père parle de partir de la ville, de retourner à la campagne, là où l’air est sain. C’est une façon super terre-à-terre de parler de l’exil, mais qui reflète bien l’envie de se libérer soi-même, de quitter les conventions qu’on s’est construites. L’idée d’être complètement libre dans nos pensées et nos actions, c’est un concept qui nous fascine.

Jam : L’exil, c’est surtout l’envie de fuir le forcé et d’embrasser le spontané.

Snail Kid : Un truc qui m’a full inspiré, c’est le croquis annoté de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci. Ça fait référence à la pensée de l’homme qui est toujours faite de façon carrée. On essaie de mettre des trucs dans des boîtes, mais tout ça est en constante opposition avec la vie qui fonctionne de façon plus circulaire. L’homme trace des lignes qui ont un début et une fin, mais le cercle, lui, a des lignes infinies. Tout ça travaille contre nous et fait qu’on perd toujours une portion de la vérité quand on essaie d’analyser une situation ou une personne. Ça rejoint en grande partie notre concept de Brown. Oui, on est Métis, mais tu peux pas nous nommer ou nous définir en un mot. On est quelque chose de vivant, de vaporeux, qui change tout le temps. 

Avec une philosophie aussi vaste que ça, est-ce qu’on peut finir par se perdre lorsqu’on planche sur un album? Est-ce que ça vous a parfois donné le vertige d’avoir cette possibilité d’aller n’importe où?

Jam : Oui, vraiment. Pour rebâtir un nouvel univers, y’a fallu partir dans beaucoup de directions avant de sentir qu’on avait un noyau concret.

Snail Kid : Avant de commencer l’album, on était sur un projet de mixtape qu’on a jamais sortie, mais qui nous a permis d’explorer. On a dû faire une cinquantaine de tounes qui ont pas abouti, car elles rendaient pas justice à ce qu’est Brown et à ce que ça devrait être. Beaucoup de ces chansons étaient très inspirées par les vagues actuelles du rap et, après un certain temps, on s’est rendu compte que l’identité de Brown passait mal à travers un truc trop campé dans le contemporain. Brown doit rester intemporel, universel. On aime mélanger les genres et, de toute façon, notre père shine plus quand on fait ça. On a donc choisi d’aller vers quelque chose de plus organique, autant dans le choix des instruments que des textures. 

Jam : Y’avait moins d’âme dans les chansons de notre mixtape et, rapidement, je me suis mis à trouver ça peut-être trop générique. Je suis quelqu’un d’assez picky sur les beats. Je cherche constamment des textures uniques. Et, j’en arrive souvent à la conclusion que, quand j’essaie d’être jeune sur des beats de jeune, je suis jamais à mon meilleur. Y’a donc fallu trouver un équilibre entre l’actuel et l’intemporel.

Brown Family – Lancement d’album – Le Ministère (Montréal), 22 novembre (21h)


La nouvelle de la semaine //

La machine à rumeurs s’emballe depuis qu’Olivier Primeau a annoncé sur sa page Facebook qu’il venait de «confirmer le plus gros nom du rap français» pour la prochaine édition du Metro Metro, festival qu’il a fondé l’an dernier.  Booba? Niska? Maître Gims? IAM? Les possibilités sont nombreuses, d’autant plus que la première édition du festival misait sur un bel équilibre entre vétérans et sensations du moment. Plus de détails début 2020 lors du dévoilement de la programmation.


Le projet de la semaine //

Le moins qu’on puisse dire, c’est que TNGHT a bien rechargé ses batteries. Sept ans après un fabuleux premier EP et, surtout, l’incroyable bombe Higher Ground, chanson qui a redynamisé le trap avec encore plus de mordant, le duo québéco-écossais formé de Lunice et Hudson Mohawke revient avec une deuxième offrande tout aussi percutante et audacieuse. Loin de reprendre unilatéralement sa signature caractéristique, TNGHT a plutôt cherché à se réinventer en déconstruisant ses repères trap, bass et électro pour mieux les réaffirmer dans un amalgame de sons décapants et déroutants.

Mention à l’étiquette montréalaise Uglypitch Records, qui donne un bon aperçu de son habile équipe de producteurs (Sqreeb, Kvnb, Téhu…) sur Warriors in da Sewah, beat tape qui rappelle le son de la côte Est de la fin des années 1990.

À noter que nous reviendrons sur l’excellent album de Brown Family la semaine prochaine.


La chanson de la semaine //

Réputé comme l’un des meilleurs producteurs de la relève de la capitale, Lewis Dice montre qu’il a aussi l’assurance, le talent et le flow pour prendre le micro. Neck, sa première chanson solo en carrière, s’avère convaincante.

Le producteur Freakey! sature ses basses comme jamais sur Better, ardente pièce trap menée par le Montréalais Blocboy JB.


L’instru de la semaine //

Le beatmaker montréalais Lowpocus s’allie au Torontois Caspian Rose sur l’excellente 2 low key, mystérieuse pièce instrumentale à la basse caverneuse.

Mention à jamvvis qui poursuit sa quête hip-hop minimaliste avec doigté sur LONE.HOOD.


Le clip de la semaine //

La réalisateur Jean-François Sauvé mise sur un grain nostalgique et des couleurs saturées sur Tomorrow Night, très beau clip de la Brown Family filmé en Jamaïque.


Les spectacles à voir //

Naya Ali

La rappeuse Naya Ali, qui prépare un premier album pour l’an prochain, sera à M pour Montréal avec l’autrice-compositrice-interprète Lydia Képinski et la productrice vancouvéroise Prado.

Sala Rossa (Montréal), 20 novembre (20h30)

Can’t Fake The Funk : #4

DJ Kobal et GrandHuit (du collectif hip-hop Tour de Manège) vous convient à la quatrième édition de cette soirée rendant hommage aux «5 dynasties du funk depuis sa naissance en 1965 jusqu’à nos jours».

Pow Pow (Montréal), 21 novembre (21h30)

Maky Lavender

Espoir de premier plan de la scène rap de la métropole, Maky Lavender sera accompagné de Remayne, Charlie Noiir et Sydanie ce vendredi.

Bar Le Ritz PDB (Montréal), 22 novembre (22h)

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