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David Giguère laisse l'adolescence derrière lui
Musique

David Giguère laisse l’adolescence derrière lui

Cinq ans et demi. C’est le temps qu’a pris David Giguère pour venir à bout de Constance, un album à saisir comme une libération, un bilan. Cinq ans et demi de doutes, de petites avancées, de retours en arrière, d’inquiétudes et, enfin, de soulagement.

«Chaque année, j’pensais y arriver», nous dit un David Giguère presque délivré, en début d’entretien. «C’est un truc que j’ai comme pas, d’habitude, la patience. C’était long, c’était fucked up, mais en fin de compte, ça m’a apporté beaucoup humainement. Ça m’a aidé à développer un rapport de constance, de patience, d’équilibre. Ça sert à rien de casser une fenêtre quand ça va pas. Ça aide pas. Faut essayer de trouver ton chemin pour que ça avance. »

Le comédien et auteur-compositeur-interprète a d’abord cherché à reconnecter avec «la grosse charge émotive» qu’il avait vécue lors de la création très rapide et intense de son deuxième album, le sombre Casablanca. «J’avais envie de revivre cette affaire-là, de me sentir aussi vivant, mais le buzz est loin d’avoir été pareil… Et, avec le recul, tant mieux. Ça donne quelque chose de moins hermétique.»

Après avoir fait appel à différents beatmakers, Giguère et son réalisateur Jonathan Dauphinais (Milk & Bone, Ariane Moffatt) ont diamétralement changé leur plan d’attaque, en décidant de revenir «aux roots de guit et de basse» pour ensuite mieux les agrémenter de subtiles touches électroniques. «Mais, après ça, on a aussi repigé un peu dans la première batch de chansons plus beatées», nuance-t-il, à propos de cet album à la direction musicale bigarrée, mais saisissante qui, à son paroxysme d’incertitude, comportait 24 chansons.

crédit : Antoine Bordeleau

Désirant avoir «une meilleure vue d’ensemble», le Montréalais a fait entendre les esquisses de son album à plusieurs personnes de son entourage. «J’ai fait 10 sessions d’écoute. Je cherchais à avoir des avis, un peu pour me challenger. Si je voyais qu’un commentaire venait trop me chercher, ça voulait dire qu’il y avait peut-être un problème. Au contraire, si j’arrivais à défendre mon point, ça confirmait que j’étais sur la bonne voie.»

Enregistrés dans son salon au tout début du processus de création, les deux interludes (qui, à la base, ne formait qu’une chanson) sont revenus s’insérer dans l’album grâce à ces sessions. «J’ai une amie qui m’a dit : ‘’C’est malade, ton album, mais tu te rappelles-tu la toune que tu m’as fait écouter y’a quatre ans et demi? T’es vraiment un idiot si tu la mets pas!’’ Je l’ai cherchée dans mon ordi et j’ai fini par la retrouver. Je l’avais complètement oubliée.»

Pour les textes, Giguère a pu compter sur l’aide du comédien et metteur en scène Emmanuel Schwartz. Les deux acolytes ont repassé chaque texte au peigne fin avec, encore une fois, cette volonté d’être moins énigmatique ou, du moins, plus limpide que sur Casablanca. «J’avais envie d’y aller plus direct, straight to the point. Tu écoutes un texte et tu comprends tout de suite de quoi ça parle. Je me cache moins derrière des images.» Seuls les titres, presque tous en anglais, renferment un côté plus ambigu et abstrait, car comme d’habitude, ceux-ci ont été choisis en fonction des lectures que le chanteur a faites. «Et j’ai presque juste lu en anglais dans les cinq dernières années. Je voulais améliorer ma compréhension très, très défaillante…»

crédit : Antoine Bordeleau

En découle un album lucide, empreint d’une appréhension de la trentaine, mais surtout d’une envie d’évoluer vers un meilleur jour. Giguère y parle d’amours perdus, de blessures intérieures, de ces jeux de séduction qui le consument, tout en évitant un ton larmoyant. Au contraire, il y parait résilient – pas encore heureux, mais sur le point de l’être, peut-être, un jour. «Mais dis-moi qu’est-ce qu’on s’en fout avec le temps?» se demande-t-il sur Sookie, conscient que le temps a cette vertu de tout arranger ou presque. 

Bref, après le coup de poing Casablanca, est-ce que Constance serait un disque d’espoir? «Peut-être… Ce qui est sûr, c’est que je me demande comment évoluer, comment faire pour me sortir de mes émotions les plus extrêmes et, donc, comment faire pour trouver la constance», observe le chanteur, qui aura 31 ans dans quelques jours. «J’ai l’adolescence qui a duré longtemps et, là, j’ai cette envie de passer à l’autre step. Oui, on a tous envie d’être dans des jeux d’amour et de grande passion, mais à quel prix? En vieillissant, tu regardes derrière et tu te demandes comment faire pour garder l’intensité que t’avais, tout en étant conscient des tous ces jeux dans lesquels on se met en scène, de tout ce qui est vrai ou pas.»

Mais aussi bénéfique que cet album ait pu être pour lui, Giguère est conscient que la constance est un défi perpétuel. «C’est une affaire de chaque fuckin’ seconde. C’est un processus auquel je dois réfléchir chaque jour. Je recherche la constance dans la constance.»

Constance (Mo’fat Productions/Beaucoup Music) – disponible le 29 novembre

Lancement au Boxermans le 28 novembre 

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