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Rap local : la nature vulnérable de Mathew James
Musique

Rap local : la nature vulnérable de Mathew James

Actif depuis plus de cinq ans sur la scène rap abitibienne, le rappeur et producteur Mathew James s’autoproclame «le secret le mieux gardé de la forêt» sur son deuxième album, lancé la semaine dernière.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

VOIR : D’abord, parlons du titre de ton album. Cette référence au «secret le mieux gardé de la forêt» est-elle motivée par un certain sentiment d’exclusion? Au-delà de ton patelin abitibien, te sens-tu sous-estimé sur la scène hip-hop québécoise?

Mathew James : Ouais, y’a un peu de ça. C’est vrai qu’à part en Abitibi, je suis pas très connu et, pour vrai, ça me frustrait quand j’étais dans ma vingtaine. Je voyais tout le monde blow-up à Montréal et je trouvais ça plate de pas faire partie de l’explosion du rap game. Je savais ce que je valais. Maintenant, par contre, c’est pas mal différent. Je réalise que j’ai jamais été vraiment all in pour le fame. Ce qui m’intéresse, c’est juste la musique. Je fais mes affaires dans mon petit coin et j’ai rien à envier à personne.

Tu abordes ton entrée dans la trentaine sur l’album. Vois-tu un peu cet album comme un bilan de la décennie précédente, autant au niveau musical que personnel?

Un peu. C’est un album qui m’a permis de faire la paix avec beaucoup de choses que j’ai vécues, surtout avec mes anciennes relations. C’est pas un album qui parle d’une seule fille, mais bien de plusieurs avec qui j’ai partagé ma vie… pour le meilleur et pour le pire. Je me suis libéré de plein de sentiments refoulés, de plein de choses qui m’ont laissé amer. Et ce qui est vraiment spécial, c’est que dans le processus de création de l’album, j’ai rencontré une fille avec qui ça va super bien. Là, je peux dire que je suis vraiment passé à autre chose.

Considérant que tu es enseignant au primaire dans la vie de tous les jours, est-ce que tu t’es parfois censuré?

Au début de ma carrière, je faisais attention à ça. Pour être franc, ça me faisait un peu peur, car à ce moment-là, j’étais enseignant au secondaire et je savais que les jeunes écoutaient ma musique. Là, j’ai pris de la maturité et je m’empêche plus de dire ce que je pense, car ma vie, de toute façon, est pas mal moins rock’n’roll. Still, j’essaie de pas trop mélanger ma job et la musique, en allant, par exemple, faire des shows à mon école. J’ai jamais voulu devenir un rappeur scolaire.

La chanson Wild incarne bien le principal contraste qui habite ton album. D’un côté, tu vantes le décor champêtre qui t’entoure, notamment les beaux paysages et les activités en nature, mais de l’autre, tu parles aussi de tes tiraillements émotionnels, du fait que tu te sens un peu prisonnier à l’intérieur. Que cherches-tu à dire en mettant constamment de l’avant ce paradoxe?

La nature que je dépeins, c’est la nature sauvage. Et ça m’amène autant à réfléchir sur l’environnement que sur la nature de l’homme. Oui, je suis un gars qui tripe nature, qui aime aller dans le bois avec mes chums. Mais tout ça me ramène constamment à ma propre nature. Une nature qui est plus vulnérable que grandiose.

Côté beats, tu évites aussi le grandiloquent. Tu cherchais à rendre une œuvre moins chargée que tes précédentes?

En fait ,c’est tout nouveau pour moi de faire autant de beats. Dans ma vingtaine, je me considérais d’abord et surtout comme un rappeur. C’est mon frère qui m’a montré les principales techniques et, peu à peu, je me suis familiarisé avec ça sur Ableton. Là, le mot d’ordre, c’était d’avoir des bons beats, mais de m’assurer de pas trop en mettre pour laisser toute la place aux textes.

As-tu des artistes qui t’ont tout particulièrement inspiré?

J’ai toujours été super inspiré par Kanye West, mais sinon, au Québec, c’est surtout Ruffsound pis Ajust que je trouve extraordinaires, sans oublier Vlooper et la gang d’Alaclair Ensemble. Tous ces gens-là me donnent envie de repousser constamment mes limites et de développer ma propre signature.

Show de Mathew James – Lancement d’album – Cabaret de la dernière chance (Rouyn-Noranda), 20 décembre (21h)


La nouvelle de la semaine //

Souldia a annoncé dans les derniers jours la sortie de son septième album. Intitulé Backstage, l’opus paraîtra au printemps prochain sous Disques 7ieme Ciel, une première pour le rappeur de Limoilou qui, depuis environ une décennie, était représenté par Explicit Productions. Lancé vendredi, le premier extrait de l’album, Mélomane, montre que le rappeur n’a rien perdu de son côté incisif.


Le projet de la semaine //

Notre producteur étoile Kaytranada nous revient enfin avec Bubba, la suite tant attendue à 99.9%, un premier album louangé par la critique. Entre soul, néofunk, R&B et hip-hop, le compositeur originaire de Longueuil offre un brillant opus homogène, mené par des rythmes musclés à la cadence contagieuse ainsi que des lignes de basse brûlantes et langoureuses, le tout traversé par un groove incandescent, irrésistible.

Mentions au rappeur abitibien Mathew James pour Le secret le mieux gardé de la forêt, un deuxième opus sincère et bien ficelé, et au producteur montréalais Godfatha Beats pour Tape #2, une dynamique compilation rassemblant plusieurs des meilleurs artistes du street rap local (notamment DawaMafia, Demon D.O.A., T.K et Flawless Gretzky).


La chanson de la semaine //

Trois chansons issues de la scène anglo-montréalaise se partagent le titre : la flegmatique Simmer Down du rappeur et producteur YAMA//SATO avec KayTelsa, l’ardente incursion hardcore trap Break de DeusGod et le délire jazzy rap What’s The Plan? de GrandBuda, Maky Lavender et Yuki Dreams Again.


L’instru de la semaine //

Les producteurs montréalais DJ Manifest et Major proposent un remix fort entraînant de Papillon, hit hip-pop de FouKi.


Le clip de la semaine //

Molecule Creative, boîte vidéo de Québec, signe un clip léché et parfaitement indolent pour Low Town, hommage bien personnel au quartier Limoilou par le jeune rappeur Vincent Biliwald.


Les spectacles à voir //

Lancement CLOUD N9NE

Le trio CLOUD N9NE lance sa première mixtape Ça le fait ce vendredi.

Nacho Libre (Montréal), 20 décembre (22h30)

Multiply Battles Vol.1

La plateforme Multiply MTL (fondée et gérée par le DJ montréalais ASMA) présente la première édition de sa ligue de battle rap. On pourra notamment y voir Speats affronter VK.

Turbo Haüs (Montréal), 21 décembre (19h)

BOOM 2019

Le promoteur Rico Rich (derrière Les disques RER, label de Québec) présente la 23e édition de l’événement BOOM avec, en tête d’affiche, sa recrue Raccoon. Ty-Q, Wesbroom, Said et LVS Crew seront également de la partie.

Dagobert Nightclub (Québec), 21 décembre (20h)

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