Ne manquez rien avec l’infolettre.
Rap local : Gaza, le membre sous-estimé de 5sang14
Musique

Rap local : Gaza, le membre sous-estimé de 5sang14

Membre du populaire collectif 5sang14, le rappeur Gaza amorce l’année avec un spectacle à Blainville.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

VOIR : Tu es l’es un des cinq membres du 5sang14, mais contrairement à Lost ou White-B, on n’en sait que très peu sur toi. Peux-tu nous résumer ton parcours musical?

Gaza : Mes débuts dans le rap remontent à 2012 ou 2013, je crois. J’ai rencontré Lost au secondaire, et il m’a amené dans un studio à Cartierville. C’est là que j’ai enregistré mon premier son. À partir de là, on a commencé à se professionnaliser. On a arrêté de faire des freestyles dans les parcs et on a travaillé sur des vrais projets. Mon premier clip à vie, c’est Non-Stop en 2014 avec Lost, qui s’appelait JBZ à l’époque. 

Ton nom, Gaza, c’est en lien avec tes origines?

Oui, mon père est Palestinien et ma mère est Marocaine. Moi, par contre, je suis né ici, dans le quartier Parc-Extension. J’ai grandi là-bas et, encore aujourd’hui, je me considère chanceux d’avoir vécu dans un milieu aussi diversifié et agréable. C’est une culture à part entière.

Il y a une raison politique derrière le choix de ce pseudonyme? Si oui, comment cela se manifeste-t-il dans tes textes?

Pas vraiment pour être franc…  Mes paroles ne sont pas politiques, mais elles sont véridiques. Ça parle des trucs qu’on vit dans la rue et dans notre quotidien. C’est important de partager ce genre de choses avec les auditeurs, même si c’est parfois un peu rude. Si tu restes trop soft, tu ne réussis pas à passer le message que tu as envie de passer.

Et, dans ton cas, ce message serait lequel?

De ne pas faire la même erreur deux fois. Une erreur, c’est un apprentissage, mais si tu refais la même, tu deviens fautif. C’est là qu’on peut te pointer du doigt.

Plus que le son, ton seul projet solo à ce jour, est paru il y a deux ans. Avec le recul, qu’as-tu pensé de l’accueil?

La réception a été formidable. Les chiffres de stream sont très bons, et ça a tourné beaucoup dans les voitures. Je suis super fier de cette mixtape, car même si c’est un projet solo, je l’ai fait avec beaucoup de collaborateurs. Moi, je suis un gars d’équipe. Un de mes groupes préférés, c’est Sexion d’Assaut, et ils ont toujours fait leurs trucs ensemble. Je suis comme eux : j’aime davantage créer en bande qu’isolé dans mon coin. 

Tu as travaillé activement avec 5sang14 l’an dernier. Votre projet 5/5 a fait beaucoup de bruit sur la scène rap locale. Comment c’était de retrouver tes bons vieux amis en studio?

La chimie s’est développée instantanément. L’un pousse l’autre, et ça donne une compétition positive. Personne n’est là pour écraser l’autre. Et je suis très content du résultat. Ça donne un bon EP rempli de styles différents, notamment des sonorités trap, orientales et dance. Je me suis retrouvé dans un projet que j’adore, et tout ça a culminé avec notre spectacle au MTelus. C’était incroyable.

As-tu parfois l’impression d’être dans l’ombre de certains de tes collègues?

C’est un petit peu normal que ce soit le cas, car je n’ai sorti qu’un projet solo en carrière. Je n’ai pas été aussi exposé qu’eux. Dans tous les cas, je suis très heureux de faire partie de la scène underground de Montréal. J’ai mes fans qui me donnent beaucoup de force et, pour moi, c’est ça, l’essentiel. 

Ton année 2019 a aussi été marquée par la série de clips Welcome à Montréal, dans lequel tu collabores avec des rappeurs de la métropole. Quelle était l’idée générale derrière cette série?

Le fait d’avoir jumelé un mot en anglais («welcome») à un autre mot en français («à») dans le titre, ça illustre bien mon intention. Je voulais montrer le talent qu’il y a dans les deux langues à Montréal. Je compte produire une nouvelle saison, mais ça ira à l’an prochain. Pour l’instant, j’ai un autre projet musical.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet?

Pas vraiment… Le projet est tellement mystère que juste le fait que j’en parle, c’est déjà trop d’informations!

On pourra te voir sur scène ce samedi. À quoi peut-on s’attendre?

Ce sera très festif, car je vais célébrer mon anniversaire avec mes amis. Et je vais gâter mes fans avec une petite prestation. Un cadeau pour débuter l’année.

GAZA (5Sang14) – Performance Live & Bday Bash – General Sherman (Blainville), 11 janvier (22h)


La nouvelle de la semaine //

La bonne nouvelle est tombée juste après notre dernière chronique de 2019 : Connaisseur Ticaso est de retour pour de bon, et c’est Joy Ride Records qui a su profiter de l’occasion. Figure de proue très respectée de notre scène rap, le pionnier et vétéran montréalais (qui a vu sa carrière battre de l’aile en raison d’un long passage en prison) a cumulé plusieurs chansons classiques dans les 20 dernières années (Sur le corner, À Montréal), en plus d’avoir sorti quelques mixtapes, mais il n’a jamais fait paraitre à ce jour un album officiel sous une étiquette reconnue. Pour l’instant, aucune date n’a été annoncée pour le projet, mais on a espoir que celui-ci paraitra cette année. En attendant, on se repasse en boucle sa plus récente chanson en duo avec Sadik.


Le projet de la semaine //

Le producteur Nicholas Craven livre la suite de son excellente compilation Craven N, parue en 2017. Sur cette deuxième mouture, le Montréalais réaffirme son amour du hip-hop soul minimaliste, en offrant quelques-unes de ses meilleures productions des derniers mois à des rappeurs doués, notamment les Américains Styles P, Mach-Hommy et Dark Lo (qui vient d’ailleurs tout juste d’être arrêté pour trafic de drogues).

Notons aussi la qualité et l’ingéniosité de Drogus Lordini, projet collaboratif entre le producteur septilien Beatahoe et le rappeur arizonien Grim Moses. Passé maitre dans l’art d’échafauder des ambiances lugubres, en phase avec l’esthétique du rap new-yorkais underground du début des années 2000, le compositeur y livre quelques-unes de ses compositions les plus ingénieuses en carrière, trouvant en Moses et son flow intraitable des alliés de taille pour appuyer le côté glacial de sa proposition.

Mentions à deux autres projets parus durant le temps des Fêtes : On Da Road 3 de Flawless Gretzky et Joyeuse fouette de Tizzo. Loin d’être des sommets dans la carrière des deux rappeurs, ces EPs valent tout de même le détour.


La chanson de la semaine //

Nate Husser s’entoure de la productrice électronique torontoise Eva Shaw et du rappeur atlantien Thouxanbanfauni sur la percutante Strip.

Mentions à deux autres chansons parues dans les dernières semaines : l’indécente incursion dance DLS de DawaMafia et la cinglante Sur la route de Shreez, qui aborde une fois de plus la fraude électronique, sujet de prédilection du rappeur lavallois.


L’instru de la semaine //

Vincent Pryce vogue vers des horizons sinistres sur Winterlands, composition aux lueurs aussi froides que le présuppose son titre.


Le clip de la semaine //

Nouveau protégé de Manu Militari, qui l’a récemment signé sous son étiquette Grande Plume, le rappeur PC profite d’une mise en scène narrative adéquate de la part des réalisateurs Dino César et Jamal Jackson pour In and Out, chanson qui met la table pour la sortie de son premier projet solo.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie