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Théâtre jeunesse: Le coup de théâtre, le coup de pouce ou la jambette

Il y a tellement à dire sur le théâtre jeunesse qu'on ne sait pu par quelle bout commencer. C'est comme essayer de mettre une nappe carrée sur une table ronde: rien à faire, il y a toujours des bouts qui dépassent.

C'est la troisième fois que j'essaie d'écrire ce billet, que j'abandonne invariablement après quelques lignes… C'est comme si le théâtre jeunesse n'avait pas les dimensions idéales pour "fiter" avec un billet de blogue.

C'est plutôt un essai qu'il faudrait écrire.

Voilà une porte d'entrée. Si j'écrivais un essai sur le théâtre jeunesse, ça pourrait s'appeler "le coup de théâtre, le coup de pouce ou la jambette" (faisons le titre long, comme disait Félix). Parce que je suis vendu d'avance au théâtre jeunesse – ce qui ne m'empêche pas d'être critique envers certaines productions, mais tout de même. Or, il y a beaucoup à reprocher à la situation dans laquelle se trouve ce théâtre.

Si j'écrivais un essai sur le théâtre jeunesse,
j'aborderais la mise en scène:

L'incroyable inventivité dont font preuve les metteurs en scène de théâtre jeunesse. Ils savent fort bien qu'ils s'adressent à un public qui n'a pas l'imaginaire ankylosé et qu'ils peuvent expérimenter à souhait des scénographies extravagantes, épurées ou carrément folles, festives ou débridées.


Valérie Descheneaux : Dans le rôle de Nanabush, personnage principal de Wigwam.
Source: Site du Théâtre La Rubrique
 

Aussi le jeu des comédiens:

Le talent qu'il faut pour un comédien ou une comédienne (adulte presque par définition), de jouer l'enfant devant des enfants, par exemple, tout en étant crédible. Ce qu'a merveilleusement bien réussi Valérie Descheneaux, qui incarnait Nanabush dans la production Wigwam.

Et le courage:

Le courage qu'il faut pour jouer devant des enfants qui ne font (presque par définition) aucun compromis, qui ne rient que lorsque c'est drôle, n'aiment que lorsque c'est intéressant, ne tolèrent aucune digression à la logique inhérente à tout univers – même imaginaire.

Mais aussi la catégorisation des pièces de théâtre:

Cette mauvaise manie que les compagnies de théâtre ont de fermer les catégories d'âge au lieu de les laisser ouvertes (comme c'est le cas au cinéma, par exemple). En effet, Wigwam, la production que j'ai vue en famille samedi dernier, était catégorisée «de 4 à 7 ans». Il y a des «5 à 9 ans», des «8 à 11 ans», «10 à 13 ans», «14 ans et plus». Je n'ai aucune peine à imaginer qu'un virile papa (qui a d'autres chats à fouetter presque par définition) ne saute pas de joie à l'idée de se déplacer pour voir une pièce qui s'adresse à des 8 à 11 ans.

Peut-être restera-t-il à la maison pour écouter les Simpson (catégorisé 8 ans et plus au petit écran)?

Alors je prêche pour une nouvelle catégorisation, celle-là ouverte. Les adultes écoutent des films pour enfants sans se poser de question. Il devrait en être ainsi pour le théâtre. Mais si le théâtre se ferme lui-même des portes.

Et à propos des représentations scolaires.

Je l'ai déjà écrit dans un article paru dans le cadre de la tournée des régions – donc dans les journaux d'autres régions -, La Rubrique fait des efforts monstres pour développer le créneau du théâtre jeunesse, cherchant à développer une sensibilité pour le fait théâtral dès le plus jeune âge, ce qui me semble tout à fait louable. Or, si ces efforts ne résultent qu'en un nombre grandissant de «représentations scolaires», je ne crois pas que ça sauvera le théâtre.

Il suffit, pour s'en convaincre, d'assister au même spectacle deux fois: la première en représentation scolaire, la seconde en représentation ouverte au public. On devient ainsi témoin d'un phénomène particulier: nos enfants sont humains. Ils réagissent différemment selon l'encadrement auquel ils sont soumis.

Mais c'est au-delà d'une simple question d'encadrement. Lorsqu'ils assistent à une pièce de théâtre pour la première fois – ou pour les premières fois – les enfants sont bombardés par des signes qu'ils ne connaissent pas. Ils ont des questions, des surprises, des craintes, des coups de coeur. Ce que ne provoque plus, soit dit en passant, l'univers télévisuel depuis déjà bien longtemps – ils en ont vu d'autres.

Si la personne qui est près d'eux lors d'un spectacle de théâtre est un parent, ils trouveront des réponses à leurs questions – ou sauront qu'il est bien de ne pas avoir de réponse, parfois. Quelqu'un sera présent pour tempérer leurs surprises, pour les étreindre au surgissement de quelque crainte, et on saura faire durer le coup de coeur dans les jours qui suivent, pour que le théâtre soit véritablement une expérience.

Or, si l'enfant vit ses interrogations, ses surprises, ses craintes et ses coups de coeur entouré d'enfants de son âge. Il ne trouve en réponse que l'écho des questions, surprises, craintes, coups de coeur de ses voisins. Ce qui a tôt fait d'évoluer en un babillage stérile, culturellement parlant.

Qu'on me comprenne: le théâtre à l'école doit absolument être encouragé. Mais idéalement, ça ne devrait pas être le premier contact avec la scène.

La première pièce de théâtre, c'est une étape cruciale de l'ouverture culturelle, un baptême, la consécration de l'imaginaire de l'enfant. Il me semble que ça devrait être vécu en famille. Comme les premiers mots, les premiers pas, les premiers coups de pédale, et toutes ces premières fois qui ponctuent leur vie.

Si le théâtre jeunesse est associé pour eux à un divin moment de partage familial, une expérience commune particulière, un instant de bien-être et de proximité avec maman et/ou papa. Si et seulement si. Alors ils auront développé, j'oserai dire à tout coup, une véritable sensibilité pour le fait théâtral.