C'est comme à chaque année. Je pense à toi comme à un père que je n'aurais pas connu, mais de qui j'aurais beaucoup entendu parler.
Quand je suis allé te voir, la gueule pleine de tes mots, toutes les larmes ravalées sur le corps frêle de mon fils ont fini par brouiller l'instant. Je me revois penché sur ta dernière pierre, à quémander un peu de ta sagesse. À espérer que mes alouettes n'héritent pas de ma colère, mais d'un ciel charpenté comme une maison bleue dont tu connais les plans par coeur.
Je te salue, Félix, le coeur serré. Parce que tes rêves sont inachevés. Ta maison mal calfeutrée. Ton plus grand désir bafoué. Par un peuple qui se souvient mal. Qui ose empiler sur ta tombe des souliers neufs ou cirés, de ceux qui n'ont rien vu, rien connu, qui n'ont tracé aucun sentier, ouvert aucun chemin.
Je te salue comme je l'ai fait souvent, tandis que mes fils gazouillent pour traverser à gué le cours du silence. Alors que moi j'y suis enfoncé jusqu'aux hanches. Puis je les prends dans mes bras, comme tu l'aurais fait sans doute. Et je chante, comme on l'a fait pour moi, Bozo, en reniflant.
Salut, Félix.