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Zoofest : Humour décentralisé
Scène

Zoofest : Humour décentralisé

Inspirés par ce qui se fait actuellement chez les Américains, les jeunes humoristes québécois optent pour un humour simple et direct. Comme d’habitude, le Zoofest tâtera le pouls de cette relève, du 7 au 30 juillet.

De passage au festival, David Beaucage, Jay Du Temple, Léa Stréliski et Arnaud Soly ont comme maîtres à penser des figures incontournables de la scène humoristique américaine. Des vidéos de Louis C.K., de Bill Burr, de Demetri Martin, d’Ali Wong et de Mike Birbiglia, ils en regardent énormément. «On peut dire que c’est une tendance générale depuis quelques années», observe Jay Du Temple, sacré artiste de l’année au Zoofest l’an dernier. «Je pense qu’on revient un peu à la base, avec le stand-up classique et le pied de micro. Il y a un contact direct qu’on aime bien là-dedans. Dans les bars, on ne voit presque plus de personnages. C’est quelque chose qui est davantage confiné à des shows-concepts.»

«Je remarque aussi une montée en puissance des filles», poursuit Léa Stréliski, qui vient tout juste de terminer sa première année à l’École nationale de l’humour. «On vit plein d’affaires en ce moment et on dirait qu’on ressent de plus en plus le besoin de dire comment on vit tout ça. Je pense tout particulièrement à un sketch d’Ali Wong où elle raconte de façon très raw ses humeurs de femme enceinte de sept mois.»

Si les idoles sont principalement américaines, les influences, elles, sont en partie québécoises. D’ailleurs, tous s’entendent pour dire que Louis-José Houde a changé la donne, autant en raison de son type d’humour intimiste et de ses observations chirurgicales que de sa façon de travailler. «C’est un vrai précurseur. C’est lui qui a élevé d’un cran le niveau de rigueur dans les bars», avance Jay Du Temple. «Maintenant, il y a beaucoup d’humoristes de l’ancienne garde qui sont surpris de nous voir en show avec nos papiers et notre bouteille d’eau… Ils se demandent où sont passées la bière pis la poudre!»

Finissant de l’ENH en 2013, David Beaucage remarque le même phénomène: «Ce que j’entends des vieux routiers, c’est qu’avant, ça faisait partie du cachet de rester sur place après son numéro pour closer le bar avec tout le monde. Ça marche pu vraiment comme ça…»

«En fait, c’est pas le genre de choses qu’on peut se permettre si on veut perdurer dans ce milieu-là», renchérit Arnaud Soly, improvisateur montréalais qui a fait le saut en humour l’automne dernier. «Il faut sortir le crayon chaque jour ou presque. On peut pas se permettre de rouler le même numéro dans les bars pendant trois ans.»

Photo : Antoine Bordeleau
Photo : Antoine Bordeleau

La fin d’un monopole

Signe que le milieu est en santé, les lieux de diffusion se multiplient partout au Québec, comme en témoignent les nombreuses soirées d’humour hebdomadaires qui ont fait leur apparition dans les cinq dernières années. «Il y a plein de nouveaux marchés qui se créent actuellement», explique Soly, lui-même animateur des Lundis de l’humour sauvage au Major Tom. «Montréal, tout particulièrement, commence à ressembler au golden age des comedy clubs américains. Les gens consomment de l’humour plus que jamais.»

Auparavant perçu comme un monopole, Juste pour rire fait maintenant face à une scène humoristique diversifiée et décentralisée. La récente arrivée du festival Dr Mobilo Aquafest et, surtout, celle du Bordel Comédie Club, ouvert l’an dernier rue Ontario, en sont des manifestations probantes. «C’est là que j’ai vu les shows les plus efficaces et les plus drôles au Québec», relate Jay Du Temple, à propos de ce club notamment fondé par Louis-José Houde et Mike Ward. «Reste que JPR, c’est quelque chose que tu veux accomplir. On caresse tous, par exemple, le rêve de participer à un gala. Personnellement, je le verrais plus comme une tape dans le dos qu’une finalité.»

«Moi, il y a un côté clean qui me fait peur dans ces galas-là», renchérit Léa Stréliski. «C’est sûr que ça me fait rêver aussi, mais les retombées me semblent floues.»

«Avant, Juste pour rire, c’était le rêve ultime», poursuit David Beaucage. «Je dirais même que de participer à un gala, c’était la seule issue pour que ta carrière démarre. Maintenant, tout ça a beaucoup changé. Les derniers pour qui ça a réellement fonctionné, c’est Rachid Badouri et André Sauvé.»

Paradoxalement, ce serait JPR lui-même qui aurait encouragé tous ces changements, notamment par l’entremise du populaire concours En route vers mon premier gala, initié en 2008. «Avant ça, je sais même pas si la relève humoristique existait!», exagère David Beaucage. «Il y avait ceux que tu voyais à la télé et les autres, qui n’avaient pratiquement aucune tribune.»

Créées en 2004, les soirées d’humour au Saint-Ciboire ont également contribué à la mise en place d’une relève forte et bien organisée, de l’avis de Du Temple. «C’est à partir de là que le réseau a commencé à se développer. Maintenant, si tu es en demande, tu peux gagner ta vie en faisant chaque semaine le tour des soirées d’humour et en décrochant quelques contrats corpos ici et là», dit celui qui anime une soirée hebdomadaire au Jockey. «Ça a aussi amené une professionnalisation plus rapide du métier. Quand Bellefeuille s’est fait découvrir au début de la décennie, il était déjà très solide sur scène parce qu’il s’était fait les dents dans le circuit de la relève.»

Photo : Antoine Bordeleau
Photo : Antoine Bordeleau

L’importante contribution du Zoofest

Évidemment, le Zoofest a lui aussi contribué à cet essor. Initié par JPR en 2009 (puis jumelé à son pendant anglophone OFF-JFL depuis cette année), le festival a permis l’éclosion des Phil Roy, Katherine Levac, Yannick de Martino et Adib Alkhalidey – pour ne nommer que ceux-là.

Mais au-delà de ça, il se positionne comme une plateforme d’expérimentation de choix pour tous les humoristes – relève ou pas. «Je vois ça comme une zone d’exploration. Ça nous permet de nous tremper le gros orteil et de voir si ça nous tente de plonger… C’est aussi l’un des seuls festivals qui nous permet de nous réunir pour faire des jokes d’Harry Potter pendant une heure!», dit Jay Du Temple, en référence au Harry Potter Show auquel il a participé l’an dernier.

Et les explorations seront toutes aussi nombreuses cette année. Entre la soirée de «filles pas gentilles» Mean Girls, la série de stand-up thématique à propos de «notre obsession nationale» La soirée du hockey et le mystérieux Frères de graines, qui n’est «ni un show vulgaire ni un show d’horticulture», le Zoofest se met au diapason de ce qui se fait de meilleur sur la scène humoristique alternative québécoise.

Il met également en relief une autre particularité de cette dite relève: la fraternité. «C’est avec des événements comme ça qu’on remarque la franche camaraderie qui nous unit», indique Jay Du Temple. «Quand quelqu’un d’entre nous réussit, on est généralement pas frustrés ou envieux. Tout ce qu’on veut, c’est que la relève perce.»

Mean Girls
Avec Léa Stréliski, Emma Berthou, Coco Belliveau, Ève Côté et Madeleine Pilote-Côté
11, 14, 17, 20 et 21 juillet au cabaret du 4e du Monument-National

La soirée du hockey
Avec David Beaucage, Jay Du Temple, Sam Breton, Sébastien Mathieu et Katherine Levac
13, 16, 17, 20 et 22 juillet à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National

Bien élevé
Avec Jay Du Temple
14, 15, 20, 21, 28 et 29 juillet au studio Hydro-Québec du Monument-National

Frères de graine
Avec Arnaud Soly, Jonathan Moreau Cormier et Olivier Roberge
20, 24, 25, 26, 29 et 30 juillet à la balustrade du Monument-National

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