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Stockholm, le syndrome : L'absurdité bureaucratique
Scène

Stockholm, le syndrome : L’absurdité bureaucratique

Le syndrome de Stockholm, par définition, est un phénomène psychique au cours duquel un lien d’empathie se tisse entre la victime d’une séquestration et son ravisseur.

La victime; l’ensemble des employés d’un modeste bureau d’assurance. Le ravisseur; un obscur joueur de cricket insatisfait de son assurance vie, déterminé à réclamer une destinée qui lui revient de droit. La prémisse de ce tout premier texte théâtral de Gabriel Fournier promet des dialogues d’une savoureuse absurdité, à huis clos dans un lieu des plus banals. Même si le syndrome peut paraître comme l’élément fondateur du scénario, il n’en est rien, précise l’auteur. «Le titre est bien choisi, mais il peut porter à confusion. Le syndrome est un prétexte à l’histoire. Ce n’est pas le sujet», c’est plutôt la forme que prendra la montée dramatique. Telle une contagion virale, la sympathie se développera chez les multiples personnages, à l’instar du phénomène qui donne son titre à la pièce. De quoi rythmer une séquestration de belle manière, au fil d’une intrigue sans queue ni tête.

Vaincre le syndrome

Comédien actif sur la scène de Québec, Gabriel Fournier signe également sa toute première mise en scène dans le cadre de ce projet audacieux, qu’il tient à bout de bras depuis près de deux ans. D’abord présenté en 2015, sous forme de lecture aux Chantiers du Carrefour international de théâtre de Québec, le texte était alors inachevé. C’est d’ailleurs pour outrepasser le traditionnel syndrome de la page blanche que l’auteur y a soumis son projet. «C’est un texte qui a été fait par balbutiements. J’ai voulu me provoquer à écrire. Je me suis inscrit aux Chantiers pour avoir un deadline. Et ça a fonctionné […] À tâtons, j’ai écrit une première page. Puis, une deuxième. Quand j’ai commencé à avoir une quinzaine de pages, j’ai commencé à avoir une idée d’où je voulais m’en aller avec ça.»

Affiche du spectacle Stockholm, le syndrome (Crédit: Géraldine Rondeau)
Affiche du spectacle Stockholm, le syndrome (Crédit: Géraldine Rondeau)

Dans la salle, le jour de la lecture publique se trouvait Jean-Michel Déry. Faisant maintenant partie de la distribution, l’acteur se souvient avoir été marqué par la plume de son metteur en scène. «La langue, le ton, ça faisait un peu Ionesco, mais plus contemporain. J’aime beaucoup l’absurde et ce que ça offre dans le jeu. Ce qui est l’fun, c’est qu’il n’y a pas de demi-mesure. Les personnages sont clairs, convaincus et essaient de convaincre les autres. On est dans la caricature et l’archétype.» Celui qui était également de la distribution de Rhinocéros (mis en scène par Alexandre Fecteau en 2013) ajoute que les occasions de jouer ce genre de texte à Québec sont plutôt rares, particulièrement dans un contexte de création.

Expérimentations publiques

C’est donc avec beaucoup de liberté et une douce folie que l’équipe de Stockholm, le syndrome aborde la production. Il faut dire que le cadre au sein duquel les jeunes compagnies de théâtre peuvent maintenant évoluer, quoique précaire, encourage mieux la création et sa diffusion dans la Capitale. «Premier Acte y laisse toute la place. C’est sa mission», souligne Denis Marchand, comédien nouvellement joint à la distribution. «Les grandes compagnies de théâtre vont moins oser se mettre en danger, bien souvent à cause d’une question de sous.» Néanmoins, la popularité grandissante de ces plateformes de la relève (Festival du Jamais Lu, Les Chantiers) favorise indéniablement l’essor des nouveaux auteurs, tout en leur assurant les outils nécessaires à la réalisation de leurs projets.

Dans ce contexte, on peut s’attendre à tout de cette mise en scène, qui nous promet un décor minimaliste, où les éclairages de Jean-François Labbé et les ambiances sonores de Mathieu Campagna seront au cœur de l’action scénique, qui se déroulera en temps réel. Loin d’être statique, le huis clos bureaucratique se déploiera à un rythme effréné, alors que des alliances naîtront entre les victimes, tentant de survivre à leur agresseur sportif. Comme la pièce est plongée dans un registre quasi cartoonesque, doublé d’absurdité, le public risque fort de se faire entraîner, malgré lui, dans la folie des protagonistes. Expérimentale, cette approche théâtrale atypique de Gabriel Fournier? «Je pense que c’est rafraîchissant, affirme-t-il. […] Chose certaine, c’est pas très 2016. Les gens risquent de sortir perplexes. Perplexes, et souriants!»

Stockholm, le syndrome
Du 11 au 29 octobre à Premier Acte

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