Jean-François Provençal et Julien Corriveau : les nouveaux défis
Scène

Jean-François Provençal et Julien Corriveau : les nouveaux défis

Désirant couper court aux réflexes télévisuels qu’ils ont entretenus au courant des neuf saisons des Appendices, Julien Corriveau et Jean-François Provençal adoptent une formule de stand-up classique (ou presque) avec Chansons drôles et drôleries chancelantes, spectacle conjoint qu’ils présentent pour la première fois dans le cadre de Zoofest.

Les deux complices sillonnent les scènes du Québec en solo depuis quelques mois. «Entre la fin de l’émission en novembre et les nouvelles du renouvellement en avril, qui ont finalement été négatives, on avait du temps devant nous. Vu que c’est toujours plus long développer des projets de groupe, on est allés faire du stand-up comme sideline», explique Corriveau.

Dès le départ, ils ont remarqué les différences intrinsèques aux deux médiums. «C’est surtout la manière de travailler les textes qui est différente», poursuit-il. «Le feedback est très différent aussi. Ça peut être facile de faire un oral sur scène, mais le public doit se sentir plus interpellé. Tu dois enclencher une discussion avec lui.»

«Dans notre émission, on pouvait souvent s’en tirer avec un bon concept, même si le gag était pas si drôle. Là, c’est vraiment pas la même game. Faut faire rire à tout coup ou presque», observe Provençal.

S’ils carburaient aux personnages dans leur émission à Télé-Québec, ils doivent maintenant faire une place plus grande à leur propre personnalité. «La scène m’apparait comme la forme la plus pure pour faire de l’humour», explique Corriveau. «Éventuellement, j’aimerais interpréter des personnages ou explorer d’autres avenues avec des supports visuels, mais pour l’instant, j’aime l’idée de faire ça classique.»

«Malgré tout, j’trouve qu’on a quand même toujours un personnage sur scène», nuance son collègue. «On joue une version de nous-mêmes.»

«Oui, faut juste trouver le personnage avec lequel on connecte», poursuit son acolyte. «Julien Lacroix, par exemple, y’est pas de même dans vie, mais tu vois d’où ça vient. Il exacerbe un côté de qui il est. L’idée, c’est de se trouver un canevas à exploiter sur scène, genre le gars vraiment dépressif, le gars qui a une agressivité cachée…»

«OUAIS, tous ces personnages-là, Julien!» s’exclame Provençal, ironisant l’énumération de son camarade. «Ce sont tous des personnages vraiment l’FUN à explorer!»

Jean-François Provençal. Courtoisie Zoofest.
Jean-François Provençal. Courtoisie Zoofest.

Durant leur spectacle collaboratif, les deux humoristes miseront donc sur leur personnalité et sur les sujets qui les passionnent ou qui les touchent dans la vie tous les jours. «Moi, mon angle, c’est l’autodérision. J’raconte des expériences qui m’arrivent, comme la fois où je suis allé au café des chats, la fois que c’tait ma fête…» énumère Corriveau.

«Moi, je parle plus de science-fiction, d’affaires fuckées», enchaîne son collègue.

«Jean-François, en fait, il a une manière de pensée vraiment cool», poursuit Corriveau, avec une pointe d’ironie lui aussi. «Il prend souvent pour acquis que les gens vont penser comme lui dans une situation précise, mais c’est pas le cas. Quand il fait une joke terre-à-terre, ça marche plus ou moins parce que personne connecte.»

«Haaa! C’est pour ça que le monde rit….» répond son confrère, faussement ébahi. «C’est parce qu’il me trouve fuckin’ bizarre!!»

Étiquetés «humoristes absurdes» en raison de leur émission, les deux artistes désirent se dissocier un peu de cette image. «Y a une espèce de déformation professionnelle qui s’est créée avec les années», analyse Corriveau. «En raison de nos sketchs à la télé, on a développé une façon de voir les choses assez décalée, très différente de ce que les gens pensent ordinairement. Notre réflexe et notre style sont donc absurdes. Là, on veut aller dans de quoi de plus classique, mais c’est certain que nous qui essayons de faire quelque chose de classique, ça donnera pas de quoi de classique.»

«Mais t’sais, on finira jamais par parler de notre piscine pis du fait que notre blonde est donc ben niaiseuse», ajoute Provençal. «Ça, ce sont des sujets pour une certaine catégorie d’humoristes qui, anyway, n’existe plus vraiment dans le milieu.»

Contrairement à la réalité habituelle des humoristes qui commencent à faire de la scène, les attentes sont déjà quelque peu élevées pour les spectacles des deux membres des Appendices. Un couteau à double tranchant. «Quand j’me fais présenter comme un gars des Appendices et que les gens applaudissent, je pars avec un préjugé favorable, mais au contraire, quand personne n’applaudit, je pars avec une prise parce que je suis supposé d’être connu pis drôle», remarque Corriveau.

Julien Corriveau. Courtoisie Zoofest.
Julien Corriveau. Courtoisie Zoofest.

Loin d’avoir fait une croix sur le médium télévisuel, les deux artistes retourneront travailler avec leur groupe pour élaborer deux émissions à Télé-Québec : une qui prendra la forme d’un spécial de fin d’année et l’autre qui sera incluse dans une programmation spéciale pour souligner les 50 ans du réseau. «Bref, ils nous ont dit qu’ils coupaient notre show hebdomadaire parce qu’ils avaient pus d’argent, tout en nous donnant le contrat pour deux grosses émissions… C’est un peu comme si ta blonde te laissait, mais qu’elle te disait : ‘’Mais on va quand même fourrer deux fois par année!’’» blague Provençal.

«Ça va nous donner un défi différent», poursuit son partenaire de scène. «Quand ça fait neuf saisons que tu fais d’une émission, c’est un peu normal que les journalistes ne te donnent plus la même couverture, car le phénomène est connu et qu’il n’y a plus vraiment de nouvel angle à aborder. Là, ça va nous faire un nouveau projet avec un nouveau rayonnement. C’est excitant d’avoir des nouvelles contraintes.»

Chansons drôles et drôleries chancelantes – 6, 7, 8, 13, 14 et 15 juillet au studio Hydro-Québec du Monument-National

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