Rosalie Vaillancourt : Sans filtre
Scène

Rosalie Vaillancourt : Sans filtre

Cultivant avec excentricité son rôle de «fille naïve un peu trash», Rosalie Vaillancourt utilise à bon escient son trouble du déficit d’attention.

Rencontrée dans un café canin en compagnie de son nouveau chien (mâle) Chantal, l’humoriste de 24 ans dégage une énergie désinvolte similaire à celle qu’on voit sur scène. «En show, j’suis un peu plus de bonne humeur, plus excitée, mais sinon, je suis tout le temps aussi weird. Y a toujours des gens qui se demandent si je joue un personnage ou pas lorsqu’ils me voient sur scène. Pour moi, c’est la même affaire.»

Vive d’esprit, Rosalie Vaillancourt laisse transparaître une confiance éclatante, que confirme l’anecdote de son entrée à l’École nationale de l’humour en 2013. «J’voulais juste faire les auditions pour le fun, mais je savais déjà que j’allais être prise. Autant que j’m’haïs à plein de niveaux, autant que j’ai une confiance dégueulasse pour ce genre d’affaires-là. J’me suis dit que j’allais essayer l’École un an pis arrêter si jamais j’aimais pas ça.»

La Maskoutaine s’est finalement sentie à sa place à l’ENH, beaucoup plus qu’au cégep de Saint-Hyacinthe, où elle avait entamé des études en théâtre. «Je me suis fait mettre dehors du programme, et on m’a dit d’aller en humour. Pour vrai, j’étais pas du tout docile et malléable, c’était juste pas fait pour moi. J’comprenais pas les textes que je devais jouer. OK, je comprends que je dois me mettre dans la peau d’une vieille bolchevique, mais pourquoi je dois dire ces mots de merde-là?»

Depuis l’obtention de son diplôme en 2015, l’artiste accumule les projets télévisuels, notamment Info, sexe et mensonges, Le nouveau show et Conseils de famille. Toutefois, monter sur scène l’anime autant, sinon plus que toutes ces expériences formatrices. «Le problème, c’est que j’ai pas assez de temps pour essayer des choses, j’ai trop de contrats (…). De toute façon, je suis pas capable d’écrire rapidement, genre, ça serait impossible pour moi d’animer une soirée d’humour hebdomadaire. C’est sûr que je finirais par écrire de la marde. L’été passé, j’ai tenté d’écrire un numéro par semaine pis j’ai fini par parler de camping!»

Absurde trash

Pour Zoofest, elle a trouvé plusieurs filons d’écriture fertiles. Plateforme de choix pour tenter différents projets plus conceptuels, le festival montréalais lui a offert de participer au spectacle La table d’hôte aux côtés de Julien Lacroix, Guillaume Pineault et Sam Breton. «On nous a réunis parce qu’on est les meilleurs vendeurs de l’an passé. Habituellement, il faut payer une inscription quand on propose un show à Zoofest, mais là, on nous paie pour écrire et pratiquer.»

La Montréalaise d’adoption présentera également un spectacle avec son copain Pierre-Yves Roy-Desmarais. Pastiche «cheap» des MorissetteLove est un ramassis de conseils insolites sur la vie de couple. «Moi, je suis absurde trash, tandis que Pierre-Yves, il est plus concret, terre-à-terre, dans son absurdité. Ça se mélange vraiment bien. J’ai souvent l’air nunuche, on dit constamment de moi que je pue. Mon chum, lui, il dit carrément qu’il est gai sur scène. On pousse le concept de l’amour à fond en utilisant une kiss cam et en donnant des condoms aux gens.»

Photo : Antoine Bordeleau
Photo : Antoine Bordeleau

Diagnostiquée d’un trouble du déficit d’attention depuis l’enfance, Rosalie Vaillancourt s’inspire parfois de son quotidien pour écrire ses numéros. «Y a la fois où je me suis rendu compte que ça faisait 40 minutes que j’me regardais dans le miroir tout nue en me demandant à quoi j’allais ressembler si le Elle Québec me demandait de faire le spécial du cancer du sein. C’est le genre de choses qui me fait tellement perdre de temps, mais qui me sert dans mes spectacles», raconte-t-elle en riant, avant d’y aller d’une autre anecdote. «C’est vraiment dégueu, mais avant, je savais pas comment me laver correctement. Je m’en foutais, j’me mettais du savon vite, genre, je savais même pas qu’il fallait se laver le cul… T’sais, c’est mon chum qui me l’a appris! Maintenant, j’ai un quatre minutes sur ça.»

Très active sur Facebook, où elle cumule plus de 40 000 mentions «J’aime», l’humoriste s’apprête maintenant à vivre une aventure singulière, celle des 5 prochains. Diffusée au printemps 2018 sur les ondes d’ARTV, la troisième saison de la populaire émission propose une incursion dans la vie professionnelle de cinq humoristes de la relève. «C’est une espèce de documentaire durant lequel ils vont me filmer», dit-elle, expressément vague, quand on lui demande ce qu’implique ce tournage dans son quotidien déjà bien rempli. «Pour vrai, jusqu’à maintenant, on a tourné un seul épisode, mais j’faisais une bronchite, donc j’ai rien compris de ce qu’on allait faire.»

Bref, ça promet.

La table d’hôte
14, 15, 19, 20 et 25 juillet

À la salle Ludger-Duvernay du Monument-National

Love
10, 11, 12, 13, 22, 23, 26, 27 et 28 juillet

Au studio Hydro-Québec du Monument-National