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Scène

Triptyque Cryptique : Trois fois d’eux

C’est avec un spectacle onirique bouillonnant de vie que s’amorce la nouvelle saison de La Rotonde, derrière les portes neuves de la Maison pour la danse, désormais grandes ouvertes au public.

Un vent de fraîcheur semble souffler sur la ville, tourbillonnant autour de la récente inauguration de la Maison pour la danse. Alors que la scène locale trépigne d’impatience à l’idée d’explorer le large potentiel de ces nouvelles installations, c’est à la chorégraphe Lina Cruz que revient l’honneur d’y présenter un premier spectacle.

Pratiquement créée pour cette occasion spéciale, la pièce Triptyque Cryptique met en scène six interprètes de chez nous, au confluent des générations et des genres. Trois duos, en trois temps. «Pour moi, c’est un petit jardin où il y a trois merveilleux arbres. Chaque duo est une vignette, une histoire différente. Ce qu’ils ont en commun, c’est ma gestuelle et mon imaginaire. J’essaie quand même de créer des duos distincts, mais ce sont les interprètes qui font vraiment la différence», explique la chorégraphe, enthousiaste.

D’abord imaginé autour de Jean-François Duke et de Fabien Piché, le spectacle s’est bonifié d’une commande pour Geneviève Robitaille et Raphaëlle Fougères, jeunes diplômées de l’École de danse de Québec. C’est ensuite que le chorégraphe Harold Rhéaume s’est greffé au projet, entraînant avec lui sa collègue Lydia Wagerer, dans un désir vif de revenir à la scène en tant qu’interprète.

«C’est maintenant ou jamais»

Cette collaboration étroitement tissée par Lina Cruz marque ainsi officiellement le retour en scène d’Harold Rhéaume au sein d’une saison régulière. Après s’être entièrement consacré au développement de la danse contemporaine avec sa compagnie Le fils d’Adrien danse, ce dernier désirait plus que jamais ranger le chorégraphe dans le placard pour revenir à ses racines, quelles que soient les embûches. «Les trois, quatre premiers jours, je me mordais la langue. J’avais le goût de passer des commentaires et de faire des suggestions. Le chorégraphe en moi bouillonnait. Il a fallu que je me parle. […] Je viens d’avoir 50 ans. Si je veux refaire de la scène, c’est now or never.»

Harold Rhéaume (Crédit: Daniel Richard)
Harold Rhéaume (Crédit: Daniel Richard)

Je viens d’avoir 50 ans. Si je veux refaire de la scène, c’est now or never.

Harold Rhéaume

Impossible pour l’interprète de ne pas s’investir complètement au service de l’univers de la chorégraphe, que Rhéaume qualifie à la fois d’humoristique, d’étrange et de profondément humain. Une folie débridée qui exige un travail très fin et détaillé pour les danseurs dirigés avec passion, jusqu’à peindre les trois tableaux corporels et musicaux offerts aux spectateurs.

Création cryptique

«Il y a toujours une petite histoire», explique Lina Cruz avant de détailler le parcours du spectacle. Il y a Tunnel 3, où Harold et Lydia occupent l’espace tels des superhéros, capables d’habiter dans un tunnel et de s’organiser une belle vie avec quelques pierres. Puis, Tempo al dente, où le travail du temps et de l’insouciance habite la gestuelle des deux jeunes interprètes féminines, «comme deux petits chats qui jouent avec une horloge, sans savoir à quoi elle sert». En attendant la nuit blanche met en scène deux hommes, dans un espace vide et vaste. «J’ai développé l’idée des deux copains qui plongent dans une nuit d’insomnie. Je suis fascinée par le sommeil et le monde des rêves. La magie onirique finit par opérer même si on est éveillé, dans un état d’âme altéré.»

Ces lignes dramaturgiques filent dans l’imaginaire de la chorégraphe après plus d’une centaine d’heures de création et autant d’allers-retours entre le corps et la tête. La précision du mouvement est au cœur des préoccupations de Lina, dont le travail se poursuivra jusqu’à la toute fin du parcours, à l’entrée en salle de la pièce. C’est aussi là que l’environnement sonore prendra toute sa place grâce au travail de Philippe Noireaut, qui fera une apparition sur scène, à l’ombre de son piano, le temps d’un tableau.

Dans l’effervescence de la création s’affirme une franche camaraderie, une solidarité familiale qui ne trompe pas sur la nature de la collaboration entre les artistes en scène. «C’est une petite équipe, avec des amis de longue date, affirme Harold Rhéaume. On partage de super beaux moments à chercher la matière que Lina nous donne. Je me sens très chanceux, à l’âge que j’ai, de pouvoir plonger là-dedans.» À entendre les sourires qui teintent les témoignages des créateurs chorégraphiques et de leurs interprètes, il semble que le meilleur soit toujours à venir. Aux spectateurs, maintenant, d’ouvrir grand les yeux.

Du 10 au 20 octobre
Maison pour la danse 
(Une présentation de La Rotonde)