Katherine Levac : Gant de velours
Scène

Katherine Levac : Gant de velours

Trois ans après avoir été sacrée découverte de l’année au Gala les Olivier, Katherine Levac passe à l’étape suivante avec son premier one-woman-show Velours.

Décidément, la Montréalaise d’adoption a le vent dans les voiles. Il y a quelques semaines, alors qu’il était toujours en rodage, Velours dépassait le seuil des 50 000 billets vendus, et la plupart de ses premières représentations affichaient déjà complet. Pour une humoriste encore immergée dans ce bassin de plus en plus dense et compétitif qu’est la relève, cet engouement tient de l’exploit. «C’est cool, mais j’me rends peut-être pas compte que c’est nice. Depuis mes débuts, je joue devant des salles pleines, sans nécessairement réaliser ce qui m’arrive.»

Pour en arriver là, Levac a bien saisi les opportunités qui se sont présentées à elle. Entre sa sortie de l’École nationale de l’humour en 2013 et la première de Velours à la Place des Arts en février 2018, elle a su s’imposer dans le très fertile circuit des soirées d’humour hebdomadaires de la métropole, puis s’est fait remarquer à Zoofest et en première partie de Jean-François Mercier. Raflant la première place du très populaire concours En route vers mon premier gala Juste pour rire en 2014 et la statuette de la découverte de l’année aux Olivier l’année suivante, elle a largement agrandi son public en accumulant les projets à la télévision, notamment SNL Québec, Like-moi!, Paparagilles et Les 5 prochains.

Cette fois, l’artiste à l’agenda surchargé a dû prendre le recul nécessaire pour élaborer un spectacle complet. «Là, j’ai pris le temps d’écrire. C’est devenu ma priorité. Je suis partie en Gaspésie cet été avec le plan de juste faire ça: écrire, roder, réécrire, roder… Pour vrai, c’est vraiment un luxe, écrire! En télé, le temps manque tout le temps et là, pour la première fois, je décide ce que je veux. C’est une liberté à laquelle j’avais encore jamais goûté à ce jour.»

Guidée par son script-éditeur David Beaucage, son ex-copain et très bon ami qui assure maintenant ses premières parties, Levac livre des textes personnels qui revisitent son enfance aisée, proclament ses origines franco-ontariennes et mettent en lumière les contradictions d’une génération de femmes qui cultive de fortes ambitions. Comme d’habitude, l’humoriste pince-sans-rire joue avec les contrastes. «J’ai une voix douce et j’ai l’air d’un ange, mais quand je parle, ça rentre plus fort qu’on pensait», résume-t-elle, évoquant la main de fer dans le gant de velours.

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photo : Antoine Bordeleau

Bref, l’humoriste se livre ici sans artifices, délaissant le format du sketch qu’elle a souvent soutenu à la télévision. Son alter ego Paige Beaulieu, une caricature franco-ontarienne qu’elle a incarnée dans SNL Québec, sert ici de prétexte pour parler d’un enjeu social plus vaste. «Je parle de la naissance du personnage, du statement que son nom représente. Les origines sont clairement francophones, mais elle s’appelle Paige! Ça évoque pas beaucoup de choses au Québec, mais en Ontario, ils comprennent parfaitement ce que je fais. Ça me permet de parler de la situation du français là-bas, qui souvent ne tient qu’à un fil.»

Québécoise depuis 2011, année où elle a quitté son village de Saint-Bernardin pour venir étudier à Montréal, Levac aime comparer les deux cultures et, surtout, constater les réactions divergentes de son public d’une province à l’autre. «C’est drôle parce que les gens rient, mais pas aux mêmes endroits», observe-t-elle. «Par exemple, quand je parle de l’impact de la religion sur mon enfance, du camp pastoral, des prières et des Ô Canada obligatoires à mon école, les gens au Québec rient de l’absurdité de la situation, alors qu’en Ontario, ça rit jaune. Tu peux pas aller trop loin dans les jokes de religion, car il y a encore ben du monde qui font leur première communion. C’est ce genre de rire weird là que j’aime.»

Par-dessus tout, l’artiste de 27 ans aime la sensation de contrôle que lui procure ce premier spectacle. «C’est vraiment satisfaisant de savoir qu’à n’importe quel moment, tu as le pouvoir de changer le mood d’une salle. Lancer la balle avec le public comme ça, ça me rend heureuse.»

Intouchable sur scène, Katherine Levac a récemment compris qu’elle n’avait pas la même emprise sur sa vie publique. À l’été 2016, sa flagrante perte de poids a fait les choux gras de la presse québécoise et a provoqué un débat sur les réseaux sociaux, auquel tout le monde semblait vouloir participer… sauf elle. «À écouter tout le monde, c’était rendu que je prenais du crystal meth et que j’avais la leucémie! Tout est rentré dans l’ordre quand j’ai dit que j’étais correcte et que ça allait bien […], mais c’est sûr que j’ai gardé ça tabou trop longtemps», reconnaît l’humoriste, qui a attendu son passage à Tout le monde en parle, en avril 2017, pour s’expliquer sur la situation.

«Moi, je sais pas c’est quoi être une personnalité connue. Chaque fois que je fais quelque chose, j’apprends comment dealer avec. N’importe qui qui commence un travail ou une vie d’adulte vit la même chose et finit par faire les changements qui s’imposent.»

MONTRÉAL
6 et 7 février au Théâtre Maisonneuve (COMPLET)
22 et 23 février au Théâtre Desjardins (COMPLET)
26 avril à L’Olympia (COMPLET)
22 septembre à la salle Pauline-Julien
19 et 20 octobre à L’Olympia

QUÉBEC
20 et 21 février, 5 et 6 mars, 1er et 2 novembre
à la salle Albert-Rousseau

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