L'incroyable légèreté de Luc L. : Un homme de son Pays
Scène

L’incroyable légèreté de Luc L. : Un homme de son Pays

Après plus de deux cents représentations des Trois exils de Christian E. et du Long voyage de Pierre-Guy B., c’est L’incroyable légèreté de Luc L. qui prend d’assaut le Québec, complétant finalement la trilogie acadienne.

Ce n’était pas dans les plans originaux de développer un triptyque. Nul n’aurait pu prévoir le 8succès phénoménal qu’ont connu les deux premiers épisodes du projet, initié par le metteur en scène Philippe Soldevila et le comédien Christian Essiambre. Néanmoins, les deux hommes avaient déjà le sentiment d’avoir touché à quelque chose de spécial en créant leur propre processus d’écriture à caractère autobiographique.

Cette démarche aura donné naissance à un noyau de trois personnages et autant d’histoires, toutes ancrées dans leur Acadie natale. D’une part, le déracinement de Christian, de l’autre, la quête de l’ailleurs de son ami Pierre-Guy Blanchard, et maintenant, le portrait complexe du comédien Luc LeBlanc, celui qui est resté pour bâtir. « Luc, c’est mon idole d’enfance, c’est LE comédien en Acadie. Après les Trois exils, on s’est dit qu’on devait refaire ça avec Luc », explique Christian Essiambre, avant de qualifier le processus d’écriture « d’un peu débile mentale ».

Chaque épisode de la trilogie est issu d’un travail d’écriture collectif, auquel s’est prêté Luc Leblanc, après s’être avoué très touché par la performance de ses collègues. « Ça me faisait très peur, mais ça me tentait, avoue-t-il. C’est un processus assez particulier et intense. On se rencontre dans un chalet pendant une couple de semaines et on partage des histoires. Après il faut mettre ça ensemble et faire une pièce de théâtre qui va toucher tout le monde. C’est tout un défi. »

De gauche à droite: Pierre-Guy Blanchard, Luc LeBlanc et Christian Essiambre (Photo: Louis-Philippe Chiasson)
De gauche à droite: Pierre-Guy Blanchard, Luc LeBlanc et Christian Essiambre (Photo: Louis-Philippe Chiasson)

Quelques heures avant la première représentation de L’incroyable légèreté de Luc L. au Théâtre de l’Escaouette de Moncton, les dernières lignes du spectacle s’écrivaient encore, avec fébrilité et émotion, devant un public composé essentiellement d’amis. Une étape singulièrement importante, puisque l’attachement au territoire et l’amitié sont, encore aujourd’hui, le fondement du projet.

Écrire sa propre histoire

Le point de départ, c’est le Pays de la Sagouine de Bouctouche, au Nouveau-Brunswick où les trois artistes se sont connus, le temps d’un contrat qui devait durer quelques mois. Tandis que les deux plus jeunes ont quitté le nid pour transporter leur carrière vers de nouveaux horizons, Luc est resté attaché à l’univers d’Antonine Maillet, où il campe le personnage de Citrouille depuis plus de vingt-cinq ans, en plus d’assurer la direction générale et artistique. « Coudonc, tu veux-tu devenir une deuxième Sagouine », lance Christian Essiambre, à la blague. « On lui demande pourquoi, lui, il est resté là et de quoi il a peur. On se pose des questions d’humain à humain. C’est l’histoire de deux jeunes qui reviennent à la maison et confrontent un de leur chum. »

Pour les spectateurs, c’est un véritable voyage à l’air salin, au coeur de réalités plutôt dépaysantes. Pour le protagoniste de ce récit, c’est une confrontation avec soi-même qui relève presque de la thérapie. « Je pense que le personnage que j’ai le plus de difficulté à jouer, c’est moi-même. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à faire du théâtre. Pour m’abandonner et oublier mes complexes, pour rentrer dans un personnage et m’éclater », avoue Luc LeBlanc. Après avoir noirci les pages des cahiers des créateurs, il est temps pour ces petits et grands bouleversements de déferler sur scène, telle une puissante vague de grandes marées qui promet de brasser le paysage.

Du 13 au 31 mars
À la Caserne Dalhousie

Trilogie complète présentée le 24 mars
(Une présentation du Périscope)