Minifest : éliminer les intermédiaires
Scène

Minifest : éliminer les intermédiaires

Pour sa troisième année, le Minifest réaffirme son indépendance sur une scène humoristique de plus en plus décentralisée.

Directeur général de l’évènement, l’humoriste François Tousignant ne s’en cache pas : s’il a cofondé le Minifest il y a trois ans, c’est en réaction aux autres propositions festivalières en humour, et tout particulièrement au Zoofest. «Disons qu’au Zoofest, le partage des revenus a toujours été un peu houleux. Si tu veux participer, tu dois payer un bon montant, pas loin de 400$, pour produire ton spectacle. Après, à partir de là, tu dois vendre des billets et, si t’en vends pas parce que ce sont juste des spectateurs avec des passes qui viennent te voir, tu fais pas trop d’argent et tu te brûles à jouer le show parfois 10 ou 15 fois. Moi, j’ai eu la chance de participer à des shows qui vendaient bien après ma sortie de l’École nationale de l’humour en 2013. Par contre, overall chez les humoristes, on sentait de la frustration.»

De là l’idée de «retisser la proximité entre le public et les artistes», en éliminant les intermédiaires. «65% de l’argent du billet va à l’artiste et 20% à la salle, et nous, on se garde un 15%», expose-t-il. «Les billets sont 15$, et y’a des passes et des forfaits pour ceux qui veulent voir plus de shows. [Au Zoofest], tu peux parfois te ramasser à payer 30$ pour un show pas trop testé ni rodé. À mon sens, c’est un peu weird de payer aussi cher quand t’es pas certain de la qualité du show.»

Si le Zoofest a su s’imposer avec brio comme pendant alternatif de Juste pour rire depuis le début de la décennie, François Tousignant veut éviter que le Minifest soit vu comme la version champ gauche de Zoofest. Bien au-delà de la relève, la programmation du festival ratisse large, allant jusqu’à réunir des humoristes bien établis comme Katherine Levac, Mike Ward et Laurent Paquin, tous présents au Gala Minifest lundi dernier. «On se différencie surtout par la façon qu’on a d’aborder le matériel. En général, les humoristes se laissent plus aller dans un contexte comme le nôtre qu’ailleurs, notamment parce que chaque show est présenté juste une fois. Ça ajoute une singularité.»

Ainsi, pas question de voir les festivals compétiteurs comme des rivaux. En fait foi la période de l’année durant laquelle se tient le Minifest, qui précède de quelques jours le début du Grand Montréal Comédie Fest, du Zoofest et du festival Juste pour rire. «L’idée, c’est de coexister et de cohabiter. L’humour reste un écosystème relativement fragile et, même si on a créé notre festival en réaction au Zoofest, ça reste un évènement que j’aime beaucoup et qui doit continuer d’exister. On a d’ailleurs beaucoup de gens de l’organisation qui viennent assister à notre festival et vice versa.»

À sa façon, le Minifest légitime la démarche d’autoproduction que plusieurs jeunes humoristes ont adoptée dans les dernières années. Au lieu d’attendre qu’une compagnie de production les signe, ceux-ci financent leurs propres spectacles et génèrent leurs propres revenus. Plusieurs d’entre eux comme Colin Boudrias, Léa Streliski, Charles Dechamps, Charles Beauchesne et Joe Guérin, qui obtiennent un succès relatif depuis quelque temps, viendront présenter leur matériel lors de l’évènement. «C’est un modèle d’affaire qui fonctionne vraiment bien, car on élimine les entités parasitaires comme le marketing qui prennent du 15% sur la vente de billets, sans nécessairement en donner pour 15% à l’artiste», critique Tousignant. «Et c’est pas un pied-de-nez aux productions traditionnelles, car je sais qu’elles n’ont pas assez de place pour accueillir tout le monde dans leur équipe.»

En cette troisième année, le festival présente 50 spectacles dans quatre endroits: au Nestor, au Café des oubliettes, au Medley Simple Malt et dans un autobus scolaire stationné au coin de Saint-Hubert et de Bellechasse. Sans le vouloir, le festival s’inscrit dans le renouveau de la mythique Plaza Saint-Hubert. «On aime beaucoup le côté kitsch de la Plaza, mais je dois avouer que c’est une décision plus instinctive que stratégique… À la base, on s’est installés là, car j’anime des soirées d’humour le mercredi au Medley.»

Paradoxalement, le Minifest a des idées de grandeur pour la suite de son existence. «Même si on est des humoristes et pas des gestionnaires, on veut répondre à la demande du public. Mais on va rien presser, on va y aller une étape à la fois.»

Jusqu’au 30 juin. Programmation complète.

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