Maude Landry : Les bonnes prémices
Scène

Maude Landry : Les bonnes prémices

Multipliant les apparitions dans les nombreuses soirées d’humour de la province depuis trois ans, Maude Landry s’amène au festival ComediHa avec sa prestance désinvolte et son regard décalé sur le monde.

Renouant en partie avec le matériel de ses spectacles Rock & Roll, Carpe Diem et Subtile, qu’elle a respectivement présentés au Zoofest et au Dr. Mobilo Aquafest, l’humoriste profitera également de ce 60 minutes pour tester de nouvelles blagues. «Jusqu’à maintenant, c’est un casse-tête, mais je sais qu’en fin de compte, j’ai pas trop le choix de mettre de l’avant mon meilleur matériel, car on m’a pas vue souvent en show à Québec. C’est un métier qui me demande d’écrire constamment, alors des fois, je trouve ça un peu ingrat de devoir répéter les mêmes blagues soir après soir. Reste que ça fait partie de la game: je suis encore en train de me faire découvrir, donc c’est mieux de m’appuyer sur mes valeurs sûres plutôt que de tester du nouveau stock plus chambranlant. En racontant une vieille joke sur scène, j’essaie de me rappeler pourquoi elle est drôle. C’est ça qui vient appuyer mon delivery et ma personnalité.»

Avec Maude Landry, c’est d’abord l’expérience qui parle. Sans diplôme de l’École nationale de l’humour, où elle a toutefois complété quelques cours de soir, la Montréalaise s’est démenée à sa manière pour se faire entendre à la grandeur de la province, tout particulièrement dans la grande région métropolitaine. «On m’a déjà catégorisée “humoriste street”, car je débarque souvent à l’improviste dans les soirées pour tester des numéros devant n’importe quel public», dit celle qui a animé un événement d’humour hebdomadaire à Longueuil pendant un an. «Pour vrai, ça doit faire trois ans que je fais de la scène pas mal tous les soirs de la semaine et que je vis de ce métier-là. Le secret numéro 1, c’est de jouer sans arrêt. Plus tu joues, plus tu t’améliores. Je peux dire que c’est vraiment après 500 shows que l’expérience commence à te rentrer dans le corps. Et je suis heureuse de pouvoir maintenant faire des heures complètes plutôt que juste des 10 ou 15 minutes ici et là.»

Comme beaucoup de ses compères de la relève, c’est l’improvisation qui l’a menée à l’humour. Étudiante au Cégep du Vieux Montréal au début de la décennie, elle avait l’ambition d’être cinéaste avant de tomber en amour avec ce «phénomène pas calculable» qu’est de faire rire les gens sur une scène. «C’est en impro que j’ai réalisé que j’aimais provoquer les rires. C’est spécial parce que, dans la vie, j’aime vraiment être en contrôle de tout et, sur scène, c’est la partie de ma vie où je ne le suis pas totalement. En fait, tout dépend de la foule, du moment, de ma spontanéité. Des fois, je m’acharne à raconter certaines jokes, car je sais que je vais finir par trouver la bonne tournure, les bonnes prémices.»

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photo Antoine Bordeleau

Et pour en arriver à construire la blague parfaite, Maude Landry enregistre chacune de ses prestations. Difficile, l’exercice de réécoute qui s’ensuit lui permet de parfaire son élocution. «C’est surtout pertinent lorsque mon numéro a bien fonctionné. J’analyse ma musicalité, mes pauses… Je m’écoute aussi me planter lorsque ça arrive, et ça m’a amenée à développer des réflexes. Je suis capable de rattraper une joke qui a pas marché en disant des phrases comme “désolée, cette joke-là, je l’ai écrite en me chatouillant”. C’est aussi dans ces moments-là que mon expérience en impro aide. Je peux, par exemple, changer le mood en interagissant avec un spectateur.»

Davantage influencée par l’humour américain (Maria Bamford, Sarah Silverman) et britannique (Phil Wang) que québécois, la jeune femme de 26 ans accueille à bras ouverts les moments de silence, les voyant comme une forme d’écoute et d’attention de la part du public plutôt que comme un malaise à éviter à tout prix. «C’est comme tirer avec un arc à flèche. Le silence, c’est le moment où la flèche s’apprête à être envoyée», image-t-elle.

Bien maîtrisé, son personnage désinvolte lui permet d’analyser ce qui l’entoure avec une candeur décalée. «C’est une facette de moi que j’exagère. Si j’étais sur scène comme je suis dans la vie de tous les jours, ce qui veut dire relativement polie et gentille, je serais plate. J’aime ajouter une petite twist d’irrévérence, un peu comme si j’avais l’air de pas avoir d’amis et que ça me dérangeait pas pantoute!»

Loin de donner dans l’humour d’observation typique, comme le font certains de ses collègues en abordant sans grande originalité des sujets convenus comme les médias sociaux ou les relations hommes-femmes, Maude Landry a du plaisir à regarder le monde sous un autre angle, beaucoup plus insolite. C’est ce qui l’amène à critiquer les gens qui s’expriment mal en parlant à Siri ou à s’interroger sur l’absurdité des noms de compagnies répétitifs, tels que Pizza Pizza ou Manteaux Manteaux. «J’ai toujours mieux aimé parler d’une situation ou d’un phénomène que de moi. En fait, j’aime pas vraiment exposer ma vie en public. C’est plate, mais je pense que je passerai jamais dans le Clin d’œil

En spectacle à ComediHa!
le 17 août
À la Taverne Grande-Allée

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