Rabelais sur un trip d'acide
Scène

Rabelais sur un trip d’acide

Prouesses et épouvantables digestions du redouté Pantagruel : c’est la pièce – aussi incongrue que son titre – qui ouvre la saison au Théâtre Denise-Pelletier. Son auteur, Gabriel Plante, s’est inspiré de l’œuvre foisonnante de François Rabelais pour écrire ce texte loufoque, irrévérencieux, dingue, métaphorique… (de nombreux adjectifs pourraient encore s’ajouter).

On se demandait quelle forme allait prendre ce spectacle, qui commence somme toute un peu comme on l’attendait : un monologue du Pèlerin (Paul Ahmarani, dont le côté candide et naïf colle parfaitement ici), dans un français qui rappelle les vocables moyenâgeux de Rabelais. Le Pèlerin en a assez de ce monde, et le voilà qui le quitte en se faisant avaler par le géant Pantagruel.

Deuxième tableau : nous voilà dans la panse du géant. Et là, on a l’impression d’atterrir dans une soirée sous acide. Les costumes sont tantôt d’inspiration médiévale (la bure pour le Pèlerin, la fraise chez Petit-Jean), tantôt sortis d’un Burning-Man (Panurge en robe de bacon synthétique et le professeur en onesuit moulant et cache-sexe). Bref, ça déconcerte.

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La scénographie représente l’intérieur du ventre délimité par des rideaux rose fluo et un trou noir (la bouche, d’où sortent de temps en temps des objets), tandis qu’une mousse bulleuse au sol figure l’acide gastrique. C’est dans ce décor pop comme un clip de Katy Perry que se déroule un huis-clos fantasque inspiré de la prose rabelaisienne du 16e siècle.

Le metteur en scène Philippe Cyr (qui signait en 2016 la mise en scène de J’aime Hydro, succès de Christine Beaulieu) dirige quatre comédiens dans cette folie furieuse. Paul Ahmarani, Cynthia Wu-Maheux, Renaud Lacelle-Bourdon et Nathalie Claude se prêtent volontiers à l’ambiance décalée et psychédélique de la pièce. Là-dessus, Rabelais prend parfois la parole pour faire des apartés via la voix de Dany Laferrière.

Philippe Cyr rend sur scène l’ambiance ripailleuse et festive des aventures pantagruelesques, où sont célébrées l’amour de la bonne chère, des banquets et des agapes. Cette utopie au quinzième degré –-ou est-ce le premier? – laisse malgré tout transparaître les réflexions humanistes de Rabelais, auteur-médecin qui réfléchissait autant sur Dieu que sur la place de l’homme ou l’importance du savoir.

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On retrouve dans les répliques la langue riche et inventive de l’auteur de la Renaissance, avec ses calembours et ses vocables imagés. Les personnages sont irrévérencieux et sans cesse dans la démesure, déclamant une farce moyenâgeuse, lançant un aphorisme humaniste ou faisant un concours de pets. Du vrai Rabelais, en somme.

Beau travail de l’auteur Gabriel Plante donc, qui raflait en 2016 le prix Gratien-Gélinas en 2016 pour son Histoire populaire et sensationnelle. Depuis 2012, on a pu voir trois de ses spectacles (Clap Clap, Cube Blanc et Plyball), dans lesquels on retrouvait son brin de folie, mais avec une qualité inconstante. Plante est actuellement président du Centre des auteurs dramatiques et codirecteur artistique de Création dans la Chambre.

À Denise-Pelletier, une fois la stupeur passée en ce début de spectacle, on se laisse prendre au jeu de cette fable incroyable et burlesque, se demandant plusieurs fois si les comédiens sont à jeun. On salue le quatuor, qui s’est jeté tête la première dans ce trip, de cette tête-à-claque de professeur érudit (Lacelle-Bourdon) à ce Frère Jean paillard (hilarante Nathalie Claude). Pour sûr, ils doivent prendre un plaisir fou sur scène. Et finalement… nous aussi.

Prouesses et épouvantables digestions du redouté Pantagruel
jusqu’au 20 octobre au Théâtre Denise-Pelletier

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