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Mike Ward : «Ils m'auront pas!»
Scène

Mike Ward : «Ils m’auront pas!»

Avec Noir, Mike Ward veut prouver qu’il n’a rien perdu de son mordant. Entre deux épisodes judiciaires dans la saga qui l’oppose à Jérémy Gabriel, l’artiste de 45 ans a écrit un spectacle sombre et sans compromis, inspiré par une dépression qu’il a su surmonter grâce à l’humour noir.

Ton nouveau spectacle aborde de front ta dépression. Comment es-tu arrivé à écrire quelque chose de drôle sur un moment aussi malheureux de ta vie? As-tu eu besoin de recul?

J’ai jamais arrêté d’écrire. Même pendant ma dépression, j’écrivais. J’ai rien gardé de cette période-là, car c’était too much… Mais bon, je faisais constamment des jokes sur la dépression. À un moment donné, il y a même des fans qui ont écrit à mon gérant, car mes jokes sur le suicide durant mon podcast les inquiétaient. Ça me fait du bien de rire de ces choses-là. C’est comme ça que j’exulte.

Est-ce que l’humour suffit pour régler ce genre de choses?

Je suis pas le genre de personne qui va voir un psychologue, car pour moi, l’humour, ça relève davantage de la maladie mentale que de l’art. À force de parler à d’autres humoristes, j’ai réalisé qu’on avait tous, ou presque, quelque chose qui fonctionnait pas dans notre tête. Bref, j’ai toujours eu peur qu’en allant en thérapie, mes problèmes finiraient par se régler et que je perdrais cette faculté d’être drôle. J’ai donc choisi de me guérir en parlant de ma dépression à tout le monde, sans aller voir de professionnels. C’est vraiment une mauvaise idée, mais j’ai été très self-aware dans tout ça. Durant ma dépression, j’étais conscient de ce qui m’arrivait. Je savais pas à quel moment j’allais m’en sortir, mais je savais que, tranquillement, je remontais la pente. J’étais capable de dire: «Bon, là, je suis revenu correct à 30%.»

Le début de ta dépression concorde avec ton procès de 2016 contre Jérémy Gabriel au Tribunal des droits de la personne. Ton assurance devant les caméras était donc une façade?

C’était important pour moi d’afficher cette image-là, car j’étais vraiment sûr de gagner ma cause. Mais à force de me faire attaquer, je me suis affaibli. Éventuellement, j’ai trouvé une façon de régler ça: j’ai arrêté de lire les commentaires et de regarder mes messages sur Facebook. C’était juste trop… Et là, je parle autant des gens qui me détestent que de ceux qui m’aiment trop. Ces deux genres de personnes sont dans le champ. Les extrêmes servent à rien, c’est toujours dans le milieu que ça se passe.

Et là, es-tu confiant pour le verdict de la Cour d’appel?

Oui, car c’est la première fois que la cause est jugée devant un vrai tribunal. En 2016, c’est la Commission des droits de la personne qui m’amenait devant le Tribunal des droits de la personne. Bref, ceux qui m’accusaient me jugeaient! Je pensais quand même gagner, mais dès le début, mon avocat m’avait averti qu’on la gagnerait pas, cette ronde-là. Durant ce procès, j’étais très impliqué émotionnellement. Je me sentais mal pour la famille, tandis que là, durant l’appel, j’ai regardé la situation avec un œil extérieur. J’ai davantage réalisé l’absurdité de la situation.

Est-ce que toute cette saga a eu une résonance sur l’écriture de Noir? En as-tu tiré des leçons?

J’évite de viser des personnes en particulier, de dire des noms. Les deux exceptions sont les deux membres de la Commission des droits de la personne qui ont perdu leur job en raison d’un scandale de pédophilie : Mario Gauvin et Camil Picard.

C’est ta vengeance?

Clairement! Je suis quelqu’un de tellement rancunier dans la vie. J’ai une liste de ceux qui travaillent à la Commission des droits de la personne dans mon sous-sol et je vais tous les détruire! [rires]

photo : Jocelyn Michel (Consulat)

J’ai parfois l’impression qu’une partie de ton public te suit pour entendre des blagues trash, sans nécessairement chercher à comprendre l’ironie ou le propos qui s’y rattache. Comment composes-tu avec ces fans? Cherches-tu délibérément à leur plaire, quitte à choquer Monsieur et Madame Tout-le-Monde?

À la base, j’écris pour moi. Si tout le monde rit à une de mes blagues mais que je l’aime pas, je vais l’enlever. Surtout, je cherche jamais à choquer les gens, car à mon avis, les humoristes qui essaient d’être trash juste pour être trash, ça marche pas. Moi, ça fait 25 ans que je suis là. Si j’avais juste fait des jokes de nounes ou de handicapés, j’aurais fait le tour assez vite.

En effet, les sujets que tu abordes dans Noir semblent être beaucoup plus profonds que ça. En plus de ta dépression, tu y parles d’agressions sexuelles, de kidnapping, de menaces de mort, de suicide… Pourquoi avoir choisi de parler de ça?

Avec ce show-là, c’était important de prouver que j’ai pas ramolli, de dire à mes fans: «Ils m’auront pas!» Je voulais envoyer le message qu’on peut encore aller loin en humour, même si tout est tellement aseptisé. L’un des commentaires qui est revenu cette année par rapport au Nasty Show [un spectacle d’humour cru présenté annuellement à Just for Laughs et auquel il a déjà participé], c’est que ça se sentait que les humoristes avaient peur de prendre des risques. Pourtant, les spectateurs qui viennent nous voir, c’est ça qu’ils veulent entendre! Les gens qui se choquent, c’est pas mal tout le temps ceux qui ont pas vu le show.

Sur notre couverture, tu affiches un regard stoïque dans la peau d’un militaire paramédical. En quelque sorte, la photo incarne la fermeté dont tu fais preuve en intervenant sur la place publique pour soutenir tes collègues humoristes. D’où te vient cette envie constante d’aller au front?

J’ai tout le temps été le gars qui va au batte. À l’école, quand un prof nous faisait chier, c’est souvent moi qui allais chialer. C’est pas que j’aime la confrontation, mais j’ai pas peur de me mettre dans’ marde. Plus récemment, dans l’affaire Gad Elmaleh [humoriste français récemment accusé d’avoir plagié plusieurs de ses compères], j’ai vu beaucoup d’humoristes d’ici garder le silence. Certains se sont fait copier par lui, mais ont préféré ne rien dire, d’un coup que ça pourrait leur bloquer des portes en France. Moi, là-dessus, j’ai été gossant! J’en parle depuis 5-6 ans partout où je peux, même si je me suis pas fait copier par lui. J’aime défendre les gens qui ont pas de colonne pour le faire eux-mêmes… Et dans le show-business, il y en a beaucoup, des peureux.

Les initiatives que tu prends sont d’ailleurs appréciées par tes collègues. Le mouvement de rassemblement et de protestation qui a suivi la censure de ton numéro avec Guy Nantel au gala Les Olivier en fait foi. De loin, on a toutefois l’impression que cet élan de solidarité est assez hermétique et qu’au fond, les humoristes sont surtout animés par l’envie de défendre leur propre liberté d’expression. Par exemple, vous avez été peu nombreux à prendre la parole dans la foulée de SLĀV

Tu as raison là-dessus, mais à mon avis, c’est l’ensemble du showbiz qui est frileux comme ça. En 2004, je me souviens que j’avais été l’un des seuls à soutenir CHOI Radio X [la station de Québec avait alors de sérieux ennuis avec le CRTC, qui menaçait de la fermer en raison d’«infractions répétées»]. Tout le monde de l’industrie riait de la situation, alors que moi, j’avais mis une bannière CHOI sur son site. Je crois qu’il faut défendre les droits de tout. Il y a une phrase d’une biographe de Voltaire, Evelyn Beatrice Hall, qui résume bien ce que je pense: «Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.»

À ton avis, pourquoi les gens ont aussi peur de la défendre, cette liberté d’expression?

Parce qu’on est une gang de PME qui pensent pas au bien-être de l’industrie en général […] et que la plupart des gens ne veulent pas avoir de trouble. Dans le cas de mon procès [contre Jérémy Gabriel], j’aurais pu acheter la paix rapidement, mais j’ai mes p’tits crisse de principes. En fin de compte, j’ai payé 170 000$ en frais d’avocats pour pas payer 42 000$.

Mais la médiatisation de l’affaire t’a probablement amené des bénéfices par la suite…

Ça m’a pas du tout aidé dans ma carrière, car à la suite du procès, j’ai pris deux années presque sabbatiques où je faisais rien d’autre sauf mon podcast et quelques shows par mois pour payer mon loyer. J’ai lu beaucoup de commentaires comme «Mike s’est mis riche sur le dos d’un enfant handicapé», mais c’est faux. C’est dur de faire de l’argent quand tu arrêtes de faire des shows.

Noir
au Club Soda 
les 8, 9, 26, 27, 28 et 30 mars + les 5, 6, 26 et 27 avril + les 3, 4, 30 et 31 mai + le 1er juin

à la Salle Albert-Rousseau
les 23 et 24 mai + le 5 septembre
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